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Furi Fura : et le dieu parent chutera

par le 19 novembre 2021
 

Et me revoilà avec un autre article sur Io Sakisaka et l’une de ses œuvres. Ici, c’est de la dernière en date, au doux titre à rallonge (Love, be loved, Leave, be left), dont je te vais parler pour ton plus grand plaisir, je le sais !
Je l’ai lu d’une traite, comme Blue Spring Ride, et encore une fois l’autrice a réussi à me faire réfléchir à certaines thématiques. Bravo Sakisaka-sama !

Encore une fois je ne prétends pas parler en son nom, tout comme je n’affirme pas avoir compris mieux que quiconque son manga. Cette réflexion est tirée de ma sensibilité personnelle teinté de mon expérience de vie, tout autant personnelle que la première.

Car en me plongeant dans l’histoire de Furi Fura (que je nommerai comme cela tout au long de mon écrit), je me suis reconnue dans certains aspects tandis que d’autres m’ont questionnée. 

Attention : l’article révèle de nombreux éléments qui constituent des spoilers.

Io Sakisaka maîtrise ses personnages, elle leur donne une véritable âme qui permet à son lectorat de se projeter, de s’identifier à eux. Dans Furi Fura, elle a choisi d’en faire évoluer 4 principaux bien différents les uns des autres. Ce qui, au premier abord, ressemble à un challenge quasiment impossible du fait du nombre de tomes (12, tous parus chez les éditions Kana) se trouve finalement bien ficelé. 

Pour comprendre au mieux mon propos, je recommande d’avoir déjà lu Love, be loved, Leave, be left.

Pour tout t’avouer j’ai relu deux fois la série. Lors de ma première lecture, je n’avais pas forcément saisi la profondeur des personnages et me retrouvais assez dépitée devant autant d’amour dégoulinant.

Car il faut bien s’avouer que Furi Fura est presque une ode à l’amour : déclaration, rejet, admiration, tristesse, toutes les situations qui touchent de près ou de loin à ce sentiment sont exploitées. Pour moi, dans cette série, c’est autant une force qu’une faiblesse, puisqu’à force de lire des pages entières dissertant d’amour, on lève à un moment les yeux au ciel et on ressent l’envie d’abréger. 

Pourtant, lors de ma deuxième lecture, j’ai fait le vide dans mon esprit. Prendre davantage mon temps m’a permis de m’immerger pleinement dans le quotidien d’Akari, Yuna, Rio et Kazu et ainsi de saisir des notions centrales développées dans l’œuvre.

Et qui dit quotidien dit relations familiales, et il s’agit d’une assez forte thématique au cœur de la narration de Furi Fura. À tel point qu’elle m’a interpellée et m’a fait poser le questionnement suivant : à quel moment la parentalité est-elle synonyme de toute-puissance ? Pourquoi peut-on dire que les parents dépeints dans Furi Fura ont-ils des comportements toxiques ?

Je surveille tes bonnes mœurs

Premier arrêt sur le chemin de cette parentalité que je remets en question : la mère d’Akari aka la belle-mère de Rio. C’est dès le premier tome que le personnage fait son entrée. On en apprend rapidement sur elle puisque Akari révèle à Yuna dès leur rencontre qu’elle a déjà déménagé plusieurs fois, changeant toujours d’école. Plus loin, on découvre avec surprise qu’elle a même porté des noms de famille différents, à chaque nouvelle union célébrée de sa mère. J’avoue que cet aspect m’a fait tiquer : est-ce commun au Japon de porter d’office le nom de l’homme avec qui sa mère se remarie ? 

Akari révèle à Yuna son parcours.

Personnellement, je trouve qu’il s’agit tout de même d’une violence inouïe pour Akari. Pour elle, c’est une nouvelle identité qu’il faut se réapproprier à chaque fois. D’autant plus que les choses ne sont pas simples dans le quotidien de la jeune fille puisqu’elle doit porter un fardeau bien lourd : supporter la paranoïa de sa mère. Cette dernière s’est remariée avec le père de Rio, faisant de nos deux jeunes lycéens des quasi frères et sœurs du jour au lendemain.

