Chroniques manga
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Princesse Kaguya, qui a tué la princesse de la lune?

by on19 janvier 2011
 

Un huis clos sur une île au milieu de nulle part, une histoire de clônage, une intrigue géopolitique d’un futur proche, une princesse qui essaie de rentrer chez elle depuis des siècles et des adolescents qui n’ont plus rien à perdre… qu’attends-tu pour succomber aux charmes maléfiques de la Princesse Kaguya?Éditée chez Panini Comics, Princesse Kaguya est l’oeuvre la plus célèbre de Reiko Shimizu (The Top Secret), ayant reçu le prix du meilleur shôjo Shôgakukan en 2001.

Garçon manqué et dotée d’une incroyable beauté masculine, Akira a été abandonnée à la naissance dans une forêt de bambous, tout comme dans la légende de la princesse Kaguya. Elle se fait kidnapper par deux garçons, Midori et Yui qui l’emmènent dans une base américaine. Là bas, elle apprendra que ces deux garçons sont ses amis d’enfance qu’elle a oublié suite à un traumatisme. Ils ont été élevés dans le même orphelinat sur l’île de Kabuchi. Sur cette île, la faune et la flore sont anormales et les habitants sont régis par la nymphe céleste. Akira, Midori, Yui et quelques autres enfants se sont enfuis de l’orphelinat après avoir découverts qu’ils seraient tous sacrifiés par la Princesse Kaguya à seize ans. Pourtant, bien qu’ils aient réussi à s’enfuir, la malédiction semble toujours peser sur eux, car où qu’ils soient, les orphelins meurent les uns après les autres peu après leur seizième anniversaire dans de circonstances morbides, leur corps n’ayant plus de tête, comme dans la cérémonie du sacrifice.

Afin de découvrir la vérité sur la malédiction, le trio s’inscrit au camp d’entraînement U.G de l’armée américaine qui doit se dérouler sur l’île de Kabuchi. Mais les hélicoptères qui transportaient les participants s’écrasent et seuls dix participants et l’instructeur Macgavan s’échappent de la mort. Cerise sur le gâteau, ces participants font partie du groupe d’enfants qui se sont enfuis il y a dix ans ! Simple hasard, malédiction divine ou complot humain ?

Un thriller fantastique…

Manga Princesse Kaguya

Extrait du manga Princesse Kaguya

Après Moon Child (disponible en anglais chez les éditions Cmx) qui reprenait La Petite Sirène d’Andersen, Reiko Shimizu récidive avec Princesse Kaguya, shôjo remettant au goût du jour la vieille légende japonaise du même nom. La Princesse Kaguya est originaire de la Lune, malheureusement exilée sur Terre. D’après la version la plus répandue, elle a pu retourner auprès, mais dans celle de Reiko Shimizu, elle est condamnée à rester sur l’île de Kabuchi et attend toujours qu’on vienne la chercher. Pour prolonger son existence, des prêtres lui sacrifient régulièrement des adolescents de seize ans, jusqu’au jour où les enfants-sacrifices ont découvert la supercherie et la tuent par accident.

Mais la Princesse Kaguya et l’île de Kabuchi cachent encore plus de secrets qu’on ne pourrait croire. Abandonnés sur une île coupée du monde, les adolescents se soupçonnent, se jouent des coups bas, essaient d’écraser les plus faibles pour avoir plus de nourriture, etc. Même en tant qu’amis d’enfance, ils ne se font pas confiance et sont sans pitié les uns envers les autres. Avec une mort mystérieuse sur l’île, c’est une ambiance à la Dix petits nègres d’Agatha Christie qui s’installe. Ainsi, un climat d’angoisse et de paranoïa règne sur l’île, les incidents étranges et les hostilités ne font qu’augmenter la tension.

…qui se transforme en intrigue de science-fiction.

