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Pourquoi lire du shôjo romantique ce n’est pas si nul !

by on 14 février 2019
 

En France, le shôjo souffre d’une image galvaudée et clichée, à tel point que ça ne vend plus. Contrairement au Japon, le terme shôjo y est trop fréquemment associé à la notion de romance pour midinettes pré-pubères. C’est mièvre, ça dégouline de bons sentiments et de personnages benêts au possible.

Pourtant, de la même manière que le shôjo a beaucoup plus à offrir que de la romance, celle-ci n’en est pas moins dénuée d’intérêt. Lire du shôjo romantique ce n’est pas si nul ! Nous allons te le prouver en 3 points.

Dans cet article, nous nous intéresserons à comparer les codes du shônen avec ceux du shôjo romantique. Bien évidemment, il existe des exceptions.

Ça fait du bien au moral !

Le shôjo, et notamment les romances lycéennes, ont pour héroïne des jeunes filles qui nous ressemblent. Ce sont des filles avec leurs lots de défauts : elles sont quelconque physiquement ou bien elles galèrent pour avoir de bonnes notes au lycée. Ce ne sont pas de supers filles à qui tout réussi… ou, si c’est le cas, elles cachent forcément quelque chose. Elles sont aussi souvent naïves et totalement inexpérimentées en amour.

Ça fait du bien au moral, parce que nous aussi on galère ! Nous aussi, nous avons des notes catastrophiques en maths, une moyenne qui frôle le 10/20 mais reste invariablement en-dessous ainsi que notre lot de petits défauts : un bourrelet par ci, de la peau d’orange par là, des seins trop petits, des cuisses pas assez fermes, des cheveux ternes,… (tu peux compléter cette liste par celle de tes petits complexes). Notre héroïne a les mêmes imperfections que nous ! Cependant, avec sa gentillesse, sa persévérance et son courage elle parvient à atteindre son objectif. C’est bien elle qui finit par séduire LE beau gosse du lycée.

Gentillesse, persévérance et courage… oh ! oh ! Ça ne te rappelle rien. Quand j’entends ces mots, je pense plutôt à un shônen, pas toi ? Et, pourtant, ça marche aussi pour le shôjo. Prends Makoto, du shôjo Entre toi & Moi (paru chez Kana). Elle n’a pas de petit ami. Aucun garçon ne semble s’intéresser à elle au début du manga (ça changera par la suite, pour introduire l’inévitable triangle amoureux). À l’inverse, Reita est un vrai tombeur. C’est néanmoins de Makoto (que personne ne regarde) dont il est amoureux !

Extrait du tome 1 du shojo Entre toi et moi

Makoto ne comprend vraiment rien ! (Entre toi & moi)

Ça fait du bien à notre petit cœur !

« Évidemment ! » me diras-tu. Une belle histoire d’amour, rien de tel pour faire frémir notre petit cœur. Oui mais dans un shôjo, il y a aussi de belles amitiés, des rivalités, des obstacles que l’on surmonte. Oui, oui, je te parle de shôjo, pas de shônen. Dans un shônen, les rivalités et les obstacles sont bien présents. L’amitié aussi. Le héros devra vaincre un adversaire super balèze. Dans le shôjo, ça sera la naissance d’un triangle amoureux, voire de plusieurs (tout dépend de l’imagination de l’autrice), entraînant l’émergence de doutes, de remises en question et de jalousies. Au fond, les ressorts scénaristiques sont assez semblables entre les deux genres de manga.

Par contre, dans le shôjo, les relations entre les personnages seront plus poussées, plus développées, notamment par le recours au monologue intérieur, aux gros plans sur les visages permettant de laisser transparaître les émotions, les tramages expressifs… Toute la mise en scène concours à faire larmoyer notre petit cœur.

Extrait du tome 3 du shojo Entre toi et moi

Reita est furieux ! Quant à Makoto… elle ne comprend toujours rien -_-‘ (Entre toi & moi)

Dans un shônen, le monde est souvent binaire : les gentils et les méchants. Dans le shôjo, la rivale en amour est une peste mais pas totalement méchante au fond. Après tout, elle veut juste être heureuse, elle aussi. Nous pouvons la comprendre, bien plus que le gros méchant qui a pour seule ambition de dézinguer tout le monde. Lorsque l’héroïne triomphe enfin, c’est parce qu’elle est plus méritante et qu’elle n’a pas fait usage de moyens déloyaux pour séduire l’élu de son cœur. Et ça, c’est un message super positif ! Nos petits cœurs en redemandent.

Ça émoustille !

