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Comte Cain tome 1 : La Juliette oubliée

by on24 juin 2017
Details
 
Type Manga
 

Première série reliée de Kaori Yuki, Comte Cain est sorti en France en 2003 chez Tonkam. Après The Royal Doll Orchestra, il s’agit du deuxième titre de cette célèbre mangaka que je découvre. Ce premier volume jette les bases d’un ouvrage captivant et énigmatique, me donnant envie de lire la suite.

Le tome comprend cinq histoires courtes indépendantes mettant en scène de sombres affaires, dans une Angleterre victorienne pour trois d’entre elles. Chacune comporte un mystère qui tiendra sa résolution, le plus souvent macabre, en fin de chapitre.

  1. La Juliette oubliée : Suzette Hargreaves, héritière d’une riche famille anglaise, est retrouvée morte. Cependant quelques jours plus tard, une rumeur selon laquelle son fantôme errerait se propage. On dit qu’elle serait à la recherche de son bien aimé. Ariel, jeune fleuriste à son service, mène l’enquête. Sur sa route, il croise le Comte Cain Hargreaves, collectionneur de poisons et qui n’est autre que le cousin de la jolie Suzette…
  2. La marque de Bibi : Cain est appelé par son oncle pour résoudre un mystère concernant la réapparition de sa fille Madeline, supposée décédée quelques années auparavant. Son enquête mène le jeune comte dans les bas-fonds de la ville, tandis qu’il lève le voile sur certains secrets peu reluisants de cette famille…
  3. Les jeunes garçons qui ont arrêté le temps : On s’intéresse au mystère de la disparition d’une gouvernante au sein d’une pension pour jeunes garçons. Rupert Godfrey et John Elliot unissent leurs forces et font fi de leur différence de statut pour percer ce mystère.
  4. Double : Il est question d’une amitié liant deux jeunes garçons, Emilio et Len. Le premier est parti en ville dans le but devenir un acteur célèbre. Deux ans plus tard, son ami décide de le rejoindre. L’Emilio qu’il a connu autrefois semble avoir changé… Le succès lui aurait-il monté à la tête ou serait-ce autre chose ?
  5. La mort de Cleo Dreyfus : Plus brève, l’intrigue lève le voile sur le décès d’un jeune homme. Cain ayant son idée là-dessus, il mettra tout en œuvre pour faire éclater la vérité, dût-il confondre le coupable par des moyens douteux…
juliette oubliée détail comte cain

Entête du chapitre « La Juliette oubliée » – détail Cain, Ariel et Suzette

Comme la plupart du temps, avant de commencer Comte Cain, j’ai choisi de ne lire ni les résumés que l’on retrouve sur Internet (trop révélateurs à mon goût) ni les critiques, afin de constater par moi-même comment l’auteur distille ses informations et tisse sa narration.

Force est de constater que les choses sont confuses. Sur les cinq nouvelles, deux d’entre elles ne présentent aucun rapport direct (ou indirect apriori) avec Cain. En soi, cela ne me pose pas vraiment de problème mais c’est plutôt perturbant. On dirait qu’elles ont été placées là, comme un cheveu sur la soupe, à moins que ce ne soit une manière de proposer un interlude avant de reprendre le flot des histoires mettant en scène de près ou de loin le comte.

Même si je les ai toutes deux appréciées, “Les jeunes garçons qui ont arrêté le temps” m’a paru trop brouillonne. J’ai eu du mal à reconnaître les personnages tant ils se ressemblent. Je dois avouer que son issue m’a fait l’effet d’un pétard mouillé. C’est dommage car elle avait bien commencé. En contrepartie, “Double” m’a davantage plu. Cette amitié entre les deux garçons est touchante et la vérité des plus surprenante et malsaine. Je n’aurais jamais songé à cette éventualité.

Néanmoins, pour ce qui concerne les deux récits en lien avec Cain (“La Juliette oubliée”, “La marque de Bibi”), les intrigues sont rondement bien menées. Kaori Yuki sait nous emmener là où elle le désire. Le suspense reste entier et les révélations se font au fur et à mesure que l’on s’engouffre, comme si les ténèbres de la vérité allaient nous happer et nous prendre au piège. La tension monte d’un cran à chaque fois pour arriver à un point culminant où celle-ci est à son comble. Le troisième, “La mort de Cleo Dreyfus”, est certes anecdotique mais laisse entrevoir un destin plus sombre en rapport avec notre personnage récurrent.

