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Comment détecter un mauvais shôjo ?

by on5 octobre 2013
 

Ces dernières années, les éditeurs français de manga ont réalisé le potentiel du lectorat féminin et licencient de plus en plus de shôjo. De nouvelles séries sortent tous les mois, si bien que nous devons faire un choix parmi elles si nous voulons protéger notre porte-feuille. Quelle nouveautés méritent d’être tentées ? Lesquelles sont à éviter immédiatement ? Dans cet article, nous (Luzule et misami_hirota) te présentons nos critères pour choisir nos shôjo.

Avant de débuter une série

Nous utilisons deux moyens d’achat principaux : la VPC et l’achat direct en magasin. Dans le premier cas, il n’est pas possible de jeter un coup d’œil au manga si son éditeur ne propose pas un extrait à lire en ligne. C’est pour cela que nous privilégions le second. Néanmoins il est tout de même possible de repérer au premier coup d’œil un shôjo qui ne nous plairait pas.

fnac paris shojo les halles

Le présentoir des shôjo à la FNAC du Forum des Halles – Paris

La première chose que nous connaissons d’une série est son titre et sa couverture. Même si en général, les éditeurs choisissent le titre le plus attirant possible, il n’est pas rare que celui-ci prenne déjà des connotations désagréables.

Avoue que tu m'aimes Tome 1

La couverture du volume 1 du shôjo Avoue que tu m’aimes !

Par exemple, Avoue que tu m’aimes ! d’Aya Oda annonce une histoire romantique à dormir debout où le héros forcerait l’héroïne à tomber amoureuse de lui. Cette idée est renforcée par la couverture du premier volume : le personnage masculin sourit d’un air suffisant tandis que le personnage féminin est dans ses bras, surprise et confuse. En effet, dans le manga le jeune artiste rock joue avec les sentiments de sa manager. Dans un cas plus extrême, le yaoi A Perverts Glasses – Les lunettes du pervers de Kotaro Kobayashi nous dit déjà tout sur son contenu vide de sens et plein de scènes érotiques.

L’image de couverture est souvent révélatrice du ton du manga. Sur celle de Beauty and the Devil de Hiraku Miura, l’héroïne se retrouve nue. C’est donc sans surprise qu’une scène érotique se présente dès le premier chapitre.

Pour choisir nos mangas, nous tenons compte également de l’éditeur. Les maisons françaises ont chacune une ligne éditoriale différente. A titre d’illustration, Soleil Manga ne possède pas de grosse licence, la majorité de leur catalogue est passe-partout, pas forcément mauvaise mais sans originalité. C’est pour cela que toutes les deux, nous nous méfions de leur séries.

manga shojo beauty and the devil

Couverture française de Beauty and the Devil

Quand on a déjà lu une quantité conséquente de mangas, on commence à savoir quels auteurs il faut éviter à tout prix. Si tu n’aimes pas une œuvre d’un mangaka, il y a de fortes chances que tu n’aimes aucune de ses séries, car même si son dessin peut s’améliorer avec le temps, le type d’histoires et de personnages qu’il ou elle décrit ne change pas.

Dans mon cas, je n’aime pas Mayu Shinjo (Blaue Rosen, Kaikan Phrase…), Kanan Minami (L’amour à tout prix, Honey x Honey…) et Miki Aihara (Hot Gimmick, From five to nine). Elles écrivent toutes des shôjo matures, ou avec pas mal d’implications sexuelles. Leurs héroïnes sont brutalisées par leurs petits amis et tirent un certain plaisir à être dominées. L’histoire n’a rien à raconter mais l’auteur rajoute des drames inutiles.

Cependant, il y a des exceptions à tout. Dingue de toi et Secret Girl d’Ako Shimaki ne sont pas des mangas des plus originaux, mais j’ai adoré sa dernière série Le Chemin des Fleurs, qui a reçu le prix du meilleur shôjo Shogakukan en 2012. Tsubaki Love de Kanan Minami a eu le mérite de commencer doucement. Il m’a plu jusqu’au moment où les deux protagonistes sortent ensemble, c’est-à-dire à la fin du tome 3. Les douze volumes restants sont un défilé de rivaux et rivales qui font tout pour semer la zizanie entre le couple. Ce qui m’amène à une autre critère à surveiller : le nombre de volumes de la série.

