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Pourquoi le shôjo manga est-il moins considéré que le shônen ?

by on25 avril 2017
 

Romances de filles, aventures de garçons. Le rose et le bleu. La poupée, la voiture. Avec toujours, dans cette division, la même perdante !

C’est qu’ils sont acteurs, les garçons ! Ils sont cools, bastonnent avec leurs super pouvoirs, libèrent la jeune fille qui sommeille. Les lecteurs et lectrices apprécient-ils ce schéma ? Et les maisons d’édition, quel rôle jouent-elles dans cette vision ?

 

I/ A la base du shôjo manga, le shônen ?

Retour dans les années post Seconde guerre mondiale.

Le manga moderne apparaît, avec des mangaka aujourd’hui célèbres : Leiji Matsumoto (Captain Harlock), Tetsuya Chiba et Asao Takamori (Ashita no Joe), Osamu Tezuka, heureux père de cette nouvelle ère du manga…

Est-il aussi le père du shôjo ? C’est qu’à l’époque, les autrices sont des auteurs. C’est à Ishinomori que l’on doit la naissance du genre magical girl. L’homme s’associe avec Sarutobi Ecchan, pour créer des histoires de jeunes filles pures et magiques. Le succès est modeste, les auteurs restant plus connus pour leurs œuvres destinées aux garçons. Et les filles ? Elles ne paraissent pas friandes de ces histoires conçues par des hommes. Elles veulent plus de choix ! Las, le marché du manga les ignore superbement.

C’était sans compter sur Tezuka. Avec sa Princesse Saphir (Ribon no Kishi -1953), il bouleverse le paysage shôjo. Le succès est là, et beaucoup s’inspireront de ce personnage, à la fois fille et garçon, de cette histoire, mêlant habilement action et sentiments.

Mais avant Tezuka, avant Ishinomori, il y avait Machiko Hasegawa ! Dès 1949, l’autrice se fait connaître avec la désormais célèbre Sazae-san, ou le quotidien d’une jeune japonaise ordinaire.

L’on assiste donc à la naissance d’un manga moderne créé par des hommes, pour les garçons, et, aussi – un peu vite fait, après coup – pour les filles. Les autrices sont rares. Leurs histoires ? Le quotidien de jeune fille, entre rigueur de l’éducation scolaire, et rêves de bonheur. Il s’agit de former la future femme Japonaise, douce et exemplaire. Injonction des éditeurs ? Demande du lectorat ?

Réponse dans les années 70, avec la deuxième révolution shôjo. Elles se nomment Riyoko Ikeda (Versailles no Bara), Moto Hagio (Toma no shinzo), ou encore Keiko Takemiya (Kaze to ki no uta). S’affranchissant des thèmes convenus, elles proposent des réflexions profondes, parlent d’histoire, de guerre, de discrimination. Elles revendiquent la même liberté que celle laissée aux hommes. Est-ce assez pour enfin donner au shôjo manga ses lettres de noblesse ?

magnifique illustration de Moto Hagio

II/ L’affaire de la classification

Avant de classer, il convient de définir : shôjo manga : titre à destination des filles. « shôjo » = fille. / Shônen manga : titre à destination des garçons « shônen » = garçon.

Dès le départ, les maisons d’édition japonaises (Shueisha, Kodansha, Shôgakukan etc.), optent pour ce système. Et tant pis s’il induit des manières de penser le féminin/le masculin. Le gagnant, c’est le genre shônen.

Car aujourd’hui encore, l’image que l’on a, au Japon, comme en France, du manga pour filles, est celle d’une historiette mièvre, faite d’amour et de larmes. Il ne connaît pas ces choses-là, le shônen. Ou alors vite fait, en deux-trois pages, que l’on puisse reprendre le combat. Ce sont les DBZ d’hier, forts de leurs mariages aussi brusques qu’improbables. Les Naruto d’aujourd’hui, avec des fins s’apparentant à des plaisanteries. Et les One piece, les Bleach, les Dragon quest etc. C’est maladroit. On se tient la main entre deux bastons. On se donne des bagues à la fin d’un match de foot.