Pointés du doigt par les autres élèves de leur collège, Akari et Rio doivent faire ainsi face au regard des autres qui les jugent et colportent des horreurs : « ils vivent ensemble, c’est tellement étrange, ils ne sont même pas frères et sœurs de sang… Alors sont-ils peut-être plus que ça ? ». Ajoutée à ceci l’atmosphère pesante de la maison et on a un bon combo malsain pour les deux ados qui ne savent plus comment se comporter l’un avec l’autre.

J’ai trouvé la mère d’Akari assez égoïste. Elle a toujours imposé à sa fille ses choix de vie sans lui donner la possibilité de s’exprimer : jouer « la fille compréhensive » devient rapidement naturel pour une Akari qui ne bronche jamais.

Jouer à la fille compréhensive pour sauver les meubles.

En réfléchissant un peu plus sur Akari et ses mécaniques de comportement, je me suis alors demandé si cela n’était pas également dû à celui de sa mère ? En effet, on apprend dans le manga, que celle-ci ne s’excuse jamais même lorsqu’elle est en tort. Elle préfère bouder, rester dans son coin plutôt que de régler le différend par la parole.

La mère d’Akari fonctionne ainsi avec son mari et tout part en vrille. Ainsi, Rio et Akari subissent pendant un long moment leur dispute, même durant le soir de Noël où la jeune fille se retrouve toute seule, ses parents ne rentrant pas à la maison. Sûrement pour éviter de se croiser et de passer du temps ensemble.

Ainsi, Akari n’a que ce modèle depuis qu’elle est petite, difficile alors d’en sortir et de réagir autrement. C’est d’ailleurs ce qu’elle explique à Yuna au début du récit lorsque celle-ci souhaite que son amie lui parle de ses moments de tristesse et de doute.

Elle ne sait pas comment faire, puisque personne ne lui a jamais appris, jamais montré. Sans qu’Io Sakisaka s’épanche sur le passé de la jeune fille, on ne peut que deviner que les précédentes relations de sa mère se sont peut-être terminées à cause de cette non-communication de la part de sa mère.

Akari ne sait pas comment exprimer ses sentiments.

Alors, c’est dans ce contexte un peu particulier qu’Akari doit composer. La jeune fille adapte son comportement pour que tout se passe bien au sein de cette nouvelle famille qu’elle ne veut pas voir se déchirer. Avec Rio c’est compliqué. Leur passif fait qu’ils marchent sur des œufs, les non-dits s’étant accumulés autour d’eux : Rio était amoureux d’Akari au collège et comptait lui faire sa déclaration le jour même de la rencontre des deux familles.

Alors, plutôt que de clarifier la situation dès le départ, les deux jeunes gens font semblant que rien ne s’est passé. Rio est persuadé qu’Akari n’a jamais reçu son message vocal tandis que la jeune fille lutte avec son mensonge qu’elle ne peut pas défaire pour le bien de tous. Il lui faut se taire, ne rien dire pour protéger l’équilibre d’une famille qui peine à la trouver

Être une famille n’est pas inné. Une famille se construit. Pour Rio et Akari, qui ne sont que des enfants aux yeux de leurs parents, il faut accepter sans broncher. Bien qu’aucun des deux n’avait demandé cette situation au départ, ils doivent faire des efforts.

Malgré tout, ce qui m’a largement dérangée dans cette cellule familiale réside dans le comportement suspicieux de la mère d’Akari à l’égard de Rio. Outre le fait que je trouve ça profondément injuste, je pense qu’il s’agit d’un bon exemple dans l’idée qu’être une famille… eh bien, c’est du travail.

Complètement inquiète et stressée à l’idée que Rio tente quelque chose au-delà de la morale avec Akari, sa mère est omniprésente : elle rentre le plus tôt possible, fouille visiblement dans la chambre de son beau-fils et se permet même de faire irruption dans la chambre de Rio, complètement affolée.

