Couverture de la chronique sur Tomie

Continuant ma quête de shôjo horrifiques disponibles en français, j’ai voulu me plonger dans un autre titre majeur du genre : Tomie de Junji Itô. Longtemps indisponible – et à ce titre devenue prisée, l’œuvre phare de l’auteur est de retour avec une toute nouvelle édition chez Mangetsu, depuis 2021.

Premier manga de Junji Itô, Tomie a été prépublié à l’origine dans deux revues de l’éditeur Asahi Sonorama : le Monthly Halloween puis le Nemuki (la revue sœur du premier), entre 1987 et 2000. Au Japon, la série a été compilée en 2 tomes complétés d’un troisième (Tomie again). La présente édition francophone inclut l’intégralité de celle-ci.

Trigger warning : scènes gores, mutilations du corps humain et meurtres. Cette chronique est à éviter si tu es sensible à ces thématiques.

Photo de l'édition Mangetsu de Tomie
Le regard ensorcelant de Tomie… quelle femme !

Après une sortie scolaire, la jeune Tomie disparaît subitement et est retrouvée décédée, complètement démembrée. Son meurtrier court toujours, ce qui met le lycée en alerte. Les filles sont notamment invitées à ne pas marcher seules et à rester en groupe.

Cependant, la demoiselle réapparaît à la stupeur générale, s’excusant pour son retard. Aucune trace de blessures ou d’une quelconque agression. Son retour pose question et la rumeur fait le tour de l’établissement. Tomie est-elle Tomie ? Ou bien s’agit-il d’un fantôme ? Ses camarades commencent à prendre peur… Quels sombres secrets se cachent derrière cet événement tragique ?

Une belle édition mais…

Comme je l’ai évoqué en introduction, Mangetsu a réédité Tomie après des années d’indisponibilité, prenant le parti de proposer une édition de qualité, avec de beaux effets de fabrication et agrémentée d’un appareil critique et remise en contextualisation. La préface a été rédigée par Alexandre Aja, réalisateur, tandis que la postface est signée par Morolian, spécialiste francophone de Junji Itô. Toutes deux nous offrent un éclairage pertinent sur l’œuvre. Comme d’habitude, afin de ne pas corrompre mon expérience, je les ai lues en dernier. Quant à l’analyse, j’ai choisi de la découvrir après cette chronique.

L’éditeur n’a pas manqué de préciser sur la page consacrée au chapitrage les effets de fabrication : papier spécial, vernis sélectif, etc. De mon côté, ce ne sont pas des arguments qui m’influent dans ma décision d’achat, même si pour un certain prix (24,90 € à l’origine) j’attends tout de même un minimum de qualité. Chose de plus en plus rare à présent… Néanmoins, le rendu général demeure très esthétique, en particulier le visage de Tomie apparaissant presque en filigrane en début et fin d’ouvrage. J’ai un peu flippé, je l’avoue.

Tomie vient nous hanter jusque sur la page de garde

En revanche, j’ai trouvé l’expérience de lecture assez compliquée par moment. Le tome comprend plus de 700 pages (752 précisément) et possède une couverture rigide. Par conséquent, il pèse un certain poids. Ayant l’habitude de lire mes mangas posée sur mon canapé, c’était plutôt difficile de tenir l’ouvrage sans avoir mal aux coudes. J’ai dû donc ruser en le posant sur un coussin pour ne pas trop solliciter mes bras.

En soi, ce n’est pas un problème si dramatique car je comprends l’envie de créer un bel écrin pour marquer le retour de l’auteur après tant d’années. Il n’en reste pas moins que malgré ma lecture intensive, je me suis ménagée quelques pauses, afin de dégourdir mes poignets.

Une narration en dents de scie

J’ai mis un peu de temps à me mettre dans l’histoire. J’ai trouvé le démarrage relativement confus, présentant peu de transitions. D’autant que le style graphique des premiers chapitres ne joue pas en sa faveur. Fort heureusement, le chara-design s’améliore grandement par la suite. Et les planches se font plus spectaculaires.

Surprise ! Tomie est de retour !

Bien sûr, au fur et à mesure de ma lecture, j’ai pu constater la naissance d’un fil rouge. Chaque chapitre est l’occasion d’en apprendre davantage sur Tomie et la façon dont elle agit.

J’ai particulièrement apprécié la première partie – celle avant la postface de l’auteur – car elle fonctionne un peu de la même manière que les légendes urbaines, avec ses on-dit. Sauf qu’ici, la fiction rejoint la réalité.

Malheureusement, la première moitié de la deuxième partie m’a légèrement moins intéressée. Peut-être parce que j’avais enchaîné de nombreuses pages de ce gros volume et n’en voyais pas trop le bout. J’ai éprouvé assez peu d’affect pour ces histoires. Mais tout est bien qui finit bien puisque le dernier tiers m’a plus enthousiasmée. Certains récits sont absurdes, tandis que d’autres donnent matière à réfléchir. Mention spéciale pour « Le Mélange » qui m’a plu !

