L'ikebana

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L'ikebana

Messagepar Carolus » Sam 20 Mar 2010 17:15

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L'ikebana


L’ikebana est l’art de la composition florale au Japon. Il signifie l’art de faire vivre les fleurs (ikeru : faire vivre et hana ou bana : fleur). Il est aussi appelé kadô, la voie des fleurs. Il valorise autant le vase, les tiges, les feuilles et les branches que la fleur elle même. L’ikebana est aujourd’hui considéré comme l’un des cinq arts traditionnels japonais.


Origines et évolution

L’ikebana trouve son origine au Vème siècle dans le kuge, l’offrande des fleurs dans les temples bouddhistes chinois ou coréen. Les fleurs représentent un moyen de communication entre les hommes et les dieux. Au VIème siècle les premières règles commencent à apparaître mais cet art reste réservé au domaine religieux.
C’est à partir du XIIème siècle que l’ikebana commence à s’étendre aux maisons et le bouquet devient un élément à part entière des cérémonies et des fêtes. Son usage se codifie et des courants apparaissent. Au XVIIème siècle le style rika (littéralement fleurs sur pied) est créé par les moines de l’école Ikenobo. Les compositions sont asymétriques et constituées de 3 tiges présentées dans de hauts vases en bronze. L’art floral devient alors de plus en plus un art du gigantisme et de la démesure. Le style rika se formalise et devient plus rigide. A l’opposé, un autre style appelé Nageire (littéralement jeter dedans) voit le jour. Le Nageire met l’accent sur la simplicité, le naturel et la spontanéité.
Pendant la période d’Edo (1600-1868) le Japon connaît la paix et la croissance. L’ikebana se développe dans les classes aristocratiques. C’est alors que le style Seika (ou shôka : fleurs vivantes) apparaît. Il introduit des valeurs confucéennes dans un art à l’origine bouddhiste. C’est un retour aux valeurs premières de l’ikebana. L’art renoue avec la simplicité et les bouquets à trois branches.
Au XIXème, le Japon s’ouvre au monde occidental ce qui influencera profondément l’ikebana. Ohara Unshin fondateur d’une des plus grandes écoles crée le style Moribana («fleurs entassées» ou «buisson de fleurs») et rompt avec les traditions de l’art floral. Alors que jusque là les matériaux étaient rassemblés pour surgir du récipient à un point unique, le Moribana utilise différents supports pour arranger les plantes coupées sur une surface étendue dans un récipient large et peu profond appelé suiban (littéralement bassin d’eau). Dans les années 30, le bouquet sort du tokonoma (alcôve légèrement surélevée dans laquelle étaient exposés les images bouddhiste, un chandelier, un encensoir et un arrangement floral) et s’impose dans les lieux publics. Aujourd’hui les matériaux utilisés ne se limitent pas aux seuls éléments naturels mais on peut aussi ajouter du contre plaqué, des fleurs séchées, du métal ou du plastique.

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De gauche à droite : style Rikka, style Nageire, style Shôka, style Moribana.



Un art méditatif et symbolique

L’ikebana est un exercice de méditation empreint de philosophie du zen. Il ne s’agit pas de se limiter à une pâle imitation de la nature mais l’arrangement floral doit représenté le caractère éphémère de toute chose. La pratique de l’ikebana doit être autant spirituelle que manuelle.

Il y a donc plusieurs étapes dans la constitution d’un bouquet. Il faut commencer par une phase d’observation de la nature, puis de cueillette et pour finir la méditation pendant la création du bouquet. Pratiquer l’ikebana c’est entrer dans le kado : c’est suivre la voie des fleurs. Agencer les fleurs entre elles, les trier c’est exprimer l’essence même de la nature en recherchant le renoncement de soi.

A coté de la méditation zen, l’ikebana prend en compte le message de la fleur, de la couleur, de la saison et l’environnement dans lequel sera exposé l’arrangement floral. L’esthétique japonais à savoir l’équilibre et l’harmonie doivent se retrouver dans toutes créations florales. La vérité et la beauté se trouvent dans l’asymétrie. Les bouquets sont structurés sur la base d’un triangle irrégulier qui exprime la limite entre stabilité et instabilité. Il symbolise l’imperfection de la nature mais à travers elle sa beauté.

Chaque élément a son importance. La création doit refléter le cosmos. La structure a trois tiges du shôka symbolise la trinité : ten (ciel), chi (terre) et jin (être humain). L’être humain se situe entre le ciel et la terre. C’est le lien entre le plan spirituel et le plan terrestre.