Ambiante pesante et suspicieuse chez les Yamamoto.

D’ailleurs, cela m’a fait doucement rire. Rio est celui qu’on suspecte en permanence de vouloir aller plus loin et de ce fait, la mère d’Akari s’est donné une mission quasi divine : celle de protéger les bonnes mœurs de sa fille dans le but que celle-ci ne se retrouve pas dans une situation compromettante. Mais je me suis dit : et pourquoi pas le contraire au final ?

En pointant du doigt la faute prétendue du garçon, je trouve qu’on banalise l’innocence prétendue / fantasmée de la jeune fille. Eh bien oui, pourquoi cela ne serait pas Akari qui aurait envie de sauter sur Rio à la première occasion ? Sans rire. 

Faut-il donc fliquer les enfants pour s’assurer que la famille se construise ? Et cela serait-il si problématique dans le cas où Akari et Rio soient amoureux l’un de l’autre ? Légalement, ils ne sont pas du même sang, même si cela était problématique d’un point de vue moral, il n’y a pas non plus mort d’homme. Sauf que, pour la mère d’Akari, il faut contrôler toute potentialité, et c’est là où clairement rien ne va.

Rio doit subir les lubies d’une belle-mère envahissante, qui n’a clairement pas confiance en lui et qui doute de ses bonnes attentions. Rajouté à cela un père largement aux abonnés absents et vous avez le quotidien que doit vivre l’adolescent au sein de cette nouvelle « famille ». Préserver son idéalisation d’une vie de famille au détriment de ses enfants, c’est nul. D’autant plus que personne n’est honnête et rien n’est clarifié, de fait, la famille ne se construit pas. 

Je sais ce qui est bon pour toi

Second arrêt dans le domaine du « dieu parent » : la famille Inui, bel exemple de tout ce qui n’est pas à faire. Alors oui, évidemment, je n’ai pas d’enfants moi-même, je ne me rends pas compte de ce que cela peut signifier en terme d’éducation, d’énergie, mais je sais surtout que je ne veux pas devenir un parent pareil !

Souvent dans l’imagination collective, être un adulte veut forcément dire qu’on a raison, qu’on connaît mieux la vie que celui ou celle qui est plus jeune que nous. Les parents ne font pas exception à la règle : autant il est de leur devoir de guider leur enfant vers un droit chemin, autant ils n’ont pas à décider de leur avenir à leur place

Kazuomi dévoile son rêve qu’il n’ose formuler.

Kazu a une passion : le cinéma. C’est ce qui l’anime, le fait rêver et lui donne envie de donner le meilleur de lui-même. Le cinéma est également une échappatoire, un moyen d’échapper à la réalité de son quotidien : suite à la décision de son grand frère de quitter son école, ses parents lui mettent désormais davantage la pression.

« Toi tu ne peux pas nous décevoir, toi tu dois rester dans le droit chemin que l’on a tracé, toi tu dois correspondre à l’image que l’on s’est faite de toi dès qu’on a appris que tu allais venir au monde. »

Incapables d’imaginer que leur enfant puisse avoir d’autres idées que la leur, ils poussent Kazu à donner toujours le meilleur de lui-même. Ne pas trop penser à son rêve, c’est une dure réalité pour l’adolescent qui se résigne à courber l’échine. Peut-être n’avait-il jamais été confronté à une autre vision que la sienne ? Car ce sont ces discussions avec Akari qui l’amènent progressivement à remettre en question le monde qu’il s’est érigé selon le modèle parental. 

Sôta voit clair dans le jeu de son petit frère.

Pour garder le change et ne pas donner de trop grands espoirs à ses parents, Kazu s’oblige à rester un élève moyen au lycée. Pour lui, il ne faut pas avoir de bonnes notes, puisque cette situation lui amènera bien plus d’angoisses qu’il ne peut le supporter.