Toujours est-il qu’il me semble plus judicieux de fractionner sa lecture afin de ne pas saturer. Au-delà de l’ergonomie, lire quelques chapitres de temps en temps permet de mieux en profiter.

Gore et body horror à gogo

À la différence de mes précédentes lectures, Tomie se caractérise par un degré de gore et de body horror fort élevé. L’horreur joue alors davantage sur le côté violent, sans pour autant oublier l’aspect psychologique que j’évoquerai au cours de cette chronique.

La belle Tomie… au corps massacré

C’est un peu la première fois que je me confronte à ce genre de représentation aussi intense. Même si ça ne m’effraie pas tant que ça, je conviens qu’on puisse ressentir un certain malaise voire dégoût par moment. De manière générale, la vue du sang me fait me sentir très mal, à tel point que les prises de sang sont un véritable supplice psychologique.

En revanche, bien que les bains d’hémoglobine fassent partie du paysage de cette histoire, ça passe. Sûrement parce que j’arrive à m’en détacher et faire la part des choses. Je ferais moins la maligne si je devais regarder l’une des adaptations live…

Coucou !

Qui plus est, les scènes dans lesquelles on voit Tomie – et même parfois d’autres personnages – se faire massacrer sont légion. Il y a certes des entailles mais ça ne s’arrête pas là. C’est peut-être limite ce qu’il y a de plus soft considérant l’ensemble des sévices qu’elle subit… Car la bougresse croit en la multiplication des visages et aux autres excroissances en tout genre. Je n’en dis pas plus car c’est plus intéressant de découvrir par soi-même de quel bois se chauffe Tomie.

Qu’on aime ou non cette débauche de sang et de transformations physiques, ces manifestations ne laissent pas indifférent·e.

Focus sur une paire de jambes un peu ensanglantées

Le portrait de la femme fatale

Avec sa beauté ravageuse, Tomie correspond à l’image de la femme fatale, cette fois-ci dans son sens le plus littéral et pur du terme. Ses cheveux longs et soyeux ornés d’une frange, son grain de beauté sous l’œil gauche, son regard perçant… elle attire irrémédiablement l’attention sur elle.

La beauté fatale de Tomie

Elle fait chavirer les hommes, de tous âges, avec pour certains des désirs peu avouables, tout en rendant les femmes jalouses et colériques. Il est impossible de lui résister : d’aucuns ont essayé mais ils ont finit par succomber.

Le mangaka n’hésite pas à exagérer les choses dans le but de montrer le côté dangereux de cette jeune fille/femme. Mieux vaut ne pas croiser son chemin, au risque d’être condamné·e. En effet, personne ne ressort indemne d’une rencontre avec Tomie.

Tomie agit telle la tentation destructrice et l’entité vengeresse : de son point de vue, ces personnes méritaient bien leur sort après tout. Elles n’avaient qu’à pas se laisser aller à leur avidité… Le destin – cruel – se charge de leur sort. Aucun échappatoire n’est permis si bien que la seule issue sera la mort.

Illustration d’un chapitre : le ton est donné avec la police d’écriture qu’il faut

D’une certaine façon, je vois une critique des hommes et femmes qui pensent avant tout à assouvir leurs propres désirs, quels qu’ils soient. Leur égoïsme et leur hubris (orgueil) leur fait perdre tout sens des réalités. C’est alors qu’ils sombrent doucement mais sûrement, jusqu’à commettre l’irréparable.

J’irais même plus loin, puisque la demoiselle retire toute la partie appropriation des normes de ses victimes. Ces personnes n’ayant plus aucun filtre, elles laissent aller leurs pulsions et leurs émotions refoulées.

Avec Tomie, je me confronte à un récit plus violent dans sa représentation de l’horreur, bien que ça ne m’ait pas déplu. Assortie d’une très belle édition, qui fait quand même mal aux coudes, j’ai principalement aimé ma lecture. Ça me change totalement de ce que j’ai l’habitude de parcourir. En cela, je sors de ma zone de confort et ça me plaît !

Couverture de la chronique sur Tomie
Tomie
En bref
Lire Tomie est une expérience en soi, au point où cette œuvre de Junji Itô me fait me sortir de ma zone de confort. Malgré un petit creux en milieu de volume, j'ai beaucoup aimé l'ensemble et me suis sentie investie. Je réitérerai l'expérience assurément !
Crédits images : JUNJI ITO MASTERPIECE COLLECTION TOMIE BY JUNJI ITO © 2011 JI INC.
Scénario
7.5
Personnages
8
Dessins
7.5
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Point(s) positif(s)
Une très belle édition
Tomie, la femme fatale
Une critique de l'être humain, dans son égoïsme et son orgueil
Le fil rouge qui se construit et l'aspect légende urbaine
L'aspect exagéré du gore et du body horror
Point(s) négatif(s)
Mes coudes ont un peu souffert pendant la lecture
Une narration légèrement confuse au départ
Un style moins plaisant au début, mais qui s'améliore au fur et à mesure
7.7
Note globale

Nico

Véritable cœur d'artichaut, je suis friande de romances poignantes. Plus une série me fait pleurer, plus je l'aime !

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