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L’histoire du shôjo

by on24 août 2017
 

Si vous êtes fan de manga, vous connaissez certainement les différentes classifications permettant de reconnaître le style de scénario d’un manga. Aujourd’hui nous nous intéresserons au shojo (mais ça, vous vous en doutez sûrement).

Le shojo (qui signifie “jeune fille”) est une catégorie de manga qui vise principalement les jeunes adolescentes, et est connu pour ses histoires à l’eau de rose et le chara design type qui va avec.
Il utilise généralement les clichés suivants : l’héroïne est neuneue, ou bien elle tombe amoureuse du garçon le plus populaire du collège/lycée, ou encore bouscule sans faire exprès son futur boyfriend etc.
Cela est toutefois pardonnable car la lecture d’un shojo ne doit pas nous prendre la tête.

Seulement, qu’en est-il de l’histoire du shojo ? Connaissez-vous les origines de ce genre ? Comment la population japonaise a réagi face à cette nouvelle catégorie ? Pourquoi est-ce si populaire ? ​Aujourd’hui, nous explorerons toutes ces questions.

 

Les origines

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il faut savoir que les mangas existent depuis les années 1900. Ils étaient publiés dans des magazine possédant une qualité médiocre et s’abîmaient très facilement, raison pour laquelle de nombreux mangas sont tombés dans les oubliettes.
Ceux-ci étaient majoritairement écrits et dessinés par des hommes, y compris les shojos. Cependant il manquait un élément fondamental : les problématiques liées à la femme en elle même. En effet, les relations amoureuses hétérosexuelles étaient quasi inexistantes laissant place à des histoires reposant essentiellement sur la relation mère/fille (haha-mono).

Dans les années 60 une première vague d’auteures marquantes modifiant la place de la fille dans le shojo manga est apparue. Les filles avaient un rôle assez restrictif car « La femme était positionnée comme une métaphore pour tout ce qui était arriéré et honteux au Japon  » (Rebecca Copeland), mais elles devinrent progressivement le personnage principal de l’histoire délaissant une figure idéalisée créée par les hommes.

Dans cette vague, nous pouvons nous intéresser à Mizuno Hideko. Cette dernière a influencé de nombreuses japonaises en introduisant sa nouvelle représentation de la femme. Elle a utilisé un thème qui n’était pas du tout exploité mais évident à nos yeux : l’amour hétérosexuel du point de vue de la fille. De ce fait, le personnage principal est passé d’un personnage de type “fille” à un personnage de type “femme” . Cette nouvelle représentation s’accompagne notamment d’un style graphique différent, influencé par les films romantiques Hollywoodiens. En effet, elle a commencé à américaniser ses héroïnes en reprenant les traits physiques européens : doubles paupières, cheveux longs et une vie dans un grand château. Ses oeuvres les plus connues sont Honey Honey no Suteki na Bouken (Honey Honey’s Wonderful Adventures) et Fire !.

La vie que mène ces personnages est alors tout le contraire de la vie Japonaise d’après guerre. Ainsi, créer des histoires avec des personnages menant une vie luxueuse était une sorte d’échappatoire à leur quotidien morose.

Manga de Hideko Mizuno

Suite au succès de Mizuno Hideko, de nombreuses auteures ont suivi ce mouvement et ont donné naissance à des histoires abordant le sujet suivant : “ Comment être aimée dans une relation hétérosexuelle ? ”. C’était une problématique qui touchait pleinement le coeur de cible étant donné que les japonaises étaient très timides. En outre, les mangakas avaient le même âge que leur cible, c’était donc facile pour elles de comprendre les japonaises et d’exprimer les sentiments de celles-ci à travers les mangas.

Les histoires ont donc commencé à être plus matures et attirantes même si les sujets abordés n’étaient pas encore très profonds en ce qui concerne la femme. Malgré cette avancée, les critiques ne se sont pas intéressés davantage à ce genre sauf le célèbre Ishiko Junzō, une figure centrale de la critique de manga à la fin des années 60 qui a trouvé pertinent d’analyser la relation mère-fille.

 

L’âge d’or du shojo manga

Ce n’est qu’à partir des années 70 que le shojo est vraiment reconnu comme une catégorie captivante grâce à la nouvelle génération de critiques incluant Murakami Tomohiko, Yonezawa Yoshihiro et Nakajima Azusa. Ils firent décoller l’attrait pour le genre dans des proportions que personne n’imaginait, car le shojo était jusqu’alors considéré comme une catégorie inférieure, en faisant un phénomène social et culturel.