Piégé à la maison entre des parents qui se rejettent la faute l’un sur l’autre quant à l’échec de leur premier enfant, Kazu lui-même se place en opposition avec ce grand frère qui n’en a fait qu’à sa tête. Trop de pression, ce dernier a craqué et a décidé de suivre sa voie : rien de répréhensible, choix de vie que je comprends tout à fait. Mais lorsque cela met tant à mal l’unité d’une famille, qu’est-ce que cela signifie ? 

Finalement, le modèle familial de Kazu s’effrite avec la décision de son aîné, et les parents se déchirent. Comme si tout reposait sur la réussite des enfants. Rien d’étonnant non plus lorsque l’on sait que le Japon est un pays strict où certains élèves suivent des cours particuliers pour rentrer dans les meilleures universités. Souvent, en tant que Français·e, on peut pointer du doigt ce modèle scolaire, et cette recherche à tout prix de l’excellence…

Mais notre société ne favorise-t-elle pas ce même modèle de réussite ? Ne dénigrons-nous pas certaines filières, certaines formations ? Ne dit-on pas aux enfants d’être sages à l’école, d’être bons dans les matières principales à défaut de les pousser à s’épanouir ? Encore une fois, je ne juge pas. Nous sommes aussi des produits de la société, et il est encore bien trop difficile de s’épanouir comme on le souhaiterait si notre projet sort un peu des clous de ce qui est privilégié.

Ressentiments familiaux pour Kazuomi.

Dans le cas des parents de Kazu, cela est symbolisé dans l’extrême. Inquiets, ils ne veulent pas que leur deuxième garçon leur échappe et qu’il ne suive pas le chemin qui est tout tracé devant lui. Tout est pensé pour. La décision de Sôta, le grand frère, est constamment pointée du doigt, constamment rabaissée. Kazu est également victime de ce schéma de pensée et dénigre son frère : il ne réussira pas, c’est certain. Tout est joué d’avance dans un monde qui n’accepte pas que l’on sorte de la masse. 

Égoïstement, le couple Inui ne se rend pas compte qu’il fait peser sur Kazu l’équilibre précaire de la famille. Car celui-ci se sacrifie véritablement pour des parents qui n’ont pas véritablement de considération à son égard. Preuve en est qu’ils jettent, un jour, toute sa collection de DVD alors que la graine de folie émerge dans son cerveau à lui aussi.

Incroyable. J’étais estomaquée durant ma lecture et profondément en colère. Outre l’aspect financier que cela représente (sérieusement quel gâchis ! Kazu achète des Blu-ray en plus), je m’insurgeais : comment est-il possible que ses propres parents se permettent de rayer une partie de sa vie de cette façon ? 

Akari ne comprend pas : quel est le souci d’avoir un rêve ?

Ce geste est fort symboliquement dans Furi Fura. Tout comme les parents de Rio et Akari, ceux de Kazuomi sont incapables de communiquer avec leurs enfants. Déjà entre eux, cette communication est brouillée : ils passent leur temps à se reprocher la même chose en boucle.

Comme s’il fallait absolument un coupable dans cette situation. Alors quel est le plus mauvais parent entre les deux ? La mère qui a trop couvé son fils ou le père qui lui en a trop demandé ? Et au milieu se trouve un Kazu démuni, qui ne rêve que d’une famille « normale », qui ne doit pas faire de vagues.

Dans ce contexte, pas étonnant que le jeune adolescent ait du mal se mettre à genoux pour implorer son père de l’écouter, rien qu’une fois. Et je ne peux que me demander : à quel moment être parent devient un fardeau ? La parentalité est-elle forcément synonyme d’épreuve de force ?

Je me dois de te donner mon avis

Dernière étape dans cette réflexion autour de la parentalité toxique (j’adore ce mot) : le papa de Yuna. Alors oui, je sais c’est difficile à imaginer sachant que Yuna a probablement la famille la plus idéalisée dans notre mentalité : sa mère a l’air super gentille, accueillant son petit ami les bras ouverts et s’amusant avec eux de leur rencontre. Jusque là tout va bien et je suis la première à être attendrie devant tant d’amour. 

