C’est une chronique toute douce et bienveillante que le Club Shôjo te propose aujourd’hui. Au programme : une belle rencontre et une renaissance… dans un champ de pommes.
J’avais ce manga dans mon viseur depuis sa sortie. Principale raison : un coup de cœur pour le titre « Jona au pays des pommes ». Je l’ai trouvé mignon ! Et je me disais que « Jona » devait être le prénom de l’héroïne…
Jona au pays des pommes (Ringo no kuni no Jona, en VO) est un josei manga tout en douceur signé Arare Matsumushi (Le vendeur du magasin de vélos). Il est en cours de publication au Japon depuis 2023, premièrement chez Futabasha (dans le magazine Jour – Suteki na shufu tacho) puis chez la Shôgakukan (dans le magazine Spirits). Deux tomes sont sortis à ce jour. En France, c’est Le Lézard Noir qui édite le manga. Le tome 1 est sorti le mois dernier.
Complexes
As-tu déjà ressenti ce malaise : tu te trouves dans une situation où d’autres te donnent leur avis (un avis blessant), mais sont persuadés de bien faire. C’est ce qu’Alice vit au quotidien. Au travail, sa supérieure pense la complimenter en validant un choix de tenue vestimentaire : Alice a bon goût, car elle choisit une tenue qui la mincit. Mais Alice n’a pas du tout choisi ce vêtement pour cette raison. Elle aime la mode et en a presque fait son métier : elle travaille dans une boutique de vêtements.
Alice n’a pas réagi au commentaire de sa supérieure. Comme d’habitude, elle a gardé sa tristesse pour elle. Pourquoi devrait-elle cacher son corps ?
À la maison, l’ambiance est à peine meilleure. Alice doit supporter les repas trop caloriques de sa mère « pour lui faire plaisir ». Mais sa mère qui ne se gêne pas pour critiquer son corps. Complexée, démoralisée, la jeune femme décide de tout quitter sur un coup de tête. Direction Aomori, chez sa grand-mère. Alice pense prendre un peu de repos loin de la ville, mais tout s’emballe. Nouvelle vie, nouveau quotidien, nouveaux amis : Alice découvre que sa grand-mère ne vit pas seule, mais héberge Masaichi, un cultivateur de pommes…

L’élégante Alice dans le pays des pommes… (oui, c’est bien Masaichi qu’on aperçoit sur la droite^^)
Oser prendre un nouveau départ
C’est la première fois que je lis un manga d’Arare Matsumushi. Le premier tome de Jona au pays des pommes se présente comme un début de « renaissance printanière ». Le changement de cadre amène souvent cette impression, surtout quand il s’agit de quitter la ville pour aller à la campagne. C’est exactement ce que fait Alice. Ce qui n’était qu’une pause dans la vie de l’héroïne se transforme assez vite en nouveau départ.
Mais bien vite, notre héroïne se rend compte que les problèmes ne sont pas restés bloqués en ville. Ses complexes sont toujours là. Pire : ils se réveillent devant le nonchalant Masaichi. Car le jeune homme est très beau. Alice ne peut s’empêcher de l’envier. Il doit certainement avoir la belle vie…

Pour Alice, le beau Masaichi a forcément une vie sans problèmes…
Ces souffrances qu’on ne voit pas
Sous ses airs champêtres, ce premier tome pose des questions profondes et invite à la réflexion. Alice est blessée par les remarques des autres, mais ne se rend pas tout de suite compte qu’elle aussi peut blesser avec ses commentaires. Elle voit la vie à travers le prisme de ce que les autres disent de son corps, et ne peut s’empêcher de penser qu’elle serait plus heureuse dans un corps socialement plus acceptable. Mais qu’est-ce qu’un corps socialement plus acceptable ? Avoir un tel corps (si tant est qu’il existe !) rend-il forcément heureux ? La réponse est non, bien sûr.
De son côté Masaichi aussi est plein de questions, et de mystère… il semble très abordable, social, ouvert et nonchalant. Effectivement, il met facilement les gens à l’aise. Mais par moments, il montre, lui aussi, sa souffrance. À travers quelques-unes de ces phrases, on comprend que lui aussi subit des remarques désobligeantes. Tout comme Alice, Masaichi souffre à cause du regard des autres.

Instant rare, où Masaichi lève un peu le voile… mais peine, hélas, à toucher Alice
Je relève tout de même de très rares séquences qui semblent associer sucreries et prise de poids… Ce raccourci est un peu trop facile, car les origines d’une prise de poids sont multifactorielles. Hormis ce bémol, le manga est très agréable à lire.
Jona au pays des pommes est un josei manga doux et bienveillant, qui nous rappelle l’importance de veiller sur nos paroles, nos regards, nos attitudes. On a plus à gagner en acceptant l’autre comme il/ elle est, au lieu de vouloir lui coller des étiquettes. Et puis, un manga dans les vergers, quel ravissement !


