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Anatomie d’un shôjo : les lois du shôjo

by on23 avril 2014
 

Parfois très codifié et souvent le fruit d’une intense réflexion, le shôjo possède ses propres lois ou règles immuables qu’il est possible de rencontrer dans de nombreuses séries du même genre. À travers cet article de la rubrique Anatomie d’un shôjo, nous avons voulu nous intéresser de plus près à ces phénomènes, qu’il s’agisse principalement de romances lycéennes, de récits fantastiques ou de shôjo plus matures.

Les lois nécessaires de l’alchimie amoureuse

La formation d’un couple dans un shôjo romantique nécessite, pour être réalisée, la présence de quelques ingrédients. Sans ceux-ci, l’alchimie ne peut exister entre les deux protagonistes.

Le syndrome de l’ingénue : plus une héroïne est jeune, plus elle souffrira du syndrome de l’ingénue. Elle aura donc tendance à tomber amoureuse du bishônen le moins timide et timoré de son entourage. Ce syndrome s’accompagne généralement d’une production régulière de larmes.
Corollaire – le caprice du chevalier servant : plus l’héroïne souffre du syndrome de l’ingénue, plus son bishônen amoureux aura le comportement d’un chevalier servant.

Kazehaya et Sawako

En vrai chevalier servant, Kazehaya vient en aide à la veuve, l’orphelin et les petits chiens perdus

En amour, on a le même genre : entre frangin(e)s, cousin(e)s, meilleur(e)s ami(e)s, on tombe obligatoirement amoureux de la même personne parce que sinon, on n’aura pas notre triangle.

Le triangle amoureux 1 fille/2 gars, c’est le meilleur qui ne gagne pas (aka le bad boy gagne face au gentil garçon) : plus le garçon est atroce avec la fille, plus ses chances de la conquérir augmentent.

Corollaire – la gentillesse ne paie pas toujours, loin de là : le meilleur ami du héros aide souvent l’héroïne mais celle-ci lui préfère largement son acolyte froid et distant.

La transparence, c’est une arme de séduction massive : quand le bishônen est présenté comme inaccessible, charismatique, séducteur avec une ribambelle de fans, de conquêtes et d’amoureuses transies, les chances qu’il craque pour la fille la plus invisible de son environnement sont très élevées.

Une fille et 5 garçons, c’est rarement compliqué : une héroïne qui devient amie avec un groupe de 5 bishies, finira toujours par tomber amoureuse du leader du groupe.
Corollaire – 5 garçons et une fille, c’est l’évidence même : le leader d’un groupe de 5 bishies aura de grandes chances de craquer dès la première rencontre pour l’héroïne mais comme c’est un idiot, un play boy ou un gros rustre, il n’est pas obligé de se montrer affectueux, direct ou gentil dès le départ.

Tsukushi Makino les fait tous craquer. Entre le F4 et son ami Kazuya, son choix sera assez évident.

Tsukushi Makino : le F4 + Kazuya, le compte y est. Et qui va réussir à la séduire au final ?

Le doute perpétuel ou comment je me tracasse toute seule : l’héroïne est toujours persuadée qu’elle n’est pas à la hauteur, que c’était un rêve, que celui qu’elle aime ne l’aime pas. Et elle se complait dans ses doutes en ressassant toutes les raisons qui font que ça n’ira pas.
Corollaire – je suis direct mais ça ne suffira pas : le bishie aura beau se déclarer : « tu me plais », « tu es la seule », « deviens mon épouse », « sors avec moi »… tant que l’héroïne n’a pas entendu les 3 mots, elle aura toujours un doute.

Le premier baiser, c’est la règle d’or : le premier gars qui embrasse l’héroïne est celui avec qui elle finit à la fin.
Corollaire – un baiser, c’est volé : l’héroïne se fait généralement voler son premier baiser et gagne par la même occasion son premier amoureux.

La première rencontre est souvent catastrophique : la première rencontre entre l’héroïne et un garçon est fréquemment conflictuelle. Elle peut même parfois être couplée avec la loi sur la gravité.

Le premier qui la sauve, le premier dans son cœur : le premier garçon qui sauvera la jeune fille sera celui pour qui son petit cœur va fondre.

Faire semblant, c’est le début d’une grande histoire d’amour : faux petit ami ou mariage de convenance, dès qu’un couple factice se crée par obligation, les sentiments finissent par naître réellement.

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Wolf girl & Black Prince : d’une fausse relation à un amour naissant

Un secret, c’est mieux à deux : que le personnage ait une double personnalité, une double vie ou une activité à cacher, dès qu’une autre personne du sexe opposé le découvre, le coup de foudre va pointer à l’horizon.