Rio et Yuna sont suivis…

Pourtant. Pourtant, je commence à m’inquiéter pour mon petit couple préféré (j’avoue) lorsqu’il croise plusieurs fois la même voisine durant leur sortie en amoureux. Et qu’apprends-je, lorsque celle-ci se trouve être désignée comme une véritable commère ?! Faut bien s’occuper comme on peut dans la vie visiblement.

Mon aversion pour ce personnage se confirme à l’instant où je la vois discuter de Rio et Yuna avec d’autres femmes vivant dans l’immeuble. Alalah, ne trouvez-vous que le garçon est un peu étrange ? Faut dire qu’il n’est là que depuis une petite année… Pouvons-nous lui faire confiance et lui confier une si innocente jeune fille ? 

Rah encore une fois je hurle intérieurement. Comme pour Akari, Yuna est directement cataloguée comme une petite chose à protéger qui, évidemment, serait celle qui se fait avoir. La vieille commère insiste et dit qu’elle les a vus se faire des câlins dans la rue. Ohalalah que c’est grave (roulement d’yeux exaspérés).

Néanmoins, si pour nous, Français·e, cela nous paraît exagéré, cela est loin d’être le cas au Japon. En effet, je ne sais pas si tu le sais, mais là-bas il se dit qu’il est mal vu de s’embrasser dans la rue… Je ne sais pas si cet aspect est encore véridique aujourd’hui mais c’est peut-être cette mentalité qu’a voulu retranscrire Io Sakisaka dans cette partie de son manga. 

Commérages devant la porte d’entrée. Yeees.

Les deux adolescents sont gênés. Rio ne veut surtout pas que cela attriste Yuna ou que cela lui porte atteinte en quoique ce soit. Ici, j’avoue que j’ai du mal avec l’aspect « il faut sauver la bonne réputation » de la jeune fille. Pour moi, cela sous-entend qu’elle n’a pas une part de décision dans cette situation, qu’elle ne fait que la subir sans qu’elle puisse en être l’investigatrice.

Ce qui me fait grincer des dents c’est finalement que Yuna n’est pas l’égale de Rio. Je sais que c’est sociétal, que cela soit au Japon ou ailleurs, même en France, c’est encore terriblement intériorisé. Difficile de se déconstruire alors qu’on gobe depuis des siècles cette idée que la femme ne doit pas s’égarer du « droit chemin » et qu’elle ne doit pas donner au « premier venu » la seule chose de valeur qu’elle possède dès sa naissance : sa pureté, sa virginité. 

Peut-être que tu vas trouver cette réflexion tirée par les cheveux mais c’est à quoi cela me fait penser. On banalise le fait que c’est Rio qui pourrait la compromettre et non l’inverse, puisqu’on pense en terme de virginité et d’innocence. Même situation que pour la mère d’Akari.

D’autant plus que Yuna est vraiment présentée comme une ingénue depuis le début de Furi Fura : la première image qu’on avait d’elle était celle d’une fille qui ne relevait jamais la tête, bien trop timide pour oser regarder quelqu’un dans les yeux. D’emblée Yuna apparaît comme une fille fragile, qu’il faut protéger coûte que coûte si on ne veut pas qu’elle se brise. Contrairement à Akari qui a plus d’expérience, qui semble avoir confiance en elle… 

Papa Ichihara souhaite parler avec Rio.

Mais alors qui est le plus à même de défendre cette idée d’une Yuna toujours aussi timide et frêle telle une agnelle ? À part son petit ami ? Eh bien je te le donne dans le mille : son père.

D’ailleurs, après réflexion, qu’il est « étonnant » de voir que ce sont les pères qui détiennent le pouvoir décisionnaire dans la série (société patriarquoi ?) : la famille Yamamoto est régie par le travail du père de Rio, lorsque celui-ci est muté, c’est tous ses membres qui doivent théoriquement partir ; c’est le père de Kazu qui accepte le moins la situation de son aîné et c’est à lui que Kazu s’adresse lorsqu’il décide de poursuivre son rêve de cinéma…

Il est donc tout naturel, donc, que le père de Yuna apparaisse à un certain moment pour donner son avis – non sollicité – quant à la relation de sa fille. 

