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Interview avec Martina Peters à la Yaoi Yuri Con 2013

by on13 novembre 2013
 

Martina Peters est l’une des trois invités de la Yaoi Yuri Con 2013. Cette année, la convention met à l’honneur le webcomic, un monde dont fait partie la dessinatrice allemande. Sa série en cours, Ten, est un Boy’s Love mêlé à la science-fiction. Nous avons eu la chance de faire une interview en anglais avec cette adorable et talentueuse artiste, interview que je retraduis ici en français.

 

Cet entretien vient compléter la table ronde webcomics dont nous allons poster le compte-rendu un peu plus tard.

 

Nous tenons à remercier Martina Peters pour sa gentillesse, sa bonne humeur et sa générosité, ainsi qu’à l’ensemble du staff d’Event Yaoi qui nous a permis cette rencontre.

 

 

martina peters yaoi yuri con 2013

Martina Peter en train de colorier un dessin

Bonjour Martina. Pourrais-tu te présenter un peu à nos lecteurs s’il te plaît ?

 

Bonjour. Je m’appelle Martina Peters. Je viens d’Allemagne et je suis dessinatrice de BD, ou plutôt dessinatrice de mangas. J’ai 28 ans. Je vis à Düsseldorf, à l’ouest de l’Allemagne.

 

 

Combien d’œuvres as-tu écrites ?

 

En incluant les plus courtes, depuis 2001 j’ai travaillé sur sept séries qui ont été publiées.

 

 

Ten, le webcomic présenté à Yaoi Yuri Con 2013 et son préquel Kae sont-ils tes seuls travaux majeurs ?

 

Non, j’en ai un autre appelé Lilientod, « La mort du lys » en allemand. C’est aussi un yaoi mais chez un autre éditeur.

 

 

Kae et Ten, un univers mûri avec le temps

Quelle est l’histoire de Kae ?

 

Il s’agit d’un garçon qui se réveille dans un laboratoire et il ne sait pas qui il est. Tous ceux qui se trouvent dans le même laboratoire savent qui ils sont et qu’ils étaient morts à un moment donné à l’extérieur. Le garçon est le seul qui n’a aucun souvenir de son passé mais il se rappelle d’un seul mot, « Kae », qu’il va utiliser comme son nom. Ce n’est pas son vrai nom mais il l’a pris car c’est le seul mot qu’il connaît. Il s’échappe du laboratoire à la recherche de sa vraie identité et son passé. Le laboratoire envoie quelqu’un après lui, un autre sujet d’expérimentation qui s’appelle Inori. Plutôt que le ramener, Inori joue avec lui, puis se range de son côté et ils s’enfuient ensemble. Au bout d’un moment, ils tombent amoureux l’un de l’autre, avec un peu de forcing de la part d’Inori au début.

 

 

D’où t’est venue l’idée d’écrire cette histoire ?

 

Au début, je voulais en faire un récit de fantasy. Mais j’étais une grande fan de la série TV américaine Le Caméléon. Dans la série, il y a « Le Centre » et une histoire psychologique de science-fiction avec des tests, des expériences. J’ai repris cette base et l’idée d’une grande organisation gouvernementale dont les pouvoirs surpassent ceux de la police.

 

Au lieu de faire des recherches sur les pouvoirs du Caméléon, dans Kae, les chercheurs font des expériences sur des gènes aliens qu’ils veulent tester sur les hommes. Donc au début, j’avais en tête cette histoire de fantasy médiévale avec Inori et Kae mais ils tombent amoureux d’une façon différente. Je ne me souviens plus comment d’ailleurs (rires). J’ai rassemblé ce couple avec l’idée de l’organisation, et c’est devenu Kae.

 

 

As-tu toujours pensé à écrire une suite pour Kae, ou l’idée de Ten est venue après la fin de celui-ci ?

 

Au début, j’avais dit que je ne continuerais pas Kae, car je pensais que sa fin était déjà bien comme elle était. Après quelques années où j’ai travaillé sur Lilientod et autres choses, les personnages sont revenus à moi tout simplement, pour me dire « Coucou, on est toujours là ! Il y a encore plein de choses que tu veux dire sur nous ! » Ce qui est vrai car à la fin du second volume, ou plutôt au milieu, le nombre de pages prévu initialement a diminué de 100. J’avais rassemblé 300 pages dans le volume 1. Par la suite, l’imprimeur a dit que ce serait moins cher d’imprimer moins de 200 pages par volume. Donc nous avons décidé de faire deux tomes de 200 pages en plus pour un total de trois tomes.

 

Mais alors que je travaillais sur le tome 2, l’éditeur m’a dit « Faisons un autre avec 300 pages ! » Et moi : « Comment ça ? Je n’ai pas 100 pages de plus à raconter ! » Donc j’ai dû couper des passages par-ci par-là (ndlr : pour que deux tomes de 400 pages deviennent un tome de 300 pages). Tellement de choses étaient laissées sans explication que j’étais obligée de faire quelque chose.