Les lois bénéfiques de la mécanique du shôjo

De manière plus générale, le shôjo dispose en toutes circonstances et dans la vie quotidienne de nos héros de ces schémas bien déterminés. On dit que « la pédagogie est l’art de la répétition », mais force est de constater que certain(e)s n’ont pas tout retenu.

La beauté, c’est juste avoir du style : une héroïne dite laide, grosse ou banale est en réalité une véritable bombe qui ne sait tout simplement pas s’habiller avec classe, se maquiller comme une pro et se coiffer correctement.
Corollaire – être moche, c’est une histoire d’accessoires : pour bien montrer que l’héroïne est moche, faites-lui donc porter de grosses lunettes et des tresses car c’est le look has been qu’il faut.

Si ça ne marche pas avec les garçons, apprend à bien t'habiller auprès d'un coach

Koko Debut : si ça ne marche pas avec les garçons, apprend à bien t’habiller auprès d’un coach

La gravité, c’est risqué : une héroïne a un sérieux problème de coordination et tombe, chute, glisse à tout bout de champ même quand il n’y a pas de verglas.
Corollaire – la chute, c’est utile : une héroïne qui tombe, ne tombera jamais bien loin d’un bishônen. Elle peut même lui tomber dessus. Bonus : ses lèvres peuvent même tomber pile poil sur la bouche du bellâtre.

La nature, c’est dangereux : si l’héroïne fait un séjour à la neige, se balade en forêt, se retrouve à la campagne, les risques qu’elle se perde, chute (cf. la gravité, c’est risqué) ou parte seule dans la nuit pour retrouver un objet quelconque vachement important – ça ne pouvait pas attendre demain –  sont très élevés.

An bravera la tempête pour récupérer son précieux sablier.

An bravera la tempête pour récupérer son précieux sablier.

Le quotidien tranquille, c’est fini : que ce soit dans le métro, dans la rue, au boulot, en ville, à l’école, chez elle, l’héroïne n’est pas à l’abri de se faire draguer par de gros lourds, enguirlander par des pervers, faucher par une voiture, se noyer même quand elle sait nager, se faire kidnapper, etc. Bref le quotidien d’une héroïne n’est plus de tout repos dès qu’elle a rencontré son bishônen.

Aimer l’idole du lycée, c’est s’attirer les foudres de son fanclub : c’est bien connu, l’idole du lycée (ou du collège) n’appartient à personne mais est une propriété partagée entre les filles du fanclub de ce garçon. En conséquence, l’héroïne s’attend forcément à se faire malmener jusqu’à ce que le beau garçon arrive tel un chevalier servant à sa rescousse.

Les rivales se classent généralement en 2 grandes catégories : en amour, les rivales de l’héroïne sont soit des pestes manipulatrices et cruelles qui sont prêtes à tous les coups bas, soit des filles si parfaites que l’héroïne se complait dans ses complexes et/ou finit par devenir amie avec elles.

Une porte, c’est toujours ouvert : surtout si c’est une porte de salle de bain ou si la personne est en train de se changer de l’autre côté.
Corollaire – une porte, c’est parfois fermé : et dans ce cas-là, l’héroïne est rarement coincée seule (cf être enfermé ça rapproche).

Être enfermé ça rapproche : passer la nuit ou même quelques instants dans un lieu clos éteint entraîne un rapprochement de la part de notre futur couple.

La première sortie en amoureux est toujours un désastre : l’héroïne voulait forcément étrenner ses toutes nouvelles chaussures (souvent c’est ça), mais cela finit rapidement sur un banc à panser les plaies causées par celles-ci. On peut aussi parler des disputes, malentendus en tout genre qui viennent pimenter la sortie.

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Tsubaki : l’exemple typique du premier rendez-vous raté.

La déprime, c’est plus facile à l’extérieur : il est préférable de se sentir misérable, triste ou tourmenté en dehors de sa maison car cela facilite les retrouvailles ou les rencontres.

Le bishônen se déplace en groupe : clan, bande, association, cercle, troupe, le bishônen en groupe, c’est vital. Sinon, ça ne fait pas assez son effet quand ça se déplace à l’extérieur.

Le happy end marital à la fin, c’est mieux après un éloignement volontaire : plus le couple est jeune, plus il est probable que le happy end marital soit précédé d’une période de séparation obligatoire : études à l’étranger, déménagement, retrouvailles avec un parent.

Les lois ordinaires de l’ingérence du fantastique

Par ailleurs, lorsque que le fantastique décide de s’immiscer dans le récit, celui-ci est alors mu par divers phénomènes n’ayant pas toujours de lien de cause à effet. C’est comme ça et nous n’y pouvons rien puisque la fatalité a forcément son mot à dire dans ce genre d’histoire.