S’engage alors une conversation entre un Rio de 16 ans (il me faut le préciser) et papa Ichihara (de plus de 40 ans très probablement). Concrètement, la voisine à la langue bien pendue crée des soucis au sein de l’immeuble et le père de Yuna est inquiet pour le bien-être de sa fille.

Alors bien sûr il n’a pas de soucis quant au fait que Rio doive prendre très grand soin de Yuna, mais quand même…. pourquoi n’arrive-t-il pas à la protéger davantage ? Et là je hurle.

Vraiment cette scène m’a mise en colère : comment un adulte, un parent qui a la responsabilité de son enfant ose-t-il de façon aussi éhontée transférer cette même responsabilité à un ado de 16 ans ? Comment est-ce seulement envisageable ? À part faire culpabiliser Rio qui essaye déjà de faire son maximum pour Yuna. À part être complètement hors de propos. Papa de Yuna, c’est à TOI de protéger ta fille tant qu’elle est mineure.

Le jour où tu t’affirmeras

Le parent, du moins l’adulte référent, reste l’élément central dans la vie des adolescents. Souvent phare dans la nuit, nos protagonistes commencent le récit dans une position presque enfantine.

Aucun d’entre eux n’ose défier son parent, et garde pour eux toutes leurs émotions et leurs envies. Malgré tout, c’est en se côtoyant intimement et en apprenant à s’ouvrir aux autres que leur regard change et qu’ils deviennent capables de s’affirmer. 

Rio s’affirme et confronte son père.

Oui, nous existons aussi. Il n’y a pas que les parents qui ressentent des choses, et bien trop souvent les aspirations des adolescents ne sont pas prises en compte.

Ainsi, Rio et Akari sont obligés de fuir la maison tôt le matin pour éviter la mauvaise ambiance qui règne : leurs parents se sont disputés et sont bien incapables de se réconcilier, même pour le bien-être de la famille. Alors, ils serrent les dents tout en priant pour que cette dispute prenne fin rapidement. Néanmoins, les choses évoluent de leur côté avant que les adultes n’aient le temps de se remettre en question.

Akari, qui s’était violemment attaquée à sa mère lors de l’épisode « je croyais que tu étais dans la chambre avec Rio, omg » ne sait pas comment réagir devant cette situation, ne voulant pas faire de la peine à sa mère.

À noter que le personnage d’Akari est fort intéressant à analyser, elle qui semble si confiante devient finalement sa propre ennemie et n’arrive pas à avancer. Rio, lui, nage dans le bonheur avec Yuna depuis quelque temps et veut s’éloigner un peu maximum de cette cellule familiale étrange, où il a eu du mal à trouver sa place.

Paradoxalement, grâce à ses discussions avec Yuna et pour le bonheur d’Akari, il décide de prendre les choses en main. Allant attendre son père à la sortie de la gare, il dit les choses, tel un adulte.

Qu’il est impressionnant de voir nos protagonistes évoluer tout au long de Furi Fura. Désormais capable de confronter son père sur ses mauvais choix, le fait qu’il reste bien trop de temps au travail pour fuir le domicile, Rio fait preuve d’une grande maturité.

Construire une famille : final step.

Apprendre à réfléchir par soi-même, évoluer personnellement fait de nous les adultes que nous souhaitons être. Petit à petit, nous quittons le giron parental pour voler de nos propres ailes et prendre nos décisions. Commence ainsi notre vie.

C’est ce qui se passe ici avec Rio dont son amour pour Yuna le pousse à devenir quelqu’un de meilleur, digne de la protéger. Akari, poussée par son envie de changer veut également avancer en exprimant désormais, dès l’instant présent, ce qu’elle ressent.

