Si comme moi, tu es lassée des mangas de romance lycéenne un peu trop dégoulinantes de bons sentiments, il est très probable que Mars te plaira. On y retrouve des ingrédients du shôjo lycéen mais sur un ton vraiment dramatique.
Initialement parue chez Panini en 2003, la série s’est vue rééditée 20 ans après chez le même éditeur. La première version comptait 15 tomes alors que la nouvelle a été condensée en 8 volumes. Pour ma part, j’ai lu la première édition. Je n’ai donc pas eu l’occasion de lire le récit complémentaire présent dans le dernier tome de la réédition.
Rei est un garçon solaire. C’est la coqueluche du lycée. Kira est une jeune fille effacée qui semble avoir peur des autres. Tout les oppose. Mais, lorsqu’ils se retrouvent assis côte à côte à la rentrée de première, Rei aborde Kira. Dès lors, ils ne se quitteront plus. Pourtant, le destin leur réserve bien des tourments alors que tous deux ont déjà un sombre vécu.

Âmes trop sensibles s’abstenir !
Mars n’est pas un mignon petit shôjo comme on a trop l’habitude de voir. Ce n’est pas une gentillette romance lycéenne. Dès le premier volume, l’autrice nous met au parfum. Elle va aborder des sujets pas cools du tout. Elle débute son histoire avec un prof qui harcèle sexuellement Kira. Sans l’intervention de Rei les choses auraient pu mal tourner pour la jeune fille.
Loin de s’arrêter là, elle surenchérit et va toujours plus loin. Dans cette série, elle évoquera le harcèlement scolaire, le viol, le suicide et même le meurtre. Pourtant, je te rassure, à aucun moment le manga ne devient morbide. Fuyumi Soryô sait comment jouer avec nos émotions sans tomber dans l’excès.
Certes, on peut se dire que les deux héros ont vraiment la poisse de toujours tomber sur des pourritures mais l’autrice réussit à faire passer la pilule en maîtrisant parfaitement le déroulé de son récit. À chaque rebondissement, les émotions nous prennent à la gorge. Notre poitrine se serre et on se demande jusqu’où l’autrice osera aller.
Mais, l’instant d’après, elle nous émeut avec des moments romantiques à faire fondre nos petits cœurs de shôjo girls. Car, oui, les scènes de romance sont omniprésentes. Kira et Rei sont un couple vraiment fusionnel et terriblement émouvant. Ils sont toujours présents l’un pour l’autre.
Panse mes blessures, mon amour
Rei et Kira ne sont pas les stéréotypes des lycéens japonais. On ne s’identifie pas forcément à eux et pour cause ! Ils ont vécu tous les deux des choses horribles. C’est ce passé difficile qui a fait d’eux ce qu’ils sont devenus au début du manga.
Rei est un personnage qui paraît sûr de lui mais qui a appris à dissimuler sa vraie personnalité. Quant à Kira, elle est timorée et vite apeurée mais elle n’a pas toujours été ainsi. C’est la vie qui les a transformés. L’autrice nous dévoile par petites bribes leur histoire sans recourir au flash-back. Encore une fois, elle maîtrise son récit : elle distille avec habileté ses révélations aux fils des événements et des rencontres.
Elle commence avec Rei en introduisant le personnage de Sei, son frère jumeau qui semble planer sur lui comme une ombre maléfique. Puis, elle enchaîne avec les traumas de Kira. C’est en apprenant ce qui leur est arrivé qu’on fait preuve d’empathie à leur égard et qu’on se prend de sympathie pour eux.
Le couple que les deux protagonistes forment est central dans l’histoire de Fuyumi Soryô. S’ils n’avaient pas eu la chance de se trouver ils n’auraient pas autant changé. Ils seraient restés coincés dans le passé avec leurs traumatismes. Grâce à leur amour, ils évoluent tout au long des 8 volumes. C’est ainsi qu’ils passent d’ados paumés à jeunes adultes matures avec de beaux projets d’avenir.
Makio, l’autre visage de Rei

Le personnage de Makio est intéressant et mérite qu’on s’attarde un peu sur lui. C’est un élève de seconde dans le lycée où Rei et Kira étudient. Il s’accroche à eux comme une sangsue. C’est un psychopathe (je n’exagère pas du tout en utilisant ce mot) dont le comportement rappelle par moments celui de Rei.
Grâce à ce personnage hautement antipathique, l’autrice nous décrit l’étendue des blessures de Rei et ses tourments intérieurs. On comprend que Rei cache d’affreuses pensées derrière son sourire enjôleur.
Au fil de l’histoire et grâce au soutien indéfectible de Kira, Rei se dévoile et change petit à petit. Makio, quant à lui, stagne. Il reste le même du début à la fin. Constatant que Rei ne suit finalement pas le même parcours que lui il devient hystérique, faisant du dernier volume de la série un véritable chef d’œuvre.
Au delà de la romance scolaire
Comme je l’évoquais en introduction, on retrouve dans Mars certains thèmes classiques du shôjo lycéen, comme les clubs. En effet, Kira a un joli coup de pinceau et appartient au club d’art du lycée. Tu peux voir ci-dessous la magnifique peinture qu’elle a réalisée de Rei.

Rei, quant à lui, est passionné de moto. Il a ça dans le sang mais on ne l’apprendra que très tardivement dans la série. Nous le voyons participer à une course ce qui nous plonge dans cette ambiance frénétique des circuits. Il nous fait vivre la fièvre de la course et le suspense de son résultat. C’est plutôt un univers atypique pour un shôjo.
L’autrice aborde aussi la traditionnelle fête de l’école, les karaoke entre amis, etc. Toutefois, ils ne sont que les décors de scènes plus importantes. Ils ne constituent pas des événements à part entière, et ça, j’apprécie. Je suis lassée des shôjo qui surexploitent ce type de situations.
Nous n’échappons pas non plus au classique triangle amoureux. Les fans du genre s’en réjouiront peut-être. Pour ma part, j’ai moyennement été convaincue par le personnage de la rivale qui manque vraiment de charisme et d’humanité à côté de Kira. Toutefois, je suis vite passée outre car l’introduction de cette ex-copine est surtout l’occasion de présenter plus en profondeur, Sei le frère jumeau de Rei.
Bien qu’il date de 1996 Mars n’a pas pris une ride tant ses thèmes restent toujours autant d’actualité. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce shôjo alors même que je suis devenue très difficile en terme de romance lycéenne.


