Paru de 1991 à 2000 dans le Betsucomi, Basara a été édité une première fois chez Kana de 2001 à 2006. Il s’agit de mon manga shôjo préféré et de très loin. C’est donc avec grand plaisir que j’ai appris sa réédition. Le premier volume de cette toute nouvelle édition sort le jour de la publication de cette chronique avec une traduction revue, un nouveau lettrage et des nouvelles couvertures. Elle est disponible en 16 tomes au lieu des 27 de l’édition originale.
Tatara est l’élu : « il sera l’étoile qui commandera le peuple et sauvera le pays ». Alors qu’il s’apprêtait à quitter le village pour lutter contre des étrangers présents aux portes du pays, il est attaqué par les troupes du roi rouge et décapité. Sarasa, sa sœur jumelle n’hésite pas une seule seconde. Elle endosse l’identité de son frère et sauve les habitants du village de Byakko. À partir de cet instant, c’est elle qui assume le rôle de l’élue !
En voulant récupérer le sabre de Byakko, héritage de son village, que le roi rouge avait emmené avec lui, Sarasa est blessée par une flèche. Elle se rend alors aux sources chaudes pour soigner sa blessure. Elle y fait la connaissance d’un beau et entreprenant jeune homme du nom de Shuri. Celui-ci ne la laisse pas indifférente. Pourtant, elle ignore qu’elle vient de rencontrer son ennemi mortel : le roi rouge !
L’avènement d’une héroïne
Au tout début du manga, nous faisons la connaissance avec la petite Sarasa de 12 ans. C’est le jour de l’accès à la majorité de son frère jumeau Tatara. C’est aussi la première fois qu’elle croisera le terrifiant roi rouge et manquera de mourir sous son épée.
À cette époque, Sarasa ne sait pas trop où est sa place. Elle ne comprend pas pourquoi elle est née en même temps que l’élu. Elle se cherche et s’interroge sur son existence. C’est une jeune ado qui en plus des questions existentielles classiques à 12 ans doit subir le destin trop envahissant de son frère.

À la mort de celui-ci, elle a désormais 15 ans. Elle va soudainement évoluer et prendre spontanément son destin en main. Elle endosse les responsabilités de son frère. Elle ne pense qu’à protéger les habitants du village. C’est aussi à cet instant que va naître son désir de vengeance qui ne la quittera pas durant près de la moitié de la série.
Pourtant, Sarasa bien que déterminée n’en est pas moins une débutante qui tâtonne et fait des erreurs. Dans ce volume, elle ne peut compter que sur la force de la prophétie et sur le mensonge dont elle s’est entourée. Elle est obligée de se faire passer pour Tatara. Elle ne dispose pas encore d’assez de charisme et de leadership pour entraîner les autres dans son sillage. Elle a besoin d’apprendre.
Ce premier volume est une longue introduction. L’autrice nous présente son héroïne et Shuri, son adversaire. Il marque le début d’une épopée pour rassembler les 4 sabres traditionnels et, plus tard, reconquérir le Japon, le libérer du joug de ce roi tyran et de ses fils.
Des protagonistes à deux visages
Les deux personnages principaux revêtissent tous les deux une autre identité. Ils semblent porter un masque dès qu’ils deviennent Tatara ou le roi rouge.
Sarasa est une jeune fille frêle qui doute de tout. Elle s’interroge sans cesse sur le bien fondé de ses actions en tant que Tatara. Pourtant, lorsqu’elle doit partir à l’assaut et qu’elle devient Tatara elle fiche sur son visage une expression de détermination qui pousse son entourage à lui faire confiance et à la suivre.

Par moments, elle redevient une fille pour mieux passer inaperçue. C’est sous sa véritable apparence qu’elle parle pour la première fois à Shuri. Elle n’est pas au courant qu’il s’agit du roi rouge. On découvre alors sa vraie personnalité, à la fois ingénue et énergique.
Shuri, quant à lui, est un homme ambitieux qui semble nourrir de sérieux griefs contre son père. Il ne rêve que de s’emparer du trône. C’est un homme déterminé qui n’hésite pas à brandir son épée pour tuer.
Pourtant, lorsqu’il fait la connaissance de Sarasa à la source chaude, on découvre un jeune homme ordinaire qui aime chahuter et plaisanter. Lui aussi ne sait pas qu’il vient de rencontrer son ennemi(e) juré(e).

On sent poindre la romance entre ces deux là. Le fait qu’ils ignorent tout l’un de l’autre fait tout l’intérêt de cette histoire d’amour naissante. On sent qu’ils vont prendre une douche froide quand ils découvriront la vérité et on a hâte que ce moment arrive. On voudrait déjà savoir comment cela va se passer et si leur amour sera plus fort que leur rivalité.
Un univers d’héroïc fantasy
Basara prend place dans un Japon dévasté par un événement dramatique qui se serait produit à la fin du 20e siècle. L’intrigue se déroule 300 ans plus tard dans un monde post-apocalyptique comme les aime Yumi Tamura (Sa série suivante, 7 Seeds, se déroule aussi dans un Japon ravagé par une catastrophe). Toute technologie a désormais disparu.
L’ouest du Japon où se passe le tome 1 s’est transformé en un gigantesque désert aride. Le village de Byakko où naissent Tatara et Sarasa est un endroit paisible où règnent la solidarité et l’entraide. C’est une petite bourgade où tout le monde se connaît.
Les habitants vivent de façon traditionnelle, de la culture des légumes, de l’élevage et du tissage. La région de Sanyo où est implanté le village est riche en fer ce qui en fait également un village de forgerons.
La société est revenue à un système féodal où un roi aux pouvoirs absolus écrase ses sujets sous les impôts et la dictature. Le pays est divisé en 4 régions à la tête desquelles se trouvent les 4 fils du roi. Ils sont tous prénommés par une couleur. L’ouest est quant à lui dirigé par le roi rouge qui a établi sa capitale dans la ville de Suo.
Par ailleurs, les croyances sont redevenues archaïques. On croit de nouveau aux prédictions et aux messages divinatoires véhiculés par le vent ou les étoiles. La prophétie faite par Nagui sur le berceau des jumeaux est en effet centrale dans l’histoire. C’est à cause d’elle que Tatara sera traqué par le roi rouge et trouvera la mort. C’est aussi à cause d’elle que Sarasa prendra les armes à la place de son frère et parviendra à trouver du soutien dans tout le pays.
On apprend par ailleurs qu’une autre prophétie a été annoncée mais cette fois-ci à la naissance de Shuri, le roi rouge. On ignore à ce stade quel est son objet mais ça nous intrigue et on brûle d’en apprendre plus à son sujet.
Basara est un shôjo d’aventure où l’autrice ne ménage pas ses personnages. Loin de se contenter de parsemer leur chemin de morts elle pousse le vice jusqu’à faire naître une romance entre les deux ennemis de toujours.