D’ailleurs, en parlant de lui, je me réfère directement au comte Cain, qui apparaît pour le moment très peu. Agissant en personnage secondaire, son rôle demeure en retrait. Pire, nous ne connaissons presque rien de lui sinon ce que l’auteur veut bien nous en dire et que l’on peut déduire.

riff comte cain

Riff, le majordome toujours très serviable

Étant donné son statut, nous pouvons supposer qu’il provient d’une famille anglaise assez influente. Il semble solitaire et nous le voyons principalement en compagnie de son majordome Riff. Il paraît très intelligent, étant donné sa facilité à résoudre certains mystères et à établir rapidement des liens entre les événements. Son passe-temps consistant à collectionner les poisons lui procure un aspect davantage sombre et interroge le lecteur. D’où lui vient cette obsession ? D’autant plus que lors de certaines scènes nous l’apercevons expérimenter ses concoctions.

Quant à Riff, il se révèle discret. On sent qu’il éprouve du respect envers son employeur et montre même des signes d’inquiétude concernant le hobby de son jeune maître. Évidemment sa tâche consiste à s’occuper de lui, assurer que ses moindres désirs soient comblés. Toutefois, ses réactions semblent outrepasser sa fonction.

 

En outre, j’apprécie particulièrement l’ambiance victorienne que Kaori Yuki parvient à retranscrire à travers ses différentes histoires. C’est d’ailleurs ce qui fait son originalité et en quelque sorte sa marque de fabrique. La séparation nette entre les catégories aisées et les classes les plus pauvres est totalement saisissante. C’est un peu comme si deux mondes vivaient en parallèle l’un de l’autre sans se côtoyer, sauf à de rares exceptions. L’auteur réussit magnifiquement à le faire.

Cela s’explique notamment par la qualité du dessin. La mangaka nous offre des planches riches en détails et très soignées. Les toilettes des personnages féminins tout comme les décors apparaissent loin d’être négligés. On arrive bien à cerner les textures de chaque élément, presque comme si l’on pouvait les toucher.

Les visages sont tout à fait expressifs pour l’on saisisse les émotions des protagonistes, ce qui m’a aidé à davantage m’investir dans le récit. En particulier, l’effroi, la détresse et la colère sont excellemment dessinés.

émotions comte cain

Des émotions exacerbées : tout passe par le regard

Si certaines techniques peuvent se montrer datées – telles celles pour remplir les paysages – j’estime que dans l’ensemble les graphismes ont su bien vieillir.

À cela s’ajoute une composition moins structurée que ce j’ai eu l’habitude de rencontrer. Les différentes cases ne sont pas tout le temps délimitées. Il est fréquent que l’une chevauche l’autre. Quelques fois, un personnage va complètement sortir du cadre et empiéter sur une case. J’ai par la même occasion noté que l’auteur avait une affection particulière pour les dessins en pleine page, dans lesquels les dialogues se mélangent ainsi que les situations.

La période choisie, notamment connue pour avoir remis au goût du jour le gothisme datant du Moyen-Âge (on parle alors de néo-gothisme) ainsi que cet environnement macabre, participent à créer une œuvre emplie à la fois de beauté, d’horreur et de suspense. C’est un peu comme si nous nous trouvions dans une enquête diligentée par Sherlock Holmes et son fidèle Watson, à laquelle nous ajouterions quelques éléments de surnaturels.

D’aucuns estimeraient presque paradoxal d’associer ces trois termes mais il ne faut pas négliger la mise en scène quasi esthétique de l’horreur qui frappe les personnages. Je n’affirme pas que c’est visuellement plaisant mais plutôt que l’auteur cherche une certaine esthétique. Les morts sont absolument violentes (armes blanche et à feu) mais le résultat – spectaculaire tout de même – n’est pas synonyme de boucherie. Le décès par meurtre constitue la paroxysme de l’atrocité mais c’est comme s’il fallait le soigner, presque le rendre théâtral.

Même si la composition narrative peut porter à confusion, ce premier tome de Comte Cain m’a passionnée. Il augure une série pleine de mystères que l’auteur nous dévoile au compte-gouttes, et qu’il me tarde de connaître.

Plus

Deux récits dont l'intrigue est très bien ficelée
L'ambiance de l'Angleterre victorienne bien représentée
De sublimes dessins n'ayant pas tant pris une ride
Un savant mélange entre beauté, horreur et suspense

Moins

Certaines histoires paraissent confuses (en particulier "Les jeunes garçons qui ont arrêté le temps")
On veut plus de Comte Cain !
Une composition visuelle chargée provoquant parfois la confusion

Editor Rating
 
Scénario
7.5

 
Personnages
7.5

 
Dessins
9.5

Note du rédacteur
7.9

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Scénario

 
Personnages

 
Dessins

Notes des shôjo addict

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Cette chronique a été écrite dans le cadre du challenge des Bookineurs en couleurs : couvertures noires et celui de la Ronde des éditeurs : Delcourt/Tonkam.

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