Chroniques manga
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Sayonara miniskirt tomes 1 et 2

par le 27 juillet 2021
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Dernière série de la mangaka Aoi Makino, Sayonara miniskirt est un shôjo paru aux éditions Soleil Manga. Les deux premiers volumes disponibles promettent un récit qui fait réfléchir, en abordant des thèmes importants, comme celui de la place de la femme au sein de la société.

Leader pétillante du groupe Pure Club, Karen Amamiya est victime d’une agression au couteau lors d’une séance de poignées de mains. Quelques mois plus tard, nous la retrouvons dans une ville et un collège différents sous le nom de Nina Kamiyama. Souhaitant se faire discrète car le coupable court toujours, elle a décidé de revêtir l’uniforme masculin.

Très vite, elle attire l’attention de Hikaru qui semble noter en elle une grande détresse. C’est alors que progressivement, la jeune fille va sortir de sa réserve pour interagir davantage avec ses autres camarades. Mais la menace qui pèse sur elle n’est pour le moment pas écartée… Qui est son agresseur ? Pourquoi a-t-il voulu s’en prendre à elle ?

Avant toute chose, je tiens à préciser que cette lecture – et sa chronique par extension – m’a donné l’occasion d’extrapoler divers sujets. Je ne prétends pas que l’autrice les avait en tête ou ne les avait pas lors du développement de son scénario. Mais je tenais à souligner les réflexions que ce manga m’a apportées.

Le traitement juste d’un traumatisme et ses conséquences

Sayonara miniskirt est un shôjo qui parle avec beaucoup de finesse d’un traumatisme ainsi que ses conséquences sur la victime. Nina a subi une agression qui lui laisse des séquelles tant au niveau physique que psychologique. D’un point de vue physique, on aperçoit à de nombreuses reprises la cicatrice qu’elle porte à l’avant-bras ; celle-ci étant de taille conséquente.

D’un point de vue psychologique, Nina finit par arrêter sa carrière, change de nom, porte l’uniforme masculin et choisit de se renfermer. Elle essaye à tout prix de ne pas attirer l’attention en supprimant tout aspect considéré comme féminin (la longueur des cheveux, les jupes, la délicatesse, etc.).

Le manga d’Aoi Makino s’attarde sur la reconstruction – loin d’être évidente – de cette héroïne. Plusieurs mois après son attaque, elle reste très méfiante envers les autres et préfère ne pas s’associer à eux. L’effroi qu’elle ressent lorsqu’elle est prise par surprise est très palpable. C’est ce qui rend son mal-être encore plus vraisemblable.

De plus, renoncer à son rêve le plus cher la pousse à revoir sa conception de la vie. Depuis toute petite, elle souhaitait devenir idol car ce sont des personnes qui apportent du bonheur aux autres. Elle ne s’imaginait que par le biais de ce prisme tout comme le rôle qu’elle se forçait à incarner. Ainsi, pour elle, un(e) idol se doit de toujours sourire, se donner à 100 % pour faire plaisir au public – quelles que soient les conséquences – et bien sûr, ne pas montrer d’émotions négatives. En somme, un(e) idol ne s’appartient pas. Forcément, réapprendre à s’approprier ses ressentis, dévoiler sa colère ou ses faiblesses, n’est pas une chose facile pour elle. C’est tout un pan de sa personnalité qu’elle ignorait jusqu’à présent et qu’il lui faut réinvestir.

Pour avoir suivi l’univers k-pop de près, en tant que fan d’un groupe, j’y vois de nombreuses similitudes. Certains fans ont des comportements très possessifs et extrêmes. Ils ne veulent notamment pas que leur star préférée sorte avec quelqu’un, puisqu’elle est censée appartenir aux fans. Je suis quasiment sûre que la même chose existe aussi dans la j-pop.

Planche du tome 2 de Sayonara miniskirt : Karen lit des commentaires de fans

La vie d’une idol : s’exposer aux commentaires des fans tout en gardant le sourire

Naturellement, les idol sont des produits issus d’un marketing bien ficelé et forment une sorte d’usine à rêves pour de nombreux jeunes, qui ne voient pas l’envers du décor, d’un côté. De l’autre, le public ne remarque pas les sacrifices que ces jeunes gens doivent faire pour atteindre leur but. Derrière ces personnes, à qui on demande de toujours être dans la performance, se cachent des êtres humains, avec leurs failles et leurs doutes.

