Chroniques manga
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Complément affectif, portrait d’une génération

by on27 juillet 2010
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Pour une jeune femme, concilier vie professionnelle et sentimentale n’est pas toujours aisé. Alors qu’on exige d’elle qu’elle fasse ses preuves dans son travail, trouver du temps pour faire des rencontres constitue un défi. Entre construire sa carrière ou son couple il faut parfois choisir. Le sentiment de solitude qui s’insinue dans son cœur lorsqu’elle quitte le travail lui pèse. Néanmoins, lorsque les sentiments s’en mêlent, les certitudes vacillent. C’est ce dilemme que Mari Okazaki nous présente dans son manga Complément affectif, paru chez Delcourt.

Tous les jeunes, hommes ou femmes qui débutent dans la vie active se retrouveront dans ses personnages hauts en couleur. Tout le monde a besoin d’un complément affectif !

Minami Fuji a 27 ans. Elle travaille dans une agence de pub. Elle accumule les heures de travail, même le soir, la nuit, et les weekends. Elle est en couple depuis 7 ans mais sa relation s’est installée dans la routine. Enfermée dans un rythme effréné, imposé par son travail, elle ne se rend pas vraiment compte de la situation. Lorsque son compagnon la quitte, elle se retrouve seule, perdue, sans repère, sans soutien affectif. Elle se jette alors à corps perdu dans son travail. Six mois après sa rupture, elle apprend le mariage de son ex petit ami, c’est alors la prise de conscience et l’inévitable remise en question qui l’accompagne.

Portrait d’un métier

manga complément affectif

Extrait du manga complément affectif

Avant de devenir mangaka, Mari Okazaki travaillait dans une agence de pub. Dans Complément affectif, elle nous livre une vision réaliste de ce secteur professionnel au Japon. Les anecdotes qui ponctuent son récit sont tirées de sa propre expérience. Elle nous décrit un métier passionnant et enrichissant. Nous suivons Fuji et la voyons s’investir corps et âme dans son travail. Elle aime ce qu’elle fait et s’évertue à donner le meilleur d’elle-même. Elle doit faire preuve de créativité et de polyvalence, rendant toute forme d’ennui impossible. Elle a aussi de nombreux échanges avec des personnes d’horizons très différents. Elle rencontre des gens reconnus dans leur métier ce qui enrichit sa propre expérience.

Néanmoins, le portrait que nous brosse Mari Okazaki est loin d’être aussi idyllique. Elle nous montre aussi un secteur soumis à rude concurrence, où des heures de travail peuvent être réduites à néant par les caprices d’un acteur ou les exigences d’un client. La diversité des tâches induit aussi une grande flexibilité dans les horaires pour s’adapter à ceux des autres intervenants. Lorsque Mari Okazaki nous montre Fuji accumulant les heures de travail, nous serions tentés de croire qu’elle exagère. Pourtant, en lisant l’interview de Mari Okazaki disponible sur le site d’akata nous nous rendons compte que le rythme dans la réalité est tel qu’il est décrit dans le manga. Pour nous, lecteurs français, habitués aux 35 heures c’est assez difficile à concevoir.

 

 

Portrait d’une femme

Quand Fuji rompt avec son petit ami, elle se lance à corps perdu dans son travail pour ne pas réfléchir. Mais lorsqu’elle apprend son mariage elle réalise que c’est justement à cause de son emploi qu’il l’a quitté. Elle se remet alors en question. Elle s’interroge sur ses priorités : est ce qu’elle pourra sacrifier sa vie personnelle au profit de sa carrière comme Mlle Hirano, qui travaille dans son service, la quarantaine et toujours célibataire ? Elle se sent seule et se rend compte qu’elle côtoie tous les jours les mêmes personnes au bureau mais sans réellement les connaître. Cette rupture va lui permettre de se rapprocher de ses collègues et de se faire des amis. Mari Okazaki nous montre avec beaucoup de justesse combien l’être humain a besoin des liens sociaux pour s’épanouir. Elle nous dépeint avec réalisme le désarroi de Fuji.

Le travail est la cause de la rupture de Fuji mais il s’avère aussi être le remède au vide laissé dans sa vie. Travailler lui occupe l’esprit, l’empêche de réfléchir. Fuji a une réaction très naturelle. Grâce à son travail, elle va aussi nouer de nouveaux contacts professionnels puis personnels. Il lui permet d’avoir une vie sociale et de rencontrer de nouvelles personnes, notamment des hommes. Mari Okazaki nous décrit ici une situation très réaliste. La mangaka nous prouve que les vies personnelle et professionnelle sont étroitement liées et que l’une influe immanquablement sur l’autre. Pour réussir dans la vie il faut trouver le juste équilibre entre les deux.

