Chroniques manga
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& – and – tome 1

par le 25 mai 2021
Details
 
 

Lancer votre boîte en pleine crise économique, ça vous tente ? C’est le pari risqué que se relève Kaoru, héroïne de &- and. Alors, ça passe, ou ça casse ?

& – and est le premier manga de Mari Okazaki que j’achète. Il était temps ! Je me suis toujours dit que j’allais me procurer une de ces œuvres un jour. Je me laisse séduire par le titre énigmatique et la jolie couverture du josei. Ce n’est qu’après avoir lu le tome que je réalise : l’œuvre est signée Mari Okazaki !

Nouveau départ

Kaoru, 26 ans, est secrétaire médicale dans un hôpital. Si elle semble apprécier son travail, elle regrette le machiste ambiant. La hiérarchie pesante n’arrange rien. Les médecins prennent de haut les salariés comme Kaoru. Les patients se montrent parfois tout aussi indélicats. Heureusement, la jeune femme peut compter sur Miyuki, infirmière, quoique cette dernière surfe sur les sexistes, prête à tout pour se remarier. Kaoru, elle, a une autre ambition : ouvrir un salon de manucure nocturne, pour permettre aux femmes de décompresser. Las, la salariée enchaîne les désillusions. Mais quand elle tombe sur Shiro, un ancien camarade devenu programmateur informatique, elle reprend espoir. Le jeune homme est son propre patron, et n’occupe qu’une partie de son entreprise…

Les rêves et la crise

Si Mari Okazaki publie son manga bien avant la pandémie (2010, chez Feel Young, magazine de la Kôdansha), il colle toujours à l’actualité. Le Japon est déjà en crise en 2010, et fait notamment face au drame toujours présent des freeters. En constante progression depuis l’éclatement de la bulle spéculative (années 90), ces travailleurs irréguliers sont exposés à une grande précarité. Les femmes sont particulièrement impactées par ces formes de contrat : baito, petits jobs… L’on comprend mieux pourquoi Kaoru tient à garder son emploi. J’ai bien aimé cette maturité, loin de tout transport héroïque. Mieux vaut assurer ses arrières. Ça ne remet pas nos ambitions en question, au contraire. Kaoru montre son pragmatisme, quoique cela ne semble pas suffire à convaincre les collègues de son ami Shiro. Monter un salon de manucure nocturne, est-ce vraiment l’idée du siècle ?

Des rêves précaires ?

Comme dit plus haut, & – and – colle parfaitement à notre actualité secouée. La crise sanitaire a paradoxalement réveillé les rêves enfouis. Ces rêves n’empêchent pas d’être lucide : la précarité menace plus que jamais. Selon le Bureau des statistiques du Ministère des Affaires Intérieures et des Communications du Japon, plus d’un million de femmes entre 24 et 34 ans exerçaient un baito (petit boulot, emploi précaire) en 2020. Les hommes de la même tranche d’âge sont à peine 380 000. Si les jeunes employées rejoignent, et dépassent légèrement les hommes (en moyenne, 270 000, contre 220 000 hommes), l’addition de toutes les formes de contrats irréguliers montre que les femmes sont globalement plus exposées que les hommes à la précarité.

C’est peut-être pour cette raison que Chazawa, salariée de Shiro, fustige le projet de Kaoru. Pour elle, c’est à cause de gens comme Kaoru que les femmes sont prises de haut. Ici, Mari Okazaki fait se confronter plusieurs visions : Chazawa, tête sur les épaules, est la femme indépendante et responsable. Miyuki et ses idées arrêtées : « se caser avec un homme, c’est le plus important pour une femme…» joue presque les fatalistes. L’on sent que Kaoru, même si elle croit en son projet, hésite : « en tant que femme, je ne donne peut-être pas la priorité aux bonnes choses » Mais qu’est-ce qu’être une femme ? Et quelles sont « ces priorités » qui seraient dévolues aux femmes ?

Un mot sur les personnages masculins : à l’hôpital, ce sont des médecins renommés, les femmes étant “reléguées” au rang d’infirmières… avec tous les préjugés et toutes les injustices que cela implique. Même si la population se féminise lentement, le domaine médical japonais reste encore largement masculin. Mari Okazaki a-t-elle voulu coller à la réalité ? J’avoue : mon côté girl power aurait apprécié des médecins femmes et des infirmiers. On en verra peut-être dans les prochains tomes. La mangaka a peut-être voulu jouer sur les paradoxes : ses hommes médecins ne sont doués que pour leur métier. Ils ont une personnalité exécrable et des comportements sexistes. L’un deux semble cependant cacher un lourd secret. C’est justement ce secret que Kaoru découvre. Elle qui commence une nouvelle vie d’entrepreneuse n’avait peut-être pas besoin de ces révélations. Désormais, rien ne sera plus comme avant.