Une critique de la banalisation des violences faites aux femmes

La question de la minijupe et sa vision comme vêtement sexy servant à satisfaire le regard des hommes apparaissent très tôt dans l’histoire. En effet, dès la première page, les filles du groupe Pure Club s’en servent comme phrase d’accroche : « Nous sommes le meilleur groupe de d’idols en minijupe… le Pure Club ». On voit ici très clairement l’argument marketing et la volonté de plaire à un segment spécifique du public. Il est presque intéressant de voir le contraste entre le terme « Pure » et la connotation de la mini-jupe dans la société, qui n’est pas spécialement vue comme si innocente que ça…

Là où le manga joue un rôle intéressant, c’est dans la confrontation des idées et surtout la critique de la banalisation des violences faites aux femmes. Il y a notamment deux points de vue qui s’affrontent. D’un côté, si une fille se fait agresser, c’est qu’elle l’a cherché. Elle n’avait pas qu’à s’habiller de cette manière. Les réactions de certains camarades de classe de Nina sont très virulentes à ce sujet et m’ont bien énervée. Le summum de la violence provient d’un garçon qui déclare presque envier l’agresseur. Culture du viol, bonjour.

Sayonara miniskirt : planche du tome 1 Nina attrape un camarade par la cravate

La violence des propos d’un camarade de Nina la fait réagir (et je la comprends)

De l’autre, on voit bien que leurs paroles dérangent et jettent un malaise. Les réponses de quelques filles restent timorées et souvent interrompues (visuellement, les bulles de dialogues sont moins grosses) par rapport aux phrases virulentes de certains garçons (en gras et prenant plus de place dans les cases). C’est notamment ce qui fait réagir notre héroïne. Elle s’énerve car elle n’accepte pas que de tels propos, aussi immondes, puissent être prononcés. Ça fait du bien de voir ça ! Donc non, comme Nina le dit, les filles ne portent pas tel type de vêtement pour plaire aux garçons dans ce genre (Je dirais même, que le port de telle ou telle tenue n’a pas spécialement vocation à plaire). Non, le vêtement ne justifie pas une agression. Non, les filles ne rêvent pas de se faire agresser en portant une minijupe.

Ainsi, Sayonara miniskirt fait autant réfléchir qu’il peut déranger. De mon côté, c’est ce que j’ai ressenti, surtout vis-à-vis de certains propos qui m’ont fait bondir. On se confronte alors à notre propre vision de la question.

D’ailleurs, la violence est l’élément clé de ce récit. Elle se présente sous un jour physique, à travers les agressions répétées des personnages – féminins – de l’histoire. Elle est aussi verbale par le biais de paroles misogynes et dénuées d’empathie, qui légitiment les comportements agressifs et posent la culpabilité du côté de la victime.

Une atmosphère lourde où plane le mystère

À cette ambiance assez violente s’ajoute beaucoup de mystère. Une atmosphère d’insécurité transparaît rapidement, évidente d’une part et plus pernicieuse d’autre part. La première situation dangereuse concerne l’ensemble des collégiennes puisqu’un détraqué s’en est pris à certaines d’entre elles dans un autre établissement. Il est alors conseillé aux filles de ne pas rentrer seules ni de faire de détours. À ce titre, les activités en club sont suspendues.

La deuxième arrive en toile de fond, ne se révélant pas dans l’immédiat. En effet, l’identité de l’agresseur n’a pas été dévoilée. Personne ne sait ni qui il est ni les raisons qui se cachent derrière son geste. Sa menace continue de planer autour de Nina.

Autant dans le premier tome, son danger n’apparaît pas tout de suite puisqu’on se concentre sur la reconstruction de Nina, son adaptation à son nouvel environnement. Autant dans le second volume, sa présence est plus importante. On le voit agir dans l’ombre, toujours à visage caché et il semble avoir une stratégie bien précise pour faire souffrir le plus possible la jeune fille. Le pire est à venir puisque l’assaillant est parvenu à la retrouver dans sa nouvelle vie…

Le premier tome se termine sur un mystère qu’on espère voir résolu dans le suivant : heureusement c’est le cas ! Souhaitant garder cette chronique abordable si tu ne connais pas la série, je n’en dévoilerai pas plus.