Lorsque l’héroïne de shôjo part en quête du grand amour et cherche à séduire son crush, nos premiers émois en tant qu’homme ou femme resurgissent. Ça nous rappelle que tout comme elle, à l’adolescence, nous non plus nous ne savions pas comment faire pour déclarer notre flamme. Comment oublier toutes ces discussions avec notre meilleur(e) ami(e) de l’époque pour établir un plan de guerre et séduire l’élu(e) de notre cœur ? Le shôjo tentera d’aborder ces premières amours de manière plus psychologique, en montrant les bouleversements que cet espoir de relation crée chez l’héroïne. C’est aussi en ça qu’il nous parle plus, puisqu’il explore de façon réaliste (ou essaie) comment vit ce personnage tourmenté par les affres de l’amour. Tandis que le shônen se concentrera moins sur cet aspect pour aller droit au but : les méthodes que le héros utilisera pour séduire sa douce, dût-il prendre des râteaux intersidéraux.

On ne va pas non plus se mentir : voir du beau gosse, seul ou accompagné d’autres bellâtres, ça titille et réveille notre côté coquin. Comment ne pas être toute chose devant tant de beauté ? Nous aurions presque envie d’être cette héroïne, pour pouvoir toucher, interagir et plus si affinités avec ces êtres à l’esthétique presque irréelle. En plus, certains ont ce côté mauvais garçon au cœur tendre qui peut nous faire fantasmer. Dans le shônen, c’est un peu différent. Même s’il arrive que certains personnages masculins soient plus agréables à regarder, je ne ressens pas cette même impression. Qui plus est, le héros des shônen romantiques (à la Love Hina) est souvent quelconque visuellement voire moins agréable à regarder que son pendant féminin du shôjo. On s’éloigne donc grandement de l’Apollon !

Le shôjo comme le shônen possèdent tous les deux ce pan plus sulfureux occupé par les titres matures ou mettant en scène des personnages adultes. Dans le premier, les passages où les personnages se taquinent et tentent d’aller plus loin que le simple baiser sont le sel de ces romances. Après tout l’amour ne se contente pas de sorties à la plage ou de rendez-vous au zoo. C’est tout un jeu de séduction, de provocation à parfois tester les limites de l’autre pour mieux lui succomber ensuite. Nos personnages de Game – entre nos corps en savent quelque chose. La question du consentement se pose fréquemment, les autrices surfant sur cette ligne dangereuse pour provoquer davantage l’émoi.

Game entre nos corps scène de baiser

Il effleure ses lèvres du doigt : préliminaires avant une nuit torride… (Game – entre nos corps)

Dans le second et particulièrement le sous-genre ecchi, il s’agit de susciter le désir par l’intermédiaire de plans très sexy : les dessous des filles, des poitrines généreuses mises en avant, etc.

En bref…

Shônen Shôjo
Un héro ou une héroïne naïf(ve) / quelconque
Pouvoirs / Qualités caché(e)s
Éloge à la gentillesse et la persévérance
Belles amitiés
Rivalités qui poussent à se surpasser
Obstacles à surmonter
Large panel d’émotions pour le lecteur
Personnages secondaires à la psychologie travaillée
De l’amour !
Des beaux gosses En option
Des scènes sulfureuses

Carton plein pour le shôjo ! Si tu n’es pas totalement convaincu(e), tu peux aussi lire les articles suivants. Tu verras que le shôjo, ce ne sont pas que des histoires cucul la praline :

comments
 
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  • Blaise JL
    15 février 2019 at 21:49

    Soit dit en passant, le shojo romantique ne finit pas toujours bien. Témoin « Heartbroken chocolatier » de Setona Mizushiro, dont le dénouement m’avait pris de court. Et pourtant, le long de cette série, chacun des personnages a su gagner en maturité. Y compris le mari de Saeko, qui n’est guère sympathique. Ce cheminement en 9 tomes, que nous a fait prendre l’autrice, n’aura donc pas été inutile.

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    • 17 février 2019 at 06:47

      Exact ! C’est un excellent manga. Comme il ne se termine pas de la façon dont on l’aurait imaginé au début du manga, cela contribue à en faire un excellent manga d’ailleurs. Être surpris est souvent un bon point dans une romance. Il y a un autre manga auquel je pense : c’est le shôjo Comme elles (Delcourt). Il date un peu mais ça reste une référence du shôjo selon moi. Même chose, ça ne finit pas du tout comme on pense.

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  • Blaise JL
    15 février 2019 at 21:22

    Il y a par ailleurs bien des manières de recourir à la romance. L’amour s’entremêle souvent à d’autres thématiques : deuil, handicap, rivalité entre sœurs, etc.

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    • 17 février 2019 at 06:41

      Ouiiii ! Tu as raison ! On a voulu axer cet article sur autre chose que les thématiques car nous avions déjà pas mal d’articles qui en parlaient. On ne voulait pas trop faire de redites. Néanmoins, on aurait pu en glisser deux mots quelque part. Tu as raison, c’est une une des forces du shôjo et c’est nécessaire de le rappeler.

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