J’ai bien aimé ce premier tome. Il nous dépeint la terrible vérité du monde médical, où les soignants sont perçus tantôt, comme les instruments du miracle, tantôt comme des objets de malédiction. On le voit avec cette crise sanitaire qui n’en finit plus de prendre des vies et de bouleverser des destinées. Kaoru essaye courageusement de construire son monde, havre de paix pour elle, et pour toutes les femmes soumises aux injustices du quotidien. Le tome 2 est sorti le 21 mai dernier. J’ai hâte de le découvrir ! Et toi, serais-tu prêt-e à te lancer dans un nouveau projet pro malgré la crise ?

Plus

L'audace de Kaoru
Shiro est touchant !
Chazawa, girl boss

Moins

La vision de Miyuki : sérieux, meuf !
Le sexisme ambiant à l'hôpital

Note de l'auteur(e)
 
Scénario
8.5

 
Personnages
8.0

 
Dessins
7.0

Note du rédacteur
8.0

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Scénario

 
Personnages

 
Dessins

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  • 1 juin 2021 à 11:41

    & – And est un manga que j’ai découvert il y a quelques années et que je rêvais secrètement de voir un jour licencié. J’avais perdu espoir car Mari Okazaki n’a pas spécialement marché il y a dix ans en arrière. Comme quoi il faut toujours y croire !

    Je ne sais plus où je m’en étais arrêtée dans ma lecture mais c’était bien avant la fin du premier tome. J’avais beaucoup aimé le début, pour son univers très mystérieux et poétique comme Mari Okazaki sait le faire ! ♥

    Je recopie mon avis laissé sur le forum (rip) à l’époque ^^

    And c’est donc l’histoire d’une fille sans but ni vraie passion dans la vie, qui déteste être touchée mais qui soudainement se découvre l’envie d’ouvrir un salon de manucure. On arrive vraiment bien à ressentir son esprit détaché et presque totalement blasé : Kaoru a des yeux inexpressifs, elle reste très vague dans ses phrases au départ et abandonne assez vite à la moindre difficulté. On sent donc de manière rapide à qui on a à faire rien qu’en regardant ses expressions et ce qu’elle dit. L’auteure profite du caractère de son personnage pour faire durer le suspense.

    En effet, au départ, on ne sait pas trop ce que recherche cette jeune femme. Et quand Shiro (le kôhai) lui demande ce qu’elle fait, elle répond qu’elle cherche quelque chose. Vague n’est-il pas ? Après elle entre un peu plus dans le détail mais reste assez évasive : pourquoi souhaite-t-elle ouvrir son business ? Dans quel domaine d’activité désire-t-elle prospérer ? Pourquoi conserve-t-elle sa profession de secrétaire médicale ? Autant de questions que l’on se pose devant ce projet. C’est aussi ce que j’apprécie : on entre doucement dans l’univers de cette jeune femme, dans son histoire également, à la manière d’un spectateur, qui découvre au fur et à mesure les informations concernant les protagonistes.

    D’ailleurs, à ma première lecture, je me suis sentie légèrement perdue. Après ça a été rapidement mieux car si le premier chapitre est plutôt difficile à aborder, la suite devient bien plus claire. On entre véritablement dans l’histoire avec l’apparition du médecin à la fin du premier chapitre.

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    • 6 juin 2021 à 18:08

      Oui, tout à fait ! Ton commentaire de l’époque, c’est pile ça.

      Kaoru est volontaire est c’est très bien, mais en même temps, elle semble comme nager entre deux eaux. Elle est très actuelle, en fait; beaucoup de femmes et d’hommes vivent, font des choses, “comme ça”, car il faut les faire. A-t-on seulement le droit de rêver, en ces temps de crise ? Rêver pour quoi faire ? Peut-être que, justement, Kaoru est-être trop vague, imprécise… humaine, en somme.

      J’ai envie de savoir ce quelle route elle va choisir 🙂 et puis, la série est en 8 tomes. C’est parfait pour moi n_n.

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Scénario

Personnages

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