On pensait que l’intrigue s’arrêterait là, mais pas du tout. Après quelques tomes, on s’éloigne du huis clos en apprenant qu’en vérité, les enfants élevés dans l’orphelinat sont des clones des personnalités importantes dans le monde, des réserves d’organes en cas d’accident de ces dernières. Dans sa série plus récente The Top Secret (disponible chez Tonkam), l’auteur aborde un problème d’éthique majeure sur le respect de la vie privée. Ici, c’est le problème du clônage qui est mis sous les feux des projecteurs. Ces adolescents issus de l’île de Kabuchi, ne sont même pas considérés comme des humains mais de vulgaires pièces de rechange qu’on s’empresse de capturer, maintenir en vie dans d’atroces conditions, puis jeter quand il n’y a plus rien à tirer de leur corps.

manga Princesse Kaguya

Illustration du manga Princesse Kaguya

Révoltés, fous de rage d’être traités comme des objets, ils s’emparent de la conscience de leur original et n’ont qu’une idée en tête : la vengeance envers le monde entier, pour eux-mêmes et pour ceux qu’ils ont perdus, utilisant le corps à cause duquel ils ont perdu la vie. Prenant l’identité des personnalités les plus influentes du monde que sont leurs originaux, ils sont pour ainsi dire les maîtres du monde une fois rassemblés. Cependant, ils ne se doutent pas que tout fait partie du plan de la Princesse Kaguya… Les deux intrigues se rejoignent peu à peu, chaque volume devient de plus en plus haletant et se termine toujours par un cliffhanger énorme qui ne peut que nous donner une folle envie de lire la suite.

L’auteur nous plonge dans une dimension unique en mélangeant les genres : horreur, mystère, aventure, fantastique et science-fiction. Princesse Kaguya oscille entre le seinen, pour la complexité et la maturité du scénario, et le shôjo pour la psychologie et les relations des personnages. La narration du manga ressemble fortement à celle d’un film : la mangaka utilise habilement des bonds dans le futur et le passé, change constamment de points de vue, saute d’un endroit à un autre. Elle n’hésite pas non plus à brouiller les pistes. Néanmoins, on ne se perd pas au milieu de toutes ces pistes, le scénario reste parfaitement cohérent et bien ficelé.

Des personnages fascinants…

Qu’on ne s’y trompe pas, Princesse Kaguya est un shôjo malgré ses allures de seinen. Le dessin fin, élégant, et poétique de Reiko Shimizu donne naissance à de véritable éphèbes. De plus, sa froideur correspond bien à l’histoire. Les expressions du visage des personnages expriment à merveille leurs émotions. Seul bémol : les personnages secondaires se ressemblent tous et on a du mal au début à distinguer Akira et Midori, qui sont quand même les personnages principaux.

Manga Princesse Kaguya

Illustration du manga Princesse Kaguya

Un des principaux ingrédients qui font la beauté de Princesse Kaguya est sa galerie de personnages aussi fascinants les uns que les autres, grâce une conception de caractère plus que soignée. Les adolescents partent sur l’île non seulement pour découvrir la vérité sur la malédiction, ils sont aussi là en quête d’identité puisque chacun d’eux a perdu sa place dans la société. Midori a été, depuis son plus jeune âge, de santé fragile, mais plus que sa santé, c’est l’affection sans borne que Yui lui voue qui le dérange. Et Yui ne peut pas, sans Midori, « maintenir sa stabilité psychologique ne serait-ce qu’une seule seconde ».

Akira étouffait dans la maison de sa tutrice : contrainte depuis des années à avoir les relations homosexuelles avec cette dernière, elle est aussi accaparée par sa fille Mayu, qui la suivra secrètement jusqu’à l’île de Kabuchi. C’est une héroïne de shôjo fort intéressante, dans la mesure où elle est vraiment détestable, pas parce qu’elle est une cruche, mais parce qu’elle est froide, indépendante, agressive, des fois cruelle, qu’elle n’hésite pas à user de ses charmes pour parvenir à ses fins. Ses actions sont donc imprévisibles. Les autres rescapés sont devenus endettés, criminels en fuite, acteur célèbre et basketteur. Les enfants enfuis en quête de libertés sont devenus les rejets de la société, venus sur l’île en espérant changer leur vie.