Finalement, le dernier à l’aider dans cette quête d’elle-même est Rio : ayant pris les devants avec son père, il permet ainsi de provoquer une discussion familiale, bouclant la boucle de la famille Yamamoto. Si c’est Akari qui avait réuni tout le monde dans ce café par un jour de pluie, c’est Rio qui cimente la famille en poussant chacun à s’exprimer et à reconnaître ses erreurs.

Changement de perspective lors d’une partie de chat.

Le travail introspectif se fait également pour Kazu tout au long de la série. Lui qui pointait du doigt l’envie d’être différent, d’avoir des rêves et de tout lâcher pour tenter de les réaliser, le voilà en train de douter… Alors, lorsqu’il apprend que Sôta est parti en Angleterre sans prévenir ses parents, c’est un peu les certitudes qui s’écroulent.

Pourquoi va-t-il aussi loin alors qu’il pourrait très bien suivre ses cours de théâtre au Japon ? Encore une fois Akari a une réponse à lui fournir : et pourquoi pas ? S’il en a la possibilité, qu’est-ce qui l’en empêche ? Font alors écho dans sa tête les paroles de son grand frère : pour moi l’échec n’a pas la même signification que la tienne, et si je ne réussis pas cela m’apporte quelque chose malgré tout. 

« C’est une malédiction. »

Bien trop souvent certains choix peuvent paraître fous, voire complètement insensés pour la majorité. « Partir en voyage juste pour découvrir autre chose ? T’es sûr·e que tu veux pas plutôt faire 2 semaines quelque part ? D’ailleurs… tu devrais pas trouver un boulot ? » J’exagère peut-être mais c’est comme cela que c’est souvent présenté.

Le stress de ce qui est attendu de nous peut nous empêcher de suivre pleinement nos envies, et de réaliser ce que l’on veut réellement au fond de nous-même. Cela crée de la frustration, des regrets et de la souffrance. Kazu était parti pour cette voie là, il voulait se conforter à la vision idéalisée que ses parents avaient de lui, pour ne pas briser l’équilibre familial.

En côtoyant la fratrie Yamamoto, il prend conscience de son erreur. Rio lui reproche de se trouver des excuses, Akari remet sa perspective en question. Et c’est ainsi qu’il peut s’épanouir, avancer.

La plus classe de tout le manga !

Ah Yuna. Personnage avec l’évolution la plus rapide, elle devient une jeune femme qui sait ce qu’elle veut. Le devient-elle vraiment ? Je pense que c’était en elle depuis le début, il lui fallait juste un tout petit peu de confiance pour enfin s’affirmer.

On le voit assez vite dans le manga lorsqu’elle demande à la fille de Seconde 1 de retirer ce qu’elle a dit sur Akari (qui était accusée de draguer le petit ami de celle-ci). Yuna ne lâche pas, ne lâche jamais.

Elle nous montre sa force dans les sentiments qu’elle éprouve envers Rio. Je veux dire : Yuna est impressionnante ! Alors qu’elle sait que son amour pour lui n’est pas réciproque, elle lui fait tout de même une déclaration ! Pour moi, il s’agit d’une grande leçon de la part d’Io Sakisaka : qu’importe comment on peut se percevoir, être en adéquation avec ce qu’on ressent est important. Et apporte la sérénité. 

T’as complètement raison Yuna.

Alors qu’il est beau de voir une Yuna revancharde à la fin de Furi Fura. Et que je la comprends ! Après la fameuse entrevue masculine qui s’est tenue entre son père et Rio, elle retrouve son petit ami le lendemain. La timide Yuna s’est affirmée : non ce n’est pas juste !

Rio n’est pas le seul à devoir porter le blâme de leur comportement en public, et son père n’avait pas à lui dire ça. Et comme une preuve que la maturité adolescente peut surpasser celle, idéalisée, de l’adulte : elle s’excuse à la place de son père.

Car Yuna sait qu’il n’avait pas à mettre tout sur les épaules de Rio. Que cela soit vrai ou non, ils sont un couple, et elle a