Les essences des fleurs ont elles aussi une signification. L’association des différents symboles est très importante. Le chrysanthème est l’emblème de la maison impériale japonaise et la fleur nationale. Il signifie pureté, bonheur, vie et force mais parfois peut être synonyme de malheur. Le lotus quant à lui est fleur du culte religieux. Il symbolise la pureté et l’immortalité. Le pin est utilisé pour représenté les pierres et les rochers alors que le chrysanthème blanc évoque rivières et ruisseaux.

Quelques symboles
Le bourgeon et le bouton symbolisent l’avenir
La fleur ouverte évoque l’épanouissement
Le lichen fait référence au passé
Les fleurs de pécher représentent la féminité
Le bambou symbolise la prospérité
L’asymétrie renvoie vers l’idée de mouvement et de vie


La couleur est aussi porteuse de message (voir encart ci-dessus). Dans l’ikebana, les notions d’ombre et de vide sont aussi importantes que les matériaux qui composent le bouquet. Le vide doit être animé et structuré. C’est pour cela que chaque élément est coupé avec soin pour mettre en évidence le hokaku (littéralement «endroit blanc»). La surface de l’eau dans les créations de type Moribana et sa réflectivité sont aussi à prendre en compte.

Symbolisme des couleurs
Rouge : passion, vitalité, danger
Orange : chaleur, doute, aversion
Jaune : gaieté, espoir, sérénité
Vert : sûreté, fraîcheur, paix, croissance
Bleu : fraîcheur, raison, froideur, secret
Violet : noblesse, autorité, précarité
Blanc : pureté, sanctuaire
Noir : Dignité, peur, haine, mauvaise augure


Ikebana et vie quotidienne

Des compositions décorent maintenant les maisons toute l’année mais certains matériaux sont associés à des occasions particulières. Ainsi le pin à feuilles persistantes, qui symbolise l’éternité est le matériau de choix pour le nouvel an. Il est traditionnellement associé au bambou pour la flexibilité de la jeunesse et de branches d’abricotier en fleurs pour la vieillesse vénérable. Le 03 mars pour la fête des poupées (Hina Matsuri) ou journée des filles, ce sont des branches de pêcher en fleurs qui sont exposés avec des poupées traditionnelles. Les iris japonais qui symbolisent la force masculine sont utilisés pour le jour des enfants (le 5 mai). Pour Tanaba (festival des étoiles, le 7 juillet), les décorations sont réalisées à base de bambou. L’herbe des pampas, un matériau automnal est présent dans les compositions pour les réunions de la lune (tsukimi) qui ont lieu en septembre.

Traditionnellement, l’ikebana est un élément décoratif qui a sa place lors de la cérémonie du thé. Beaucoup des premiers maîtres de l’art floral étaient aussi des maîtres du thé. Il existe un style d’ikebana propre pour la cérémonie du thé : le Chabana («fleurs pour le thé»). Il s’agit souvent d’une fleur unique dont la simplicité rappelle les valeurs de ce rite fondé sur l’humilité et l’égalité entre les hommes.

A partir de l’ère Meiji (1868-1912) l’apprentissage de l’ikebana est dispensé aux jeunes filles au même titre que la calligraphie, la danse, la musique ou la cérémonie du thé.
Au XXème siècle, le système Iemoto est introduit dans les écoles. Il est caractérisé par la relation maître/élève (techniques transmises oralement, style déterminé par le maître et fidélité de l’élève), la structure hiérarchique (Le Ieomoto au sommet suivi des maîtres du plus ancien au plus jeune puis les élèves par niveau) et l’autorité suprême du lemoto.


Passons à la pratique


D’abord, la réalisation d’un bouquet doit avoir lieu dans le silence pour respecter le principe de méditation. Il doit être créé dans un endroit calme et propre. L’artiste se prépare par une phase de recueillement. Il doit opérer par gestes lents et détachés.

Il est important de regarder la forme dans son ensemble et de reproduire la nature.

Les plantes doivent avoir assez d’eau pour rester fraîches. Quelques techniques sont utilisées pour préserver leur fraîcheur. On peut écraser, bouillir et brûler la base des tiges ou utiliser des produits spécifiques. Toutefois, la technique la plus utilisée consiste à couper les tiges dans l’eau.

Dans le style Moribana, les fleurs sont agencées dans un bol. Elles sont fixées grâce à un kenzan (support à pointe). Les tiges sont coupées en diagonale et fendue dans le sens de la longueur de manière à ce qu’elles puissent être insérée facilement sur le support à pointe. Il faut de préférence mettre la tige horizontalement sur la pointe puis l’incliner selon l’angle souhaité.

Pour les compositions dans un vase, il existe plusieurs techniques pour fixer les éléments (voir schéma ci-dessus).

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L’ikebana est un art qui demande de la pratique et un état d’esprit spécifique. Bien que profondément ancré dans la tradition japonaise, il reste un art très répandu à l’heure actuelle.

Article extrait du shôjo times n°20
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