Ah, y’a pas ça dans les shôjo manga, hein ? ça change des paillettes !

En France, on adopte également cette classification. Tonkam a bien essayé de lancer sa collection « Shonen girl », en 2011. Flop. Inventé par la maison d’édition japonaise Media Factory, le terme « Shônen girl » avait pour but de présenter des titres hybrides, mélanges de shôjo, de shônen, avec une touche Boy’s Love.

Dans les années 2000, d’autres éditeurs japonais tentent de mixer. C’est que les héros se féminisent de plus en plus, les traits fins des shôjo sont à la mode dans le shônen, qui ont tous leur petit bishi. Pourquoi ne pas créer des collections hybrides, des collections pour tous ? Re-flop. Preuve que le mélange des genres ne marche pas ? A en croire les éditeurs, les lecteurs et lectrices se perdent dans l’hybridité.

Un éditeur français ose pourtant retenter l’expérience. 7 décembre 2016 : Ki-oon annonce le lancement de sa nouvelle collection, « Kizuna » (lien, en japonais). Objectif : présenter des titres s’affranchissant des traditionnels codes shôjo/shônen. Ki-oon cite l’exemple de l’excellent Père&Fils, estampillé seinen, qui, en France, a conquis femmes et hommes, jeunes et moins jeunes, fans ou non de manga. Et si c’était ça, la vraie classification ? Mais certains y voient, au contraire, une collection impossible à… ranger, justement ! Dans leur lutte pour capter l’attention du public, les maisons d’édition craignent de se brouiller avec un lectorat qui ne saurait plus vers quel titre se lancer.

N’est-ce pas le prendre pour un idiot ? Que dire des œuvres de CLAMP, prépubliées, au Japon, tant dans des shôjo magazines (Card Captor Sakura, Nakayoshi), que dans des seinen (XXX Holic, Young Magazine). Leur public, est, lui aussi, varié, le collectif s’employant à construire des histoires susceptibles d’attirer le plus grand nombre.

Cardcaptor Sakura

Sakura chasse les cartes avec classe

Ah oui mais les CLAMP, c’est l’exception. Regardez donc les chiffres de vente ! (parole de pragmatico-commerical). Mais un éditeur n’est pas un vendeur. Il déniche des talents, ose, tente, cherche, innove. Pourquoi donc caser les filles d’un côté, et les garçons de l’autre ? Cette distinction ne semble propre qu’au manga. Dans la littérature, au cinéma, on opte pour un classement par type : comédie, action, histoire, SF, fantasy, romance etc. La belle idée ! Finis les préjugés !

Las, ils sont aussi là, les « trucs de filles » et « trucs de garçons » ! En littérature, la Chick lit désigne les livres écrits par et pour des femmes,  (Le journal de Bridget Jones, Confessions d’une accro au shopping…) avec des thèmes comico-romantiques censés parler aux working girls des temps modernes. « Chick » signifie « poulette » !

Même derrière les tranches de vie, l’amour, l’action, l’histoire, on veut mettre du féminin et du masculin, des manières différentes de concevoir une même thématique. C’est que ça fait vendre, voilà ! Ne changeons pas ce qui marche.

Encore, ces chiffres de vente ! Au Japon, les shônen sont en tête, portés par un One piece toujours au top. En France aussi, il occupe la première place. Derrière lui ? D’autres shônen. Peu ou pas de shôjo au top du classement, encore moins d’hybride.

Nous on est pro hybride et pro parité, ouaip ! Crocodine compte pour 2 meufs u_u.

D’où un genre shôjo longtemps délaissé par les maisons d’édition, qui ne proposaient que des historiettes d’écolières : tout pour ne pas attirer le lectorat masculin, et cantonner les filles dans une espèce de sous-catégorie. Pourquoi faire découvrir le shôjo aux p’tits gars ? Mettre des sous dans des campagnes de com pour un produit qui se vend moins bien que le genre star (le shônen) ?