En effet, ce sont ces personnes qui ont découvert le travail du “Groupe de l’an 24” (Nijūyo-nen Gumi) qui a révolutionné l’histoire du shojo. Ce groupe était composé de femmes mangakas ayant réussi à toucher une très grande audience. Comment ont-elles fait ? Elles n’ont tout simplement pas suivi les recettes magiques pour produire quelque chose de commercial, mais sont sorties du shojo mainstream en travaillant l’aspect psychologique et physique des personnages, révolutionnant le genre tant au niveau de la narration qu’au niveau du style. Dès lors, le nouveau shojo a vu le jour grâce au “groupe de l’an 24” en publiant un genre plus romancé et plus humain où les relations humaines sont plus réalistes.

Si on appelle ce groupe “Groupe de l’an 24”, c’est parce que les auteures sont nées en l’an 24, l’année de l’ère Showa (1949 d’après le calendrier grégorien). ​Beaucoup de femmes font partie de ce groupe, mais parmi elles nous pouvons noter :

    • Moto Hagio, connue pour avoir fait 11-nin iru (Ils sont 11!!) et Poe no Ichizoku (Le clan de Poe), deux mangas ayant remporté le Prix Shogakukan en 1976. Cette auteure est connue pour être l’artiste la plus aimée de tous les temps mais aussi pour son travail qui se veut mature et très profond. Par ailleurs, deux ans après ses débuts, elle publia 11-gatsu no Gymnasium (The November Gymnasium), première histoire traitant d’un sujet sensible : l’homosexualité entre deux jeunes garçons. Cela sera l’amorce d’un mouvement plus centré sur l’écriture de ce genre d’histoires, et deviendra un des thèmes principaux abordés par les auteures du Groupe de l’an 24.

Couvertures de trois mangas de Moto Hagio

    • Yumiko Ōshima, et son style d’écriture unique lui valant au Japon une réputation digne des plus grands écrivains. Son oeuvre la plus célèbre est Wata no Kuni Hoshi (The star of cottonland) qui parle de l’adoption d’une petite chatte pensant que tous les humains sont
      nés chat et deviennent humains en grandissant. Elle tombera amoureuse de Tokio (son maître) et aimerait vite grandir pour vivre en couple avec lui. En 1978, Wata no Kuni Hosho reçut le Prix du manga Kodansha.

Couverture japonaise de Wata no Kuni Hoshi

    • Keiko Takemiya, plus connue pour avoir écrit Kaze to ki no uta (Le poème du vent et des arbres), une histoire d’amour entre garçon (shonen-aï) traitant des thèmes très sérieux tels que le racisme, l’homophobie, la pédophilie, le viol et la drogue. Kaze to ki
      no uta est donc devenu un des classiques du manga et a remporté le Prix Shogakugan en 1980.

Couverture japonaise de kaze no kuni no uta

    • Riyoko Ikeda, devenue célèbre grâce à son oeuvre La rose de Versailles, une histoire abordant le sujet de l’homosexualité féminine dans un cadre historique et mettant en avant l’émancipation de la femme.

Manga rose de Versailles

    • Yumiko Igarashi, qui travailla sur Candy Candy reçut le prix du manga de son éditeur Kodansha en 1977. Candy Candy marqua les lecteurs grâce à son histoire peu banale qui va à l’encontre d’un shojo basique, à savoir une histoire romantique et une fin heureuse
      ; ce qui n’est pas le cas pour Candy mais n’ayez crainte, je n’en dis pas plus 🙂

Couverture de Candy Candy

Pourquoi est-ce si populaire ?

Après l’âge d’or du shojo dans les années 70, le lectorat a bien sûr changé culturellement. Le style et les histoires ont évolué, mais les auteurs gardent toujours la même recette magique : répondre aux besoins des lecteurs cherchant inconsciemment à satisfaire leurs désirs, à savoir passer du temps sur une histoire qui leur corresponde sur différents aspects ; et ce, même si le scénario ne représente pas la vie réelle.

Les histoires imaginées par nos mangakas reposent sur les aspects tels que l’âge, la culture ou l’éducation. Ce qui fait que les différentes histoires peuvent toucher le lecteur au plus profond, c’est que celui-ci peut potentiellement s’identifier à travers un personnage, et ressentir ses émotions à travers des propos illustrés de façon abstraite ou concrète. Il est donc très facile d’être emporté par l’histoire surtout lorsqu’il y a de l’amour dans l’air ! Ce sont les quelques petits passages de l’histoire qui nous font réfléchir, nous donnant ainsi l’envie d’en lire plus.