Reiko Shimizu ne se contente pas de quelques adjectifs pour décrire la personnalité de ses personnages, elle travaille énormément sur leur psychologie, leur réactions, leurs sentiments et leurs relations. Le trio Akira, Midori et Yui est relativement mis en avant pendant le premier arc, mais les autres adolescents viennent tour à tour prendre leur importance dans l’histoire dans le deuxième arc, où ils vont se retrouver séparés. Le lecteur n’est pas au bout de ses surprises, même avec les personnages !

… et des relations tout aussi complexes.

Manga Princesse Kaguya

Illustration du manga Princesse Kaguya

D’emblée dans le premier chapitre, on nous révèle la relation homosexuelle d’ Akira avec sa tutrice. Cet élément peut choquer, surtout dès le début du manga. A cela s’ajoute un panel de sentiments plus ambigus les uns les autres, disséminés tout au long de la série. Les sentiments de chaque personnage sont très fouillés et bien décrits, de l’attachement maladif de Yui envers Midori aux sentiments d’amour et de haine qu’éprouve Akira envers Mayu. Comme L’infirmerie après les cours, Princesse Kaguya nous dépeint les relations floues d’adolescents troublés et instables. Malgré ces rapports étranges, la série n’est pas pour autant un yaoi ou yuri, plusieurs romances hétérosexuelles sont là. Ces relations poussent constamment les personnages à agir mais ne gênent en rien l’avancement de l’intrigue. Elles s’y intègrent même avec facilité.

Il faut croire que Reiko Shimizu n’a pas beaucoup de chance avec la France. Malgré son indéniable qualité, sa nouvelle série The Top Secret ne trouve pas vraiment le succès à cause de l’absence totale de publicité. Et Princesse Kaguya a reçu le même sort mais en pire, car ce titre est édité par Panini Comics. En effet, depuis le tome 4, la parution devient de plus en plus sporadique, passant de 6 mois à 1 an, même si la série est finie depuis des lustres au Japon, de telle sorte que commencée depuis 7 ans, elle en est seulement au 13e tome sur 27. En plus, elle doit aussi subir l’absence totale de promotion dans les rayons. Pour couronner le tout, aucune sortie n’est prévue en 2012. On se demande quand se terminera la série en France, et même quand l’éditeur décidera d’arrêter la parution.

Princesse Kaguya, c’est un scénario fabuleux qui vous tient en haleine même à la centième lecture, servi d’un dessin exceptionnel et des personnages beaux à en mourir, à la personnalité très poussée. Un chef-d’œuvre injustement ignoré à se procurer d’urgence.

As-tu été aussi séduit par l’originalité du scénario, par ces personnages authentiques, égoïstes et non-manichéens? Ces éléments t’ont-t-ils dérouté(e) ? N’hésite pas à nous faire part de ton opinion et donner une note à la série.

Plus

Une histoire intelligente mélangeant tous les genres.
Le suspense insoutenable à chaque tome.
27 volumes et on ne s'ennuie pas une seule seconde.
Un dessin gracieux.
Des personnages incroyablement bien travaillés.
Une héroïne imprévisible.
Des relations ambiguës et bien décrites qui n'alourdissent pas l'intrigue.
La fin.

Moins

Le rythme de parution en France.

Editor Rating
 
Scénario
10

 
Personnages
10

 
Dessins
10

Note du rédacteur
10

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Personnages

 
Dessins

Notes des shôjo addict

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  • a-yin
    24 décembre 2011 at 02:58

    Misa, tu connais déjà sûrement mon avis =) mais je voulais tout de même laisser un petit commentaire, une trace de mon passage car cet article est comme tous les tiens un magnifique article rendant totalement hommage à ce chef d’oeuvre de Reiko Shimizu.

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