Chroniques manga
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Intrigues au Pays du Matin Calme

by on26 janvier 2014
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Étant fascinée par la Corée ainsi que son histoire, j’ai souhaité découvrir ce shôjo de Natsuki Sumeragi. C’est avec grand plaisir que je me suis immergée dans le récit des différentes nouvelles qui le composent.

Intrigues au Pays du Matin Calme se déroule pendant la dynastie Joseon, connue comme étant l’une des plus longues de l’histoire coréenne. Afin de faire face à la corruption, un inspecteur est chargé par le roi de contrôler les actions des fonctionnaires.

Celui-ci se prénomme Yun Sugi et voyage à travers la péninsule coréenne pour effectuer sa mission.

Détail Intrigues au Pays du Matin Calme

Détail de la couverture française d’Intrigues au Pays du Matin Calme

Je souhaiterai tout d’abord évoquer le titre français. Avant de lire ce one shot, je dois avouer qu’il a su piquer ma curiosité seulement avec son intitulé.

Avec le terme d’ « intrigues », le contenu s’attachera certainement à narrer différentes histoires traitant plutôt de la vie quotidienne, mais aussi du pouvoir et les sournoiseries qu’il est possible de fomenter.

Il pourrait presque apparaître paradoxal étant donné l’opposition entre le nom « intrigue » et l’expression désignant la Corée : « pays du matin calme ».

Divisé en différentes petites histoires indépendantes, ce volume unique nous permet de suivre la mission de cet inspecteur à travers différents tableaux successifs et progressifs.

En effet, j’ai pu en savoir plus sur ce personnage récurrent et les raisons pour lesquelles il a embrassé ce corps de métier. Ceci m’a permis de m’attacher à lui car mon désir de savoir le fin mot de l’histoire a augmenté dès que j’en ai appris davantage sur son passé. Il m’a assez touchée.

Seule la dernière nouvelle dénote avec cet ensemble cohérent tant par son contexte plus mystérieux que son cadre chinois. En observant les vêtements ainsi que les noms de famille, notamment, je me suis aperçue que l’histoire pouvait peut-être se dérouler en Chine mais je n’en suis pas sûre.

J’ai même été très surprise de sa présence, pensant retrouver une nouvelle aventure de M. Yun. Toutefois en y réfléchissant bien, la dernière page du précédent chapitre ne laisse pas d’équivoque quant à une possible suite. En dépit de cet aspect, cela ne m’a pas empêchée de prendre plaisir à la parcourir. Elle s’inscrit dans un registre différent que je ne déteste pas, bien au contraire.

De plus, la lecture de ce volume unique est très agréable puisqu’elle nous plonge au cœur de l’histoire coréenne, et plus particulièrement la dynastie Joseon. En effet, instaurée par le général Yi Seonggye en 1392 devenu plus tard le roi Taejo, elle aura perduré plus de 500 ans, jusqu’à l’invasion japonaise de 1910.

Néanmoins, malgré cette apparence pérennité, cette époque est également marquée par de nombreuses invasions : l’équilibre est assez fragile. Cela est tout à fait bien retranscrit par l’auteur lorsqu’elle évoque notamment les relations avec le peuple voisin, les Jurchen – ancêtres des Mandchous.

Premières pages d'Intrigues au Pays du Matin Calme

Premières pages de la nouvelle ‘Peines et bonheurs conjugaux’

D’autre part, Natsuki Sumeragi nous propose de nous intéresser plus en détail sur le fonctionnariat coréen. Celui-ci s’inspire très largement du modèle chinois avec notamment un accès déterminé par un examen.

Il faut savoir que le royaume est constitué de différentes provinces, avec à leur tête un gouverneur sous l’autorité du roi. Ainsi cela explique que les fonctionnaires soient contrôlés pour éviter toute corruption parmi ces agents de l’État.

À ce propos, cette thématique semble être le domaine de prédilection de l’auteur, dépeignant des fonctionnaires – surtout ceux placés à un niveau suffisamment élevé dans la hiérarchie – attirés par le pouvoir et le prestige que cela leur donne. C’est notamment le cas, dans une moindre mesure, du recueil nommé Sous la bannière de la liberté.

Bien qu’étant habituée à rencontrer ce genre d’intrigue, j’apprécie toujours de voir un récit s’y intéresser. La plupart des drama historiques coréens que j’ai pu voir présentent effectivement des fonctionnaires véreux, capables de toutes les bassesses pour accroître leur richesse et obtenir une meilleure position.

C’est donc un contexte riche et détaillé que nous offre la mangaka, aidé par les clés de compréhension en fin de volume permettant de mieux le situer et s’imprégner du fonctionnement de ce pays.

Courtisane Intrigues au Pays du Matin Calme

Jeune courtisane jouant du pipa, un instrument traditionnel chinois

Concernant à présent l’aspect visuel, je reste charmée par le style de Natsuki Sumeragi, commun à aucun autre et très plaisant. Le manga date du début des années 1990 et je n’ai pas l’impression qu’il ait vieilli.

Le dessin se révèle à la fois fin et sobre, composé principalement d’aplats : c’est-à-dire des couleurs déposées de façon uniforme, rappelant la technique du sumi-e utilisée dans les estampes.

Les motifs et trames sont assez peu présents. Généralement l’auteur a préféré les utiliser avec parcimonie pour les ombres et la texturisation des tissus. Ce sont essentiellement les contours des personnages qui sont représentés. Il ne souffre alors pas de surcharge et de détails inutiles.

Également, les diverses cases constituant une page se concentrent sur les personnages et le fond est souvent dénué de décor. En conséquence, les sentiments et émotions se trouvent mis en avant, comme accentués. Les dialogues apparaissent aussi valorisés par cette technique.

L’auteur fournit bien évidemment des éléments de situation, afin d’aider à la compréhension. Ces informations sont délivrées plutôt en début et fin de double page. Dans le deuxième cas, cela correspond en quelque sorte à une ouverture, montrant ainsi que l’histoire continue après la dernière scène. J’ai trouvé ce cas dans le deuxième chapitre « Vent violent dans la région frontalière sino-coréenne ».

Au final, Intrigues au Pays du Matin Calme offre un récit captivant traitant du système administratif coréen à l’époque Joseon. La technique de la mangaka rappelant les estampes japonaises sonne comme une invitation au dépaysement et au voyage.

J’espère t’avoir donné envie de te plonger dans ce recueil d’histoires. Si tu le connais déjà ou que tu souhaites le lire, je serai ravie de pouvoir en discuter dans les commentaires.

Plus

Une immersion somptueuse dans l'univers de la dynastie Joseon
Le thème de la corruption bien abordé
Des dessins de qualité et fins : un rappel des estampes japonaises utilisant la technique du sumi-e

Moins

La dernière histoire du recueil sans lien avec les autres, tombant un peu comme un cheveu sur la soupe

Editor Rating
 
Scénario
8.0

 
Personnages
8.0

 
Dessins
9.8

Note du rédacteur
8.4

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Scénario

 
Personnages

 
Dessins

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