 

Le début de Ten m’est venu à l’esprit juste comme ça. On n’a parfois pas le contrôle sur ses personnages. Ils sont comme des petits enfants, ils font des choses dans ta tête et te disent « Nous voulons que tu dessines ceci, cela… » J’ai pensé que bon, d’accord, je pourrais écrire une autre série sur eux. J’ai donc dessiné quelques pages et je me suis dit que je reprendrais ça après avoir fini Lilientod.

 

 

Entre Kae et Ten, lequel as-tu préféré dessiner ?

 

Je n’ai pas vraiment de préférence. Kae est le premier vrai manga que j’ai créé. Les dessins ne sont pas jolis ; si je le dessinais maintenant, il serait très différent car l’histoire était plutôt ringarde et puérile. Mais c’est quand même mon bébé. Ten est plus sophistiqué au niveau des dessins et de l’histoire. Donc… je ne  peux pas choisir parmi mes enfants (rires).

 

kae ten martina peters

La différence des dessins de Ten, à gauche, et de Kae, à droite

 

 

Un long parcours professionnel

Pourrais-tu nous parler un peu de ton autre manga, Lilientod ?

 

C’est un travail que j’ai fait avec une autre auteur, Anne Delseit. À l’origine, je suis venue présenter mes œuvres à l’éditeur Carlsen qui m’a encouragé à dessiner une histoire pour eux. Seulement, je n’arrivais pas à penser à une histoire qui pourrait rentrer dans un seul volume, ce que l’éditeur voulait. Alors je suis venue voir une amie qui est aussi une auteur pour lui demander des conseils : « J’ai une idée d’histoire, mais comment est-ce que je peux faire ça en un tome ? » Elle m’a répondu « On pourrait faire ça ensemble. » « Oh oui, pourquoi pas ! » Donc nous avons parlé de l’histoire. Elle l’a écrite et j’ai dessiné.

 

Ensuite, l’éditeur a suggéré que si on voulait, on pouvait faire une suite. On s’est concertées encore une fois. Cette fois-ci, la base de l’histoire n’est pas seulement de moi, nous l’avons construite ensemble.

 

 

ten kae inori

Inori et Kae, les deux héros de Kae et Ten

Tes trois séries sont chez trois éditeurs différents d’après ton profil sur le site Yaoi Event. Pourquoi cela ?

 

En fait non. Kae était initialement publié chez Fallen Angels. Puis je suis allée chez Carlsen car c’est un grand éditeur et il paie mieux (rires). Ensuite, pour Ten je voulais retourner chez Fallen Angels car Kae est chez eux. Or il y a eu quelques différends, alors je leur ai demandé d’annuler le contrat sur Kae pour que cette série soit transférée chez Cursed Side, réimprimée dans sa version corrigée. Donc en fait, je suis publiée chez deux éditeurs, Fallen Angels est complètement hors course maintenant.

 

 

Comment es-tu entrée en contact avec ces éditeurs ? Es-tu allée les voir ou sont-ils venus te faire une proposition ?

 

Pour Kae, Fallen Angels sont venus vers moi à l’époque car ils ont lu ce que je faisais en ligne. Cursed Side est une autre histoire, parce que je connais une des deux directeurs de la compagnie. Maintenant c’est une amie proche, mais avant c’était déjà quelqu’un que j’aimais beaucoup, ensemble on discutait de mangas et aussi de choses plus personnelles.

 

Quand j’avais ce problème avec Fallen Angels à propos de Kae, je me suis plainte à elle comme les amis le font souvent (rire). Elle m’a dit : « Bon, je prendrai bien en charge série si tu veux bien me la donner. » Je lui ai répondu : « Je te la donnerais si je pouvais. Mais attends une minute, pourquoi pas !! » Et c’est ce qu’on a fait.

 

 

Mangaka, mais surtout une fan de mangas

Maintenant, revenons au tout début de ton amour pour les mangas. Comment les as-tu découverts ?

 

J’ai regardé l’anime Sailor Moon à la télévision. J’ai regardé toute la série puis j’ai lu le manga qui est sorti à ce moment-là. En Allemagne, on éditait déjà des mangas à cette époque mais ils étaient dans la section BD/comics où personne n’allait. Mais Sailor Moon était quelque chose de nouveau, qui était mis en avant sur les étagères, même dans les kiosques où se vendent des cigarettes, magazines, journaux… C’était facile à obtenir et on pouvait acheter les mangas en même temps que les magazines de Mickey par exemple. Après ça, d’autres mangas populaires sont arrivés.

 

 

Quand t’es-tu dit finalement que tu voulais devenir dessinatrice ?