Et nous ? Sommes-nous, comme le disent les éditeurs, invariablement téléguidés vers le genre de notre sexe ?

 

III/ L’autre shôjo

C’est comme la révolution de la fille en pantalon. Le traumatisme de l’homme en chemise rose.

Dans un monde construit par et pour les hommes, un domaine investi par la population féminine est mécaniquement déconsidéré. C’est l’exemple de la filière littéraire, largement fréquentée, en France, par les filles. C’est, toujours en France, les professions squattées par les femmes et boudées par les hommes. Comme ces magistrates, toujours plus nombreuses, qui n’arrivent cependant pas à atteindre les hauts postes. La tête, c’est l’homme, encore !

Quoi !?

Si les filles lisent volontiers du shônen, l’inverse est moins vrai. Au Japon comme en France, les garçons peinent à s’intéresser au shôjo manga, dont l’image reste celui d’un genre pour filles = déclassé = nul. A qui la faute ? Les maisons d’édition japonaises, puis françaises, ont inondé leur marché de shôjo scolaires et autres romancettes. Pour contenter (enfermer ?) un certain lectorat féminin, plutôt que de viser plus loin. Il existe, fort heureusement, des contre-exemples ; en France, les éditions Akata montrent que l’on peut faire du shôjo de qualité.

ann-perfect-world

D’autres femmes brouillent les pistes avec leurs récits shônen : Hiromu Arakawa (FMA), Yana Toboso (Black butler), Katsura Hoshino (D Gray man) etc. Brouillage efficace, peut-être trop. Les filles sont là, plus nombreuses, avec des rôles plus forts. Mais les vrais héros restent masculins. (La dernière punchline d’FMA me reste dans le gosier, ah…!) Les codes sont ceux du shônen. Les pseudos de certaines autrices ? Encore du masculin ! (ex : Hiromu Arakawa). Dur d’exister dans un monde de mecs. L’on craint les « beurk » dès la lecture d’un nom féminin. En littérature, c’est le même problème. Certains boudent des titres à la seule lecture du nom de leur autrice. Diantre ! Du féminin !

Et les auteurs ? Font-ils toujours du shôjo ? Non, et depuis longtemps. L’on trouve de rares exceptions : Mitsuru Adachi (Nine), Man Izawa (Candy, Georgie).

Il y a quelques années, la vague Nana a conquis les filles et les garçons. Depuis, ces derniers avancent (très) timidement vers le rayon shôjo. Osez, osez ! D’autres shôjo sont sortis depuis, avec pour seul objectif de raconter une histoire : qu’on se marre, qu’on réfléchisse, qu’on s’indigne, qu’on s’émeuve avec Orange, Princess Jellyfish, Skip beat, Chihayafuru, Ugly Princess, Perfect World ! C’est la nouvelle vague du shôjo moderne.

Il n’y a pas que l’amour à l’école. Il n’y a pas que le combat sans fin. L’on peut parler d’amour sans tomber dans le sirupeux (Daytime shooting star). L’on peut parler de lutte avec brio (Levius). Plutôt que de dénigrer un genre au profit de l’autre, pourquoi ne pas réunir ces thématiques, qui nous parlent à tous ?

Les éditeurs le reconnaissent : dans un marché du manga en crise, il faut oser proposer autre chose. Considérer le shôjo manga à sa juste valeur. Et puis, faire de l’hybride, est-ce si compliqué ? Père&Fils, Emma, doivent-ils être des mangas pour jeunes hommes ? Perfect world, un titre pour filles ?