Un manga est long parce qu’il a du succès auprès du public mais parfois, l’auteur profite de ce succès pour le rallonger inutilement et tourner en rond, comme c’est le cas pour Tsubaki Love. Il faut donc s’en méfier et comparer si le nombre de volumes est cohérent avec la complexité de l’intrigue.

manga shojo akuma to love song

Akuma to Love Song, un exemple du shôjo dont la qualité se dégrade après son premier arc

Penchons-nous maintenant sur le résumé. C’est souvent l’élément le plus important dans nos critères de sélection. Bien sûr, le synopsis doit t’intéresser et te donner envie de lire le manga. Notre expérience en la matière nous a appris à éviter certaines thématiques. Notamment, les majordomes, les vampires et les loups garous n’apportent habituellement rien de bon.

Remis à la mode par le shônen gothique Black Butler et la saga Twilight, ces types de personnages sont malheureusement une excuse pour toutes sortes de clichés les concernant. Le majordome du shôjo sera beau, sportif, intelligent, gentil, bref parfait en tout point, si bien que nous nous demandons pourquoi il fait ce métier au lieu d’être rockstar ou PDG (la réponse est « à cause de l’amour pour sa maîtresse », pardi !).

Le dernier critère de sélection avant l’achat est le dessin. La beauté est subjective, donc ce n’est pas à nous de te dire quels dessins sont beaux ou laids. Néanmoins, si tu as l’occasion de lire l’extrait en ligne ou de feuilleter le manga en magasin, fais attention à ce que la narration soit consistante et fluide.

Enfin, avant d’acheter un manga, n’hésite pas à lire des critiques sur Internet (notamment sur Club Shôjo :-p )et trouver peut-être une personne ayant les mêmes goûts que toi et se fier à son jugement.

Après la lecture du premier tome

Après cette sélection avant lecture vient le bilan après la lecture du premier tome. Il va sans dire que si ton élagage avant lecture est efficace tu devrais avoir assez peu de mauvaises surprises.

Néanmoins nous sentons en toi une curiosité à toute épreuve. Que tu n’apprécies pas les premières impressions parfois trompeuses ou que tu désires laisser sa chance à une œuvre qui t’intrigue, ce chapitre s’adresse à toi lecteur !

La recommandation en entamant un manga sera tout simplement de te plonger dedans corps et âme, afin de ne pas mettre le plaisir de la lecture de côté (si du moins l’histoire est plaisante). Au fil de ta lecture tu pourras glaner quelques informations intéressantes qui t’aideront peut-être à te rendre compte si tu es tombé sur une perle ou une bouse.

Tout d’abord penchons-nous sur le scénario. Les résumés d’un grand nombre de mangas sont très bien écrits afin d’attirer le client. Certains n’hésitent pas à enjoliver les choses pour vendre un manga moyen donc il va te falloir repérer ceux qui ont un peu triché sur la marchandise. Ta première impression t’a poussé à lire le manga, mais qu’en as-tu pensé à la lecture ? Le scénario a t-il tenu ses promesses ou bien a t-il surévalué les événements ?

Dans ce genre de déceptions prenons pour exemple J’aime ce que j’aime des CLAMP dont le résumé est le suivant :

Hinata Asahi est une jeune lycéenne. Elle est mignonne et excellente élève, mais très naïve, un matin, elle fait la connaissance de son nouveau voisin Mr Asso, le remplaçant de son professeur de sciences. Très vite, Hinata tombe sous son charme. Mais Toko et Emi, ses amies, s’inquiètent de cette affection soudaine pour cet homme si mystérieux, d’autant plus que le père d’Hinata est un richissime homme d’affaire et que la jeune fille vit seule…

C’est un CLAMP, on peut donc se dire que ça ne peut pas être mauvais… mais les apparences sont parfois trompeuses. Le résumé nous fait miroiter des mystères autour du professeur, Mr Asso, mais nous n’en voyons pas l’ombre dans le premier tome. Il n’y a rien à part quelques regards esquissés. En ce qui concerne l’héroïne, elle est censée avoir 17 ans mais fait très gamine et est naïve au delà de l’entendement, ce qui est fortement agaçant.