 

Um, dessinatrice… Très tard en fait. J’avais toujours pensé que je devais avoir un travail « normal », dans un bureau, donc… Je pense que je me suis dit que je deviendrais mangaka vers la sortie du deuxième tome de Lilientod (2011), parce que tout se passait si bien, et j’ai pensé que je pourrais vivre de ça.

 

 

C’était quand tu étais encore étudiante ?

 

En vérité je suis encore étudiante (rires). Mais bon, je travaille plus que j’étudie.

 

 

sailomoon anime

Sailormoon, l’anime qui a influencé Martina Peters

Quand tu as commencé à dessiner, tu as tout appris toi-même ?

 

Oui, j’ai tout appris par moi-même. Je copiais les dessins de Sailor Moon entre autres et créais des nouveaux personnages dans le même style. Peu à peu, j’ai progressé jusqu’à mon style actuel. On ne peut plus voir l’influence de Naoko Takeuchi (ndlr : auteur de Sailor Moon) dans mes dessins mais c’est quand même où j’ai débuté.

 

 

Comment as-tu découvert le yaoi ?

 

Eh bien, on avait Internet (rire). En 2001 je crois, j’ai découvert un webcomic appelé Your Wings Are Mine d’Aoi Hayashi, qui est en fait allemande aussi. J’ai su ça des années plus tard. Avant, je pensais : « Oh super, elle est japonaise ! (rires) Et elle parle l’anglais ! ». C’était un webcomic yaoi intéressant, et j’ai songé : « Je pourrais faire ça aussi ! Enfin, peut-être… » (rires). Voilà comment je me suis intéressée au yaoi.

 

 

Pour toi, qu’est-ce qui rend des relations homosexuelles peut-être plus intéressantes à raconter que celles hétérosexuelles ?

 

C’est une autre sorte de relations. Je ne dirais pas que c’est plus intéressant, c’est juste différent. Je n’arrive pas vraiment à expliquer ça… c’est comme demander pourquoi on aime le yaoi. Je ne peux pas vraiment expliquer, j’aime ça tout simplement. J’aime aussi les relations hétérosexuelles et je peux les dessiner. Ah, c’est difficile à répondre !

 

 

Pendant la table ronde webcomics, tu nous as parlé d’un nouveau projet. Pourrais-tu en parler ?

Non, je ne peux pas en parler, je ne suis pas autorisée à faire ça.

 

 

Quand sortira-t-il alors ?

 

Il sortira l’année prochaine.

 

 

Notre blog s’appelle Club Shôjo et nous promouvons des mangas destinés à un public féminin, donc des shôjo, josei, yaoi et yuri. Parmi ces quatre types de mangas, lequel est ton préféré ?

 

Je préfère les josei. J’aime beaucoup Di(e)ce et 07 Ghost. Je crois que Kamui de Shingo Nanami est aussi un josei (ndlr : c’est un shôjo). Il n’est pas publié en dehors du Japon à part aux États-Unis, mais il a été stoppé.

 

 

Donc tu aimes des shôjo ou josei avec un protagoniste masculin ?

 

Oui. Je n’aime pas trop des josei comme Kimi wa Pet. Je préfère la psychologie, le surnaturel et les amitiés platoniques.

 

 

Alors tu n’aimes pas la romance, les histoires d’amour lycéennes par exemple ?

 

La romance ça va, mais le lycée… Je suis trop vieille pour ça ! C’est trop naïf et mielleux.

 

 

Et les shônen, est-ce que tu en lis beaucoup ?

 

J’adore les shônen, beaucoup même, mais je n’arrive pas à penser tout de suite à un titre… Ah oui, Letter Bee est très bien. Et Shokugeki no Soma (ndlr : inédit en France). C’est un manga culinaire. Le héros vient d’un restaurant de râmen. Un jour, son père part en voyage et lui dit d’aller étudier dans une prestigieuse école de cuisine. Il doit passer par des cérémonies et des classes. C’est très drôle. Les plats ont l’air délicieux ! Il y a des idées ridicules mais je peux imaginer qu’elles marchent pour de vrai, comme de mettre du miel sur la viande pour la rendre moelleuse. Les personnages en plus sont très attachants.

 

Merci beaucoup !

Merci.

 

Liens utiles

Deviantart

Découvre le webcomic Ten en anglais

 

 

Bien qu’étant professionnelle, Martina Peters est restée très accessible, très proche du milieu des fans. Nous avons discuté sur d’autres sujets (plus fujoshi-esques) que nous avons préféré ne pas mettre ici. C’était un grand plaisir de parler avec elle. Je te recommande chaudement de lire sa série Ten.

 

À travers les réponses de Martina, nous nous sommes aperçu que le monde de l’édition de mangas en Allemagne favorise mieux les mangaka occidentaux qu’en France. Pourquoi cette différence de traitement selon toi ?

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