De plus, l’histoire développée est toujours en rapport avec le développement de soi : objectif personnel, motivation, relation à l’autre etc. C’est en quelque sorte le développement de l’être humain vivant en société, un sujet auquel nous sommes tous confrontés. Nous créons alors une certaine empathie envers les personnages étant donné que nous pourrions très bien être dans leur situation : qu’aurais-je fait à sa place ? Que faut-il faire dans ce cas ?

Extrait du manga L-DK

Extrait du manga No longer heroine

Par exemple, vous connaissez certainement Switch Girl (pour ceux qui ne le savent pas Switch Girl raconte l’histoire d’une fille qui montre sa plus belle personnalité, ses plus beaux vêtements, son côté mignon au public mais dès qu’elle est chez elle, celle-ci est méconnaissable !) On est tous – normalement – comme cette héroïne : être présentable face au public et être soi-même à la maison. Juste avec cette base, cela attire déjà de nombreux lecteurs, ensuite c’est à l’auteur d’en faire quelque chose de “divertissant”. C’est la raison pour laquelle Switch Girl a bien marché (évidemment d’autres éléments entrent en jeu, mais rien qu’avec cela le lectorat a succombé au charme). Enfin, souvent les mangakas embellissent l’histoire en se concentrant sur des thèmes : magie, aventure, fantastique, SF… De ce fait, certaines histoires ou même le chara design peuvent toucher une partie du lectorat. C’est pourquoi, au fur et à mesure que l’on avance dans la vie et selon notre changement de personnalité, la sélection des titres varient fortement.

 

Les shojos les plus célèbres à ne pas louper

Je vous conseille vivement de lire les mangas évoqués ci-dessus car vous ne devez absolument pas louper les classiques qui ont révolutionné l’histoire du shojo. Cependant, si vous êtes moins fan des classiques, je vous présente ci-dessous des shojos un peu plus récents que vous devez absolument lire :

Les mangas à lire : Hana Yori Dango, Fruits Basket, 100% doubt, Angel Sanctuary, Card Captor Sakura, Hot Gimmick, Parmi eux, Ludwig Revolution, Nana, Fullmoon, Alice 19th, Lovely Complex, Nodame Cantabile, C'était nous, Complex, X/1999, Elle et lui, Kare first love, Fushigi Yugi, Lui ou rien, Chocolat et Vanille, Five, A fleur de peau, Ayashi no ceres, Switch girl, Galism, Class, Akuma to love song, Divine nanami, beast master, Vampire knight, parfait tic, blue spring ride, maid sama, sailor moon, skip beat, sawako, host club, Dangeki Daisy et Othello

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Si vous êtes en train de lire ces lignes c’est que vous êtes arrivé jusqu’au bout ♥ Je vous remercie infiniment de m’avoir lue et j’espère que cet article vous a plu. Je tiens également à remercier le Club-Shojo de m’avoir choisi en tant qu’invité du mois. N’hésitez pas à faire un tour sur mon blog où je parle de la mode asiatique, des cosmétiques, des mangas et de la nourriture. A très bientôt !

 

Aiko, la mascotte de Club Shôjo installée dans le salon shôjo

Cet article a été écrit dans le cadre du Salon Shôjo. Merci à Leyzia pour sa participation.

comments
 
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  • 4 septembre 2017 at 22:31

    Très bel article, joliment illustré et intéressant. Merci beaucoup. ^^

    On voit que le shôjo a bien évolué depuis sa « naissance » (ce n’est pas le mot exact mais disons depuis son apparition). Et c’est vrai qu’au final cette américanisation du shôjo correspond un peu à cette période d’après-guerre au Japon où la jeunesse s’identifiait fortement à ce pays, jusqu’à adopter son style vestimentaire (ça me rappelle un reportage sur Arte concernant Tokyo, mais ce n’est pas le sujet).

    J’ai lu quelques titres anciens, comme du Riyoko Ikeda avec Très cher frère ou encore Yumiko Igarashi avec L’épée de Paros. Mais j’avoue que j’aimerais lire plus de classiques. J’avais pour projet de m’intéresser à La rose de Versailles car j’avais adoré l’anime. C’est un peu lui qui m’a d’ailleurs mené à l’univers manga/japanimation/Japon/culture asiatique.

    J’aime beaucoup ta liste de shôjo récents. A 5 titres près je les ai tous lus héhé.

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  • 24 août 2017 at 22:09

    Merci pour cet article vraiment très instructif ! Il faudra que j’essaye de découvrir ces classiques !

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