Portrait de femmes

manga complément affectif

Complément affectif – Fuji

Pourtant, Fuji n’est pas la seule femme de cette histoire. Il y a à ses cotés plusieurs autres personnages féminins dont on suit la vie quotidienne et sentimentale. Il y a Watanabe, qui travaille à la compta qui compte sur son travail pour lui permettre de trouver un mari. Nous suivons aussi Yugi qui vit une relation difficile avec un homme marié. Elle a du mal à trouver sa place et à construire un couple à cause de l’ombre de la femme de son ami qui plane toujours entre eux. La plantureuse Mme Tanaka est, quant à elle, mariée mais infidèle. Elle se dispute le cœur d’Ogiwara avec notre héroïne. Pour terminer il y a Mlle Hirano, la vieille fille de 40 ans qui a toujours favorisé son travail et se retrouve désormais seule. Pire, son travail n’a pas été récompensé parce qu’elle se retrouve mise au placard après avoir tout donné à son entreprise. Elle représente l’exemple à ne pas suivre aux yeux de Fuji, au début du manga. Au fil des tomes elle changera d’opinion, constatant qu’il est facile de se laisser emportée par le rythme du travail et en oublier sa vie personnelle.

A coté de ces relations sentimentales se nouent de formidables amitiés entre toutes ces femmes. Même si leur vécu est totalement différent, toutes ont du mal à concilier vies sentimentale et professionnelle. Toutes s’interrogent sur la place à accorder à l’une ou l’autre. Face aux difficultés qu’elles rencontrent tant dans leur métier que dans leurs amours, elles se soutiennent et s’entraident.

Portrait d’une génération

Toutes les femmes du manga se posent la même question et éprouvent le besoin d’avoir un compagnon pour combler le vide qu’elle ressentent une fois hors de la sphère professionnelle. Qu’en est-il des hommes ? Il en est de même pour eux. Le petit ami de Fuji au début du manga la quitte parce qu’il se sent délaissé. Il est frustré de toujours passer après le travail de son compagne. Il y a aussi Ogiwara, l’indécis ou Ishida, le romantique. L’un voudrait avoir Fuji alors que l’autre l’a mais la laisse s’en aller. Au fil des tomes deux autres hommes font leur apparition dans la vie de Fuji : Kôda et Sahara. Tous deux n’ont pas des relations sentimentales simples non plus et leur travail interfèrent beaucoup dans leur vie de couple.

Ainsi, que ce soit hommes ou femmes, tous les personnages de Complément affectif rencontrent des difficultés pour mener de front une relation amoureuse et un emploi. Tous ont besoin d’avoir une personne à aimer.

Complément affectif est un manga extrêmement riche. Il passe en revue une large palette de sentiments humains et décrit avec brio un métier. Il en devient très vite addictif. Nous avons envie de savoir comment vont évoluer les relations des personnages et nous souhaitons les voir réussir dans les deux domaines : sentimental et professionnel.

Et toi ? Tu t’es senti(e) proche d’un des personnages de Complément affectif ? Si oui, lequel ? N’hésite pas à répondre en commentaire et à attribuer une note à ce manga.

Plus

Un descriptif réaliste du monde du travail
Une large palette de sentiments humains
Un dessin propre et dynamique et de jolies couvertures
Des personnages attachants
Beaucoup d'émotions

Moins

Le rythme de parution un peu lent

Editor Rating
 
Scénario
10

 
Personnages
10

 
Dessins
10

Note du rédacteur
10

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Scénario

 
Personnages

 
Dessins

Notes des shôjo addict

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comments
 
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  • 10 janvier 2012 at 05:23

    Il à l’air bien celui là pour lire une histoire plus adulte.

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  • Heyden
    1 août 2010 at 03:55

    Super commentaire sur ce manga. Je n’ai pas encore fini, mais c’est vraiment un manga que je recommande. Le milieu, la personnalité des personnages, les différents troubles qui les touchent, j’ai vraiment été séduite. 🙂

    Répondre

  • hachiko-ichigo
    28 juillet 2010 at 01:06

    Article vraiment interressant ! ça donne envie, j’ai vraiment l’impression que ce manga est super profond et peut nous faire beaucoup réfléchir !

    Le graphisme est très beaux et les couvertures magnifiques !

    Bravo et merci pour l’article

    Répondre

  • a-yin
    10 août 2010 at 09:03

    Très beau dossier =) !!! J’aime beaucoup Mari Okazaki que je suis depuis Déclic amoureux, même si tout ne me plaît pas à 100%. C’est ça que j’aime chez elle, on peut aimer une histoire un jour et être agacé par elle un autre. Son style graphique est unique et très sensuel. Ceci dit, Complément affectif est le meilleur de ce que j’ai lu d’elle, ceci provient sûrement du fait que j’ai une préférence assez marquée pour les séries longues ^^; …

     

    Dans Complément affectif, outre les personnages, l’univers du travail très bien décrit par Mari Okazaki, les questionnements, il y a ce graphisme élégant… superbe. Ces décors parfois surréalistes comme sur les couvertures ou entre les chapitres (des poissons par exemple j’adore les poissons). Très envie de relire cette série du début =) vu que ça date.

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