Et si on racontait des histoires, tout simplement ? C’est ce que revendiquent nombre d’artistes : écrire librement, toucher un public toujours plus large. Le shôjo, le shônen, tout dans le même sac ! Lectrices, et (surtout ?) lecteurs, ayez la curiosité d’aller voir ailleurs, rencontrer l’autre ! Le chemin sera long, avant que tous les esprits ne s’ouvrent…

Esprits, ouvrez-vous right now !

Un grand merci à Boell Oyino de m’avoir permis d’utiliser son illustration pour présenter l’article !

 

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  • 2 mai 2017 at 13:27

    Diantre ! Mes excuses pour cette erreur !
    lady_freyja, Korr, Caro, merci pour votre correction n_n.

    lady_freyja, merci également pour tes précisons sur l’histoire du shojo. J’espère que les éditeurs oseront proposer les titres de ces autrices, comme ils l’ont fait pour Tezuka, par exemple (ah mais Tezuka, me direz-vous… oui, oui…!)
    Je rêve que l’on édite Kaze to ki no uta ! Craignant que cela ne reste qu’un rêve, je vais acquérir la VO (je l’ai honteusement loupée à Mandarake, en novembre dernier x_x).

    Est-ce parce qu’ils sont vieux ? Est-ce la loi de l’offre et de la demande ? Tonkam a bien tenu bon en (ré)éditant tous les JoJo, ne cédant pas face aux chiffres de vente modestes, et sollicitant la communauté de fans. Faudrait-il faire de même pour les shojo dits vintages ? (y’a t-il une communauté de fans prête à soutenir pareil projet ?)

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    • lady_freyja
      5 mai 2017 at 12:49

      Du coup je me suis inscrite, ça sera plus simple. へへ

      De ce que j’ai pu voir, le public ne semble pas être là malheureusement pour les vieux shōjo manga.

      Il y a une année de ça, j’avais demandé à Taifu s’ils comptaient publiés des BL de la première ou seconde génération, avec Kaze to Ki no Uta dans le collimateur, il m’avaient répondu qu’ils estimaient ne pas avoir de public pour ça. D’un autre côté vu qu’ils sont déjà en difficulté sur leurs GL et qu’ils avaient déjà tenté des manga de Yumiko Igarashi il y a quelques années, je peux comprendre leur logique.

      De même le Lézard Noir m’a confirmé que leur manga de Miyako Maki s’est mal vendu : https://twitter.com/lezardnoir/status/818404764593561600
      Sans parler de la collection « Classic » de Kazé morte-née avec leur Moto Hagio n’est pas encourageant non plus…
      Et ça n’a pas l’air d’être le top pour Blackbox et ses Machiko Satonaka voire même Masako Yoshi, avec leur actuel participatif sur l’auteur qui semble se prendre un mur : https://www.facebook.com/BlackBox.Edition/photos/a.213318428700204.58443.122532541112127/1507887675909933/?type=3&theater

      Du côté de l’espoir (car il en faut bien), Yumiko Igarashi semble bien se vendre, l’opération sur Lady Georgie par Blackbox a été un succès. Et Isan Manga continue de publier l’auteur « régulièrement ».
      De même Ataka a confirmé hier qu’ils comptent utiliser leur série des « oneshot shōjo » pour publier des auteurs « vintages » : https://twitter.com/LiliNyuu/status/860175705270865920 (après ça dépend de ce qu’ils entendent pas « vintage » ; 60? 70? 80? 90?)
      Accessoirement j’espère voir une accélération du rythme de publication des oneshots, car j’aime le concept, indépendamment de ces hypothétiques auteurs vintages.

      Mais ça ne reste pas glorieux. C’est très frustrant lorsque l’on voit des Osamu Tezuka, Go Nagai, Leiji Matsumoto et autres Kazuo Kamimura à la pelle… mais rien pour le shōjo.

      Ah si, il y a aussi le cas de Kazuo Umezz qui se vend très bien chez le Lézard Noir, or comme c’est un auteur qui a débuté dans le shōjo, on devrait voir plusieurs shōjo manga d’horreur vintage (années 60 et 70) dans le futur, à l’image du très récent La Femme Serpent, que j’ai beaucoup apprécié.