Le sauvetage du monde requiert du style : entre tenues assorties et panoplies d’accessoires, les élues sont parées vestimentairement parlant pour affronter les forces du mal.

Cardcaptor Sakura

Sakura chasse les cartes avec classe

Sauver le monde fait créer de nouvelles amitiés : les héroïnes rencontrent sur leur chemin différents obstacles mais aussi de nouveaux amis sur lesquels elles pourront compter pour la réussite de leur mission.

Une héroïne a le sens du sacrifice et pas un poil de jugeote : plus l’héroïne est prête à se sacrifier pour protéger les gens qu’elle aime, plus elle provoquera l’effet inverse. Elle sait très bien qu’elle se met en danger, qu’elle doit faire attention mais elle ira toujours au-devant des ennuis en échappant à son ou ses gardiens et ces derniers seront toujours là pour la sauver au détriment de leur propre intégrité physique.

La barrière de la langue, c’est un phénomène rare : mondes parallèles ou retour dans le passé, tout le monde parlera généralement la même langue car c’est bien plus pratique. En effet, le dialogue reste le principal moyen de draguer.

Les yokai sont sexy ou mignons : caractéristique principal du yokai ? Sexy ou mignon. Terrifiant ? C’est optionnel mais ce ne sera jamais son physique qui sera terrifiant. Marche aussi avec les dieux, les vampires, les fantômes et toutes créatures surnaturelles marchant debout. Un monstre ? Non, juste un mec pas humain qui pourrait faire carrière dans le mannequinat !

Tomoe de Divine Nanami

Tomoe ou la sexy attitude faite yokai

Les lois fondamentalement inévitables du shôjo mature

Le shôjo mature attire d’autres types de lois en supplément de celles déjà vues. Elles sont nécessairement plus intenses, plus osées et leur probabilité d’apparaître s’en trouve décuplée par rapport à celles des romances classiques. Mature oblige !

Le « rentre-dedans » ça paie toujours : la meilleure tactique de drague sur le long terme reste le harcèlement. Le fameux principe du « suis-moi je te fuis » ne fonctionne pas, puisque plus le bishie revient à la charge plus l’héroïne découvre ses sentiments rapidement.

Un baiser, ça sert pour tout : faire taire quelqu’un, sceller un pacte, soigner une plaie, transmettre son énergie, taquiner ou punir l’héroïne
Corollaire – La salive, c’est le meilleur antiseptique : quand le bishie voit une coupure chez une fille, il aura le réflexe de lécher la plaie.

Un moment de gentillesse et ça repart : tout bishônen odieux, brutal et goujat n’a besoin que d’un instant où il se montre gentil pour balayer tout autre moment où l’héroïne a été blessée moralement. S’accompagne généralement du syndrome de l’ingénue boostée.

Le syndrome de l’ingénue boosté : même réaction que lors du syndrome de l’ingénue mais avec de la salive, du pelotage et du déshabillage en plus.

Être soumise, c’est rencontrer l’amour : si un garçon exige d’une fille qu’elle devienne sa domestique, son esclave ou sa propriété, il y a de fortes probabilités que ladite fille tombe amoureuse avant même d’avoir fini de se plaindre.
Corollaire – donner des ordres, c’est montrer son affection : si une fille se voit obliger d’exécuter les désidératas d’un garçon, il est probable que ce dernier soit en fait tombée amoureux d’elle depuis longtemps.

Happy Marriage Hokuto et Chiwa

Happy Marriage ?! : quel dominateur ce Hokuto !

Un mec odieux, c’est un garçon qui a souffert : si le bishônen est incapable de faire preuve de tendresse durant la majorité de la relation, c’est parce qu’il a vécu des traumatismes : manque d’affection parental, vieille rancœur avec un ami, rivalité avec son grand frère, décès tragique dans son entourage, poids de son héritage, cœur brisé…
Corollaire – une vraie relation amoureuse, c’est la rédemption : grâce à son innocence, sa candeur et surtout son énorme amour pour le mec odieux, l’héroïne le guérira de toutes ses blessures.

Bien que ces lois peuvent être assorties à des clichés voire du fan-service, elles demeurent importantes pour reconnaître un shôjo des autres types de mangas. Et puis parfois, certaines se révèlent amusantes à retrouver d’une série à l’autre.

Comme tu peux le voir chaque genre principal de shôjo connaît ses propres règles. Bien sûr, nous ne prétendons pas en avoir déroulé une liste exhaustive, d’autant  plus que nous nous sommes concentrées sur les shôjo purs. Si tu en connais d’autres, nous attendons avec impatience de les découvrir. N’hésite donc pas à les partager en commentaires.

