Disponible depuis le mois de février dernier, À crocs à toi marque le retour de Julietta Suzuki, une autrice que j’ai découverte grâce à Divine Nanami et que j’attendais impatiemment de retrouver chez nous !
Comptant actuellement 9 tomes au Japon, la série est prépubliée dans le très célèbre magazine shôjo Hana to Yume (Yona – Princesse de l’aube, Two F/aced Tamon, Not just a Pretty Face, etc.), dans lequel je sais que je peux piocher parmi mes séries chouchou du moment et même du passé comme L’Académie Alice par exemple.

Tout juste installée au Japon, Hina Alucard est une vampire qui se passionne corps et âme pour Mao Ryûsuzaki, le personnage de l’anime Vampire x Cross. Elle collectionne d’ailleurs tout ce qui le concerne. Un jour, elle découvre que son voisin de palier, Kyûta Amanatsu, est la copie quasi conforme de son chouchou. Sauf que son caractère est loin d’être identique… Et en plus, il n’a pas l’air de porter la culture otaku dans son cœur !
De fil en aiguille, tous deux vont interagir de plus en plus et apprendre davantage à se connaître au-delà de leur première impression désastreuse…
Hina : une héroïne fangirl et vampire
Dans À crocs à toi, Julietta Suzuki met en avant une héroïne adorable à souhait et très touchante. Passionnée par une série, elle met tout en œuvre pour collectionner le plus de produits dérivés possible, surtout lorsque cela concerne son personnage fétiche.
Elle a fait énormément de recherches à son sujet et tout ce qui concerne l’univers de l’anime. Bien entendu, elle se tient au courant des dernières actualités qui font vivre la licence : ouverture de boutiques thématiques, vente de nouvelles figurines, etc. Eh oui, être fan c’est une activité très chronophage !
Forcément, son petit appartement se retrouve vite encombré de cartons et autres produits liés à Vampire x Cross ou Mao. En disant ça, je ne peux m’empêcher de penser à une autre héroïne passionnée vivant un peu de la même manière : Nodame. Après, tout comme Hina, je pense que j’aurais du mal à connaître les subtilités du tri sélectif au Japon (jours, types de déchets, etc.) surtout après seulement quelques semaines.
Si je suis très sensible face aux personnages féminins plus réservés, j’apprécie tout autant les protagonistes enjouées et pétillantes comme Hina. Encore plus quand elles ont des hobbies. C’est là qu’elles rayonnent littéralement ! L’autrice joue sur cet aspect en nous représentant un personnage aux traits doux dont le visage expressif ne peut qu’attendrir.

Avec tout ça, on oublierait presque que Hina n’est pas vraiment humaine. Comme elle nous le dévoile assez tôt dans l’histoire, c’est une vampire. Mais pas une vampire comme les autres. Refusant de mordre quiconque car elle juge cette technique « crade » et dépassée, elle préfère se nourrir de poches de sang.
Pourtant, l’autrice tient à nous la présenter davantage comme une jeune fille/femme tout ce qu’il y aurait de plus ordinaire. Je veux dire par là qu’elle n’a pas pour le moment cette aura magnétique des vampires qu’on nous montre souvent dans la fiction. Au contraire, elle est toute mignonne alors qu’il s’agit de l’une des vampires les plus puissantes de son monde…
Amanatsu lui-même la croit un brin naïve et inconsciente, avec ses « délires d’otaku ». Il va vite comprendre son erreur.
Kyûta : un garçon un peu grincheux
Si Hina est une demoiselle vive et passionnée, Kyûta Amanatsu, son voisin, est quasi tout son contraire. Il correspond assez à l’archétype du héros bougon voire aigri. Fut un temps j’appréciais particulièrement ce genre de représentation car je n’attendais qu’une chose : voir les visages de ces personnages souvent renfrognés arborer diverses expressions. Quelques années plus tard, ça reste encore l’un de mes péchés mignons…
Revenons à Kyûta. Il est certes un poil grognon, il a tout de même plutôt bon fond. Il se retrouve malgré lui impliqué dans la passion de notre héroïne, acceptant facilement de lui rendre service à plusieurs reprises.
Pourtant au départ, ce n’était pas gagné tant il semble moqueur envers les otakus. Il suffit de voir son expression pleine de condescendance au tout début du tome. Julietta Suzuki accentue d’ailleurs l’emphase en utilisant une contre-plongée, nous mettant à la place de Hina qui reçoit son commentaire. C’est loin d’être agréable…

D’une certaine façon, ce personnage représente la critique de la société à l’égard des personnes passionnées comme notre vampire. Ce genre d’activité est alors vue comme dégradante : cf le « sale otaku » qu’il lui lâche en à peine quelques phrases de conversation… Ce sera donc très intéressant et très plaisant de le voir changer d’avis la concernant en mettant de côté ses préjugés.
Le fangirlisme en remède contre la solitude
En filigrane, À crocs à toi parle aussi de solitude à travers le personnage de Hina et d’autres par la même occasion. Notre héroïne vampire est partie vivre seule dans un pays à des milliers de kilomètres de son cocon familial. Elle n’a donc plus ses repères. Heureusement, elle garde un contact régulier avec ses proches, en particulier son père inquiet.

L’autrice en profite alors pour montrer qu’une passion peut parfaitement être vecteur d’ouverture vers autrui. C’est important que ce message soit passé car on a tendance à penser qu’un hobby peut enfermer. Alors qu’en réalité c’est bien souvent le contraire !
Que ce soit via les réseaux sociaux ou IRL, Hina est finalement amenée à rencontrer d’autres personnes, fans ou non. Grâce à sa série fétiche, elle échange régulièrement avec une autre personne amatrice de Vampire x Cross.
Et la ressemblance frappante de Kyûta avec Mao va créer un autre type de lien. Tous deux vivant dans des univers diamétralement opposés n’auraient jamais dû se rencontrer. Pourtant, ils se retrouvent voisins de palier. Il ne fait pas de doute qu’ils élargiront leurs horizons au gré de leurs interactions de plus en plus nombreuses.
Au final, ce premier tome d’À crocs à toi s’annonce très prometteur. J’ai passé un agréable moment à suivre notre héroïne s’adapter à sa nouvelle vie au Japon. Le format romcom mêlant fantastique fonctionne à merveille sur moi !