      Après personnellement, je n’ai jamais compris la façon dont ils ont essayé de publier Moto Hagio en français, que se soit avec le Cœur de Thomas ou l’Anthologie.
      Commencer par un proto-BL et une anthologie, ce n’est pas forcément ce qui va attirer les foules. Les Polonais ont déjà publié trois manga d’elle, mais ils ont commencé avec ses travaux de fantasy et de science-fiction, plus à même d’attirer un lectorat masculin.
      Après je dis ça, mais chez les anglophones, Matt Thorn avait commencé avec la science-fiction chez Viz et ça ne s’était pas très bien vendu. Puis maintenant elle a relancé la machine il y a quelques années chez Fantagraphics… avec une anthologie et le Cœur de Thomas… donc comme en français, et manifestement ça marche plutôt bien car ils sont en train de publier Otherworld Barbara. oo
      Différence de public selon les pays, j’imagine…

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      • 6 mai 2017 at 13:58

        Merci pour tes exemples 🙂 ! Du coup, je me demande vraiment quelle stratégie de communication faudrait-il adopter, pour faire connaître ces manga, pour révéler toute la richesse des shôjo vintages ?

        C’est terrible de ce dire qu’aujourd’hui encore (ah, mes cours de sociologie !) un champ social investi par les femmes peine à être pleinement considéré.

        Faut-il passer par les shôjo actuels, pour mieux vendre les anciens ? Avec de vraies campagnes de com’… (J’aime beaucoup ce que fait Akata^^ Taifu aussi)

        Répondre

        • lady_freyja
          6 mai 2017 at 21:31

          C’est une question compliquée.
          Car je trouve qu’il y a un fossé entre les shōjo pré-années 2000 et ceux post-2000, que se soit en matière de styles (graphique), d’ambiance, de tonalité (beaucoup de tragédies dans les « vieux » shōjo) et de thématiques. L’impression que j’ai des shōjo modernes, c’est qu’ils se sont enlisés dans le triptyque romance/tranche de vie/comédie, à quelques exceptions près comme Yona.
          Alors que des manga du genre Yona, c’était relativement commun dans les années 80 et 90. On a aussi eu pas mal de science-fiction, certaines virant dans la SF dite « dure » comme Moto Hagio justement.

          Genre le manga A-A’ de Moto Hagio (je suis extrêmement contente d’avoir la version anglaise !) est de ce que j’ai lu, son manga de SF le plus orienté « romance », et pourtant ça te parle aussi de clonage, de terraformation, de pouvoir para-psychologiques et bien entendu de manipulations génétiques. Tout ça en 200 pages.
          C’est très dense, ne serait-ce que comparé à Please Save My Earth (qui pourtant est déjà « vieux ») qui je pense est la référence en matière de « shōjo SF » en français.

          Du coup, il faudrait peut être commencer par élargir le registre des shōjo modernes publiés en français.
          Akata s’y essaie timidement mais n’a pas encore franchit le pas de totalement sortir du triptyque romance/tranche de vie/comédie.
          Bref dé-géthoïser le shōjo. Akata y arrivera un jour, je suis confiante. 🙂

          Ensuite, il me semble être judicieux d’éviter les BL. Pour deux raisons :
          — Aucune chance d’avoir un public masculin , c’est déjà dur de leur faire lire un manga dit « shōjo », alors un BL…
          — Mais surtout, c’est Taifu qui a confirmé cela dans une interview sur Le Monde, que le lectorat de BL souhaite globalement avoir des protagonistes plus « réalistes », plus masculin. En dehors de Tomoi, j’ai n’a vu aucun vieux BL avec des protagonistes ne serait-ce que pas efféminés. (mais Tomoi pourrait être intéressant à tester en français, je pense) Perso j’adore ces vieux BL, mais manifestement ils vont à l’encontre de ce que souhaite actuellement la majorité du public cible, donc bon…

          Un autre point. Personnellement, je ne l’aime pas du tout, car les auteurs de shōjo vintages méritent mieux que ça, mais bon… si ça nous permet de les avoir en français, je prend tout de même.
          Ça serait de « légitimer » ces auteurs par rapport à des auteurs masculins bien installés.