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  • yuki604
    6 mai 2014 at 17:03

    Ahahah, merci beaucoup, je me suis bien marrée xD C’est tellement vrai !
    Juste, la règle d’or du baiser, elle est pas tout à fait juste : Le premier à l’embrasser ne sera pas forcément celui avec qui elle sortira ! Je prends par exemple Strobe Edge : le premier à embrasser Ninako c’est Ando, et on sait tous qu’elle finit tout de même avec Ren… Je sais, ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, mais tout de même ! L’exception qui confirme la règle, c’est la base du français voyons x)
    Comme règle dans les shojo, on pourrait aussi parler de l’attirance pour les cheveux noirs : 90% du temps, le blond sera le personnage secondaire qui finira seul à la fin…

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    • Nico Robin
      6 mai 2014 at 18:06

      À toute bonne règle, il y a son exception, sinon c’est moins marrant. *rires*
      Tu as raison, il y a une forte attirance de nos héroïnes pour les bishies aux cheveux foncés. Mais souvent cheveux foncés = bad boy ou gros rustre, huhu. Du coup, c’est un autre corollaire du triangle amoureux. ^^

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    • korr
      7 mai 2014 at 18:27

      Pour la couleur des cheveux, il existe une convention pour les couples très appliquée dans l’univers créatif. C’est la théorie du karma capillaire. Ainsi, il est généralement admis que les couples ayant une couleur de cheveux différente (style un brun + une blonde ou un blond + une brune) auront toutes les chances pour eux. A l’inverse, si les couples ont la même couleur de cheveux, les risques que ça tourne mal sont élevés. Cette théorie ne marche pas avec les personnages secondaires et ceux qui ont des cheveux blancs.
      En ce qui concerne la règle du premier baiser, elle est parfois substituée avec le premier garçon rencontré par l’héroïne quand le baiser n’arrive pas dans le premier tome (ce que je n’ai pas précisé car je n’ai pas trop détaillé cette loi pour rester large).

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  • Nico Robin
    24 avril 2014 at 12:23

    Ryuusei : cela fait plaisir à lire de voir que tu as passé un bon moment devant cet article. ^.^ J’avoue me marrer également en repensant à tous ces phénomènes qui se produisent à coups sûrs.

    Hana : oui, c’est ça qui est affolant XD Le nombre d’exemples qu’on trouve en y réfléchissant bien. Cela me donne l’impression de n’avoir lu que de ça. *rires*

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  • 23 avril 2014 at 22:19

    C’est tellement vrai *_* Je crois que j’ai réussi a trouver des exemples pour chaque cas, c’est grave ! =P

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  • 23 avril 2014 at 21:47

    Cet article m’a juste tuée… Je crois que je ne m’en remettrai jamais XD
    En tout cas cet article ça à du être un travail incroyable (merci beaucou), il est si juste et ironique comme il le faut que je ne verrai jamais plus mes shôjo de la même manière *s’effondre de rire*

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  • Nico Robin
    23 avril 2014 at 20:00

    Sherryn et Luthien : ravie que vous ayez apprécié cet article et qu’il vous ait fait rire. ^.^

    Didiamoura : complètement ! C’est clair que les garçons manqués sont victimes du syndrome de Cendrillon à coups sûrs. 🙂

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  • Didiamoura
    23 avril 2014 at 19:53

    Un monde impitoyable les shojos! *^* Les clichés des filles garçon manqué existe aussi, et ce sont mes préférées. (Les premiers temps car comme cendrillon, elle deviennent par magie des princesses dans leurs habits de contes de fée. Le garçon n’a qu’à bien se tenir!).

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  • 23 avril 2014 at 19:34

    Génial cet article ! 😀 Ca m’a bien fait rire aussi. ^^

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  • 23 avril 2014 at 18:56

    J’ai beaucoup ri ! Merci pour cet article ultra-détaillé !

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  • 23 avril 2014 at 17:49

    Très bel article! Personnellement, je trouve dommage que de nombreux shojo ne tentent pas de s’éloigner de ses clichés. On a parfois l’impression d’avoir du copié/collé d’un mangas à l’autre (heureusement, ce n’est pas toujours le cas).

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    • Nico Robin
      23 avril 2014 at 17:55

      Merci beaucoup pour ton compliment ! C’est vrai que parfois cela nous donne l’impression qu’on nous ressort la même tambouille et qu’il s’agit juste de changer les noms et les décors. Heureusement, comme tu le dis, ce n’est pas non plus tout le temps le cas. Après, pour ma part, j’avoue avec un plaisir éhonté, aimer retrouver certaines de ces lois. 🙂

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