Malheureusement ce shôjo semble faire partie des mangas à éviter. Bien que ses créatrices soient très talentueuses, il arrive de faire des faux-pas. Intéressons-nous maintenant au cas de  Wings of Freedom de Kozue Chiba, série terminée en trois tomes dont le synopsis se présente ainsi :

«Tu es libre, insouciant et tu exprimes tous tes sentiments. Je t’admire tant… Je n’ai qu’un rêve, devenir chanteuse et pouvoir ainsi m’évader à mon tour. Mais il faut être deux pour prendre son envol grâce aux ailes de la liberté. Et c’est avec toi que je veux faire ce voyage…»
manga shojo wings of freedom

Couverture du tome 1 de Wings of Freedom

A première vue le manga est attirant, d’autant plus que la couverture est sympathique avec son trait agréable. On s’imagine déjà une atmosphère un peu poudreuse, légère comme dans un songe et une héroïne prête à tout pour réaliser son rêve de devenir chanteuse avec tous les obstacles que cela peut impliquer.

La réalité sera en fait tout autre puisque avec ce premier tome on découvre une héroïne ayant abandonné le but de sa vie après s’être fait disputer par ses parents et qui n’arrive même pas à chanter devant les autres. Puis elle devient amie avec le garçon de la couverture, Takagi, en trois secondes… Meilleur ami qui se révélera comme par hasard guitariste et qu’elle bazardera aussi vite pour devenir chanteuse dans un groupe rencontré au coin d’une rue après un périple surréaliste à Tokyo.

Encore une déception avec cette fois-ci un gros problème de rythme. Ce qui m’amène à vous présenter le deuxième critère permettant de détecter une mauvaise œuvre : le rythme de l’histoire. Celui-ci est très important et les mangaka doivent arriver à trouver le bon afin que les événements n’aient lieu ni trop rapidement ni trop lentement.

Pour en revenir à Wings of Freedom, tout se passe trop vite, si bien qu’on n’y croit pas une seconde. L’auteur ne prend pas le temps de développer ses personnages, les liens se créent très rapidement entre eux et le réalisme n’est pas non plus au rendez-vous. On a l’impression d’assister à un marathon qui rend l’histoire complètement absurde et mauvaise.

manga shojo moryo kiden

Moryo Kiden, un shôjo trop brouillon

On retrouve le même rythme effréné dans Moryo Kiden de Tamayo Akiyama, qui mêle fantastique et romance. Dans celui-ci la déesse Mikage protège depuis longtemps les mondes de la guerre. Mais une déesse rivale se réveille et menace l’équilibre précaire que Mikage s’efforce de maintenir. Au milieu de ça on a les rejetons de ces deux divinités qui tombent amoureux alors que leurs rôles respectifs sont à l’extrême opposé, un amour impossible en perspective.

Le rythme très rapide de l’histoire la gâche puisqu’on passe à peine sur la rencontre des deux héros. Les événements et péripéties se succèdent de façon brouillon en laissant le lecteur sur la touche.

Dans un autre genre nous avons Romantic Obsession de Saki Aikawa dans lequel l’héroïne, Hotaru est amoureuse d’un professeur qu’elle connaît à peine. Elle a tout fait afin d’entrer dans le lycée où il enseigne mais lorsqu’elle rencontre le petit frère du professeur qui étudie aussi dans le lycée son cœur balance pour une broutille. Quant à sa meilleure amie, elle tombe amoureuse d’un garçon parce qu’il l’a accompagnée à l’infirmerie… Sans commentaires.

Il n’y a aucune profondeur, les choses vont trop vite et les personnages ne sont pas attachants, en bref à éviter.