          L’idée m’est venue en lisant les Femmes du Zodiaque de Miyako Maki justement. Je suis très fan de Kazuo Kamimura, et lorsque j’ai lu les FdZ, j’ai eu l’impression de lire du « Kamimura en version shōjo ». Mon copain qui est aussi fan de Kamimura m’a fait lui aussi la remarque après avoir lu les FdZ, il m’a aussi dit qu’il trouvait bizarre que les FdZ ne se soient pas bien vendu vu comment Kamimura est populaire.
          Si les FdZ avait été vendu par rapport à Kamimura, peut être qu’il aurait bien mieux marché, ça aurait au moins à coup sûr attiré une bonne partie du lectorat de Kamimura.

          Par exemple Moto Hagio est parfois présentée comme la « Tezuka féminin », pourquoi ne pas utiliser cet angle d’attaque marketing ? Toujours par rapport à Tezuka, on peut facilement vendre Hideko Mizuno en la présentant comme son « apprentie » ou « héritière ».

          Un dernier point : Moto Hagio et Ryōko Yamagishi publient toujours des manga, là actuellement.
          Pourquoi ne pas débuter avec leurs manga récents ? On évitera le style graphique 70/80 qui semble effrayer/déboussoler pas mal de monde (j’ai même vu des gens dire qu’Hagio n’avait pas un style japonais mais plutôt américain… >.>)
          Et du coup aussi éviter le label « vieux ».

          Je ne sais pas, c’est ce qui me passe par la tête. へへ’
          Je suis assez désespérée…

          Répondre

          • 8 mai 2017 at 15:04

            Je partage totalement ton analyse. C’est certain que les shôjo restent cantonnés dans la romance/tranche de vie/comédie. D’un autre coté, il suffit de regarder les rayons littérature féminine d’une librairie pour comprendre pourquoi cette étiquette colle tellement au manga féminin.
            L’image que la majorité des gens ont du shôjo est entretenue par les éditeurs qui ne publient pas grand chose sortant de ce schéma. Ils ne proposent quasiment que des shôjo « classiques ». Les lecteurs ne voient que des shojo romantiques chez leur libraire donc le shojo reste à leurs yeux une romance. Lorsque les éditeurs osent sortir des sentiers battus, c’est un flop commercial parce que les clichés sont trop ancrés et le lectorat pas encore prêt. C’est donc le serpent qui se mord la queue.
            Certains éditeurs osent parfois éditer des shôjo différents mais en les sortant sous leur label shonen ou seinen. En général, ce ne sont pas de très grosses ventes parce que ça reste du shôjo (dessins, place accordée aux sentiments des personnages) et le lectorat qu’ils touchent n’est pas forcément le bon.
            Quand j’ai créé Club Shôjo il y a 9 ans, le marché était déjà saturé de romances lycéennes et les shôjo originaux quasi inexistants. Ma motivation à ce moment là c’était de contribuer à casser ces clichés. 9 ans se sont écoulés et peu de choses ont changé. Par contre moi, je me suis un peu usée à rabâcher sans cesse que le shôjo ce n’était pas un manga romantique.
            Effectivement, Akata édite désormais des shôjo intéressants (ils le faisaient déjà quand ils travaillaient pour Delcourt mais dans une moindre mesure probablement parce que Delcourt avait le dernier mot) mais ils y vont doucement, prudemment. Et, ils ont raison. Ca ne sert à rien de vouloir forcer les choses si le lectorat n’est pas prêt. Je trouve leur stratégie plutôt bonne. Ils se positionnent sur des marchés de niche (collection WTF, le shôjo aux histoires plus matures, les manga écolo…) Sur le marché du shôjo, ils commencent à apparaître comme des spécialistes du genre au même titre que Soleil mais avec une collection radicalement opposée. Ils sont en train de fidéliser leur lectorat et l’emmener petit à petit à découvrir d’autres types de shôjo. Ils s’adressent à des lecteurs(trices) qui en ont marre de toujours lire les mêmes histoires de romance et sont à la recherche de nouveautés. Ils sont bien partis et je pense qu’ils y arriveront. Et ça, ça me fait plaisir !!!