Le deuxième volume apporte donc quelques réponses aux questions laissées en suspens précédemment. Il élimine notamment une piste, quant à l’identité possible de l’agresseur pour en ouvrir de nouvelles. On ne sait toujours pas qui c’est, ce qui est frustrant ! Mais cela participe à conserver le suspense, pour mieux nous tenir en haleine et ne pas nous faire oublier le propos principal du manga.

Au-delà de la romance qui paraît se dessiner, il y a un véritable danger qui court. Et ça, il ne faut pas l’occulter ; c’en est glaçant ! L’auteure et ce personnage malveillant nous le font clairement comprendre : le plan pour s’attaquer de nouveau à Nina est bien ficelé et s’avère d’autant plus prémédité. J’avais évidemment mes doutes en lisant le début, mais c’est désormais parfaitement établi.

Des personnages qui ne me laissent pas indifférente

Au cours de ces deux tomes, Aoi Makino nous dépeint des protagonistes que j’apprécie déjà et d’autres, surtout une, qui m’exaspèrent horriblement. Dans tous les cas, ils ne me laissent pas indifférente ! J’ai choisi de mettre l’accent sur trois d’entre eux.

Commençons par Nina Kamiyama, l’héroïne de cette histoire poignante. Au début, elle paraît très dure dans ses rapports avec les autres, montrant un regard sombre et une attitude plutôt agressive.

Lorsqu’elle était leader du groupe Pure Club, c’était une jeune fille joyeuse et extrêmement positive. Ses amies, également membres du groupe, la trouvaient presque inhumaine. Depuis, elle est devenue beaucoup plus renfermée. Ne souhaitant pas attirer l’attention, elle fait tout pour se fondre dans la masse. On comprend son besoin de rester à distance des autres au fur et à mesure que l’histoire avance.

Elle prend cependant davantage confiance en elle et exprime plus facilement ce qu’elle ressent. Le traumatisme reste, mais elle avance petit à petit dans sa reconstruction ; ce qui fait grandement plaisir. La présence de ses amies y est pour quelque chose. Elles la soutiennent, tout en n’hésitant pas à lui faire prendre conscience de certaines choses. J’adore la complicité qui les unit toutes : on sent qu’elles se préoccupent sincèrement d’elle.

Elle doit également son ouverture à une autre personne : Hikaru, un jeune garçon assez populaire et membre du club de judo. Il ne semble pas spécialement s’intéresser aux nombreuses filles qui lui tournent autour. Par contre, Nina l’intrigue presque immédiatement. Il partage une souffrance, non pas identique, mais qui lui permet de comprendre les actions de sa camarade. Ils se rapprochent et se lient d’amitié, ce qui permet à la jeune fille de sortir de sa carapace.

Même si je l’aime bien, je ne peux pas m’empêcher de ressentir une certaine part d’ombre émanant de lui. Pour l’instant, nous ne savons de lui que ce qu’il veut bien nous dire. J’attends davantage de scènes pour en apprendre plus le concernant.

Enfin, à l’opposé de Nina, nous avons un autre personnage féminin qui se détache : il s’agit de Miku. Elle semble incarner l’idéal masculin d’une certaine façon : mignonne, attentionnée avec une peau blanche et une taille fine. Ce n’est pas moi qui le dis, mais d’autres personnages qui le rapportent. Sa manière de minauder ainsi que ses réflexions m’énervent au plus haut point. J’espère que l’auteure nous permettra de la voir sous un jour différent car elle me hérisse le poil pour le moment !

Avec ces deux premiers tomes, Aoi Makino pose les bases de son histoire, ouvrant la réflexion. En mêlant mystère et reconstruction après un traumatisme, Sayonara miniskirt s’annonce comme un récit captivant, qui ne laisse pas indifférent.

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Note de l'auteur(e)
 
Scénario
9.0

 
Personnages
8.5

 
Dessins
9.0

Note du rédacteur
8.8

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Scénario

 
Personnages

 
Dessins

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Merci à Soleil Manga pour l'envoi du tome 2 en service presse.
Crédits images : SAYONARA MINI SKIRT © 2018 by Aoi Makino (SHUEISHA, Japan)

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Scénario

Personnages

Dessins