Pour en finir avec le rythme on peut être confronté à l’inverse à des œuvres qui n’avancent pas assez rapidement et dans lesquelles rien ne se passe. C’est le cas pour L’éternité peut-être… de Michiyo Akaichi. Dès le premier tome on est confronté à des personnages vides sans profondeur et des sentiments superficiels. Couplée à ces éléments, l’histoire n’est pas passionnante et n’a pas grand chose à raconter.

manga Honey x honey

Couverture française du shôjo Honey x honey

Le troisième critère permettant de détecter un manga de faible qualité que je citerais sera le comportement et les actes très limites de certains personnages. Je pense notamment aux protagonistes de certains shôjo matures comme ceux de L’amour à tout prix ou encore Honey x Honey de Kanan Minami. Dans ses œuvres les demoiselles sont réduites au rang de jouets, d’esclaves bien gentilles tandis que leurs compagnons s’amusent et profitent de la situation. Mais cela ne choque pas nos héroïnes qui ont décidément une vision bien étrange de la vie et se laissent faire tant qu’elles peuvent.

Le fait de voir ces filles complètement soumises à leur bourreau qu’elles aiment en retour est assez révoltant et il me paraît aberrant de voir des choses pareilles publiées. Il semble que tous les moyens sont bons pour attirer le client, au détriment de la dignité ou de la bienséance…

On retrouve des comportements assez aberrants dans d’autres mangas comme Le préféré de la prof de Miki Aihara, shôjo dans lequel l’héroïne subit un viol et tombe ensuite amoureuse de son agresseur, fait assez dérangeant et qui ne présage rien de bon pour la suite de l’histoire.

D’autres éléments peuvent amener le lecteur à s’apercevoir qu’il est tombé sur un titre faible comme des personnages stéréotypés, une narration embrouillée, des scènes improbables, ridicules ou surréalistes. Des événements incohérents par rapport aux caractères des personnages sont d’autres composés pouvant mettre la puce à l’oreille : on remarquera par exemple le cas ou l’héroïne se trouve un copain dès le premier chapitre du manga alors qu’elle est censée être timide et ne jamais se faire remarquer des garçons.

Une autre scène assez typique des navets est celle où le personnage principal est malmené par ses camarades de classe, mais les faits s’arrêtent du jour au lendemain pour on ne sait quelle raison et les anciens bourreaux deviennent les meilleurs amis de la demoiselle.

Comme tu peux le voir, il y a beaucoup d’éléments qui peuvent t’éclairer sur ton choix et savoir si tu as affaire à un shôjo faisant parti du bon cru ou de l’autre côté. Au départ il me semble assez difficile de se rendre compte de tout cela mais au fil du temps ton œil s’aiguisera et tu sera en mesure de reconnaître les nanars au premier regard.

Je conclurais cette liste de critères par un dernier qui est la qualité du dessin. Bien sûr cet élément ne peut définir à lui seul un mauvais manga. Mais quand on trouve un composant cité plus haut additionné à ce dernier aspect, cela dissuade fortement de continuer une série. Il existe en effet de nombreuses œuvres déjà très pauvres dans lesquelles le chara-design est assez laid.

manga shojo bloody kiss

Extrait du manga Bloody Kiss

C’est le cas pour des mangas comme Bloody Kiss de Kazuko Furumiya qui allie soit dit en passant une thématique très originale [ironie] de vampire, avec des péripéties décousues et peu réalistes. Au premier abord le dessin peut paraître agréable mais en lisant l’œuvre on tombe sur certaines planches assez laides et bâclées avec des proportions pas toujours respectées. D’où un côté un peu trompeur dans le dessin qui ne se voit qu’à la lecture.

Un autre shôjo intitulé La vie en rose dessiné par Yun Koga possède un chara-design vieillot ce qui ne rehausse pas l’histoire ennuyeuse qui conte le quotidien d’un couple japonais.

Pour conclure cet article nous te conseillerons, fidèle lecteur, de ne pas te décourager si tu tombes sur un mauvais shôjo. De très nombreuses œuvres valent le coup d’être lues et ce serait vraiment dommage si tu passais à côté.

N’hésite pas à consulter les avis d’autres personnes ayant des goûts proches des tiens pour te faire une première idée. Mais surtout, lis beaucoup et apprends à reconnaître les œuvres à éviter en ayant un avis critique sur tes lectures.

Nous espérons que cet article t’évitera quelques faux pas et te souhaitons une longue vie dans le monde des shôjos. Nous t’invitons également à partager en commentaires, les mauvaises surprises que tu as pu avoir après lecture d’un shôjo. C’est toujours amusant de raconter tes mésaventures et pour nous de voir que nous ne sommes pas les seules à avoir fait de mauvaises pioches.

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