            Pour les mangas old school, je suis assez convaincue par la solution que tu proposes. Quand on veut vendre quelque chose de nouveau, c’est bien de comparer avec des auteurs déjà connus. Ca attise la curiosité et ça rassure en même temps.

            Pour le BL je pense que tu as raison. Je ne me sens pas très légitime sur ce sujet vu que je ne lis quasiment pas de BL. C’est un genre avec lequel j’ai du mal à accrocher.

            Répondre

  • lady_freyja
    1 mai 2017 at 12:59

    Coucou,

    Si c’est bien pendant les années 60 que l’on voit l’apparition d’une scène de mangaka féminins dans le shōjo, ce n’est pas Moto Hagio, Ryoko Ikeda ou autres Keiko Takemiya.

    Les années 60 sont marquées par Hideko Mizuno, Miyako Maki et Masako Watanabe. Si Watanabe et Mizuno ne sont malheureusement pas publiées en français, Maki a vu un de ses manga publié par le Lézard Noir assez récemment ; « Les Femmes du Zodiaques », bien que se soit un gekiga proto-josei, et non un shōjo.

    Le groupe de l’An 24, c’est à dire Hagio, Takemiya et compagnie, elles datent des années 70. Elles ont justement été inspirées par Mizuno. Même si Hagio est généralement encensée à l’image de Tezuka pour être la « mère fondatrice du shōjo » voire « la déesse du shōjo », elle incarne de fait la seconde génération de femmes mangaka.

    Mizuno, Maki et Watanabe, après avoir fait leur armes dans le shōjo, ont par la suite posé les bases du josei, rejointes par certaines membres de l’an 24, notamment Ryōko Yamagishi et plus particulièrement Minori Kimura.

    La grosse différence entre la génération de Mizuno et celle d’Hagio, c’est que Mizuno et compagnie ont introduit la romance dans les shōjo, ce qui était déjà une révolution à l’époque, car c’était une affirmation de la sexualité des jeunes filles. Avant l’apparition des romance vers la moitié des années 60, les shōjo étaient surtout des histoires familiales sur la relation mère/fille ou des trucs spécifiques, comme les manga de ballet.
    Quand Hagio et compagnie sont plutôt parties du côté de la science-fiction et de la fantasy, avec un ton plus adulte et réaliste, et ont aussi traité ouvertement du sexe (notamment l’homosexualité) et du genre.
    En autre point notable, si c’est Mizuno qui a créé le premier shōjo avec un protagoniste masculin, c’est l’an 24 qui a généralisé le concept avec leurs bishōnens. Les éditeurs à l’époque avaient vraiment du mal avec l’idée que des filles puissent être intéressées par des garçons (ce qui avait déjà provoqué des blocages vis à vis des premières romances).

    Enfin, c’est compliqué de s’en rendre compte car ces auteurs sont quasi-totalement ignorées par les éditeurs français et occidentaux au sens plus large, même les teams de scanlation les boude. Une véritable honte, car leurs manga sont globalement excellents.

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    • 1 mai 2017 at 15:05

      Merci d’avoir signalé l’erreur. Korr l’avait notée à la relecture mais nous avons oublié de faire la correction avant de publier. Je le fais de suite.
      Merci également pour la petite histoire du shojo. C’est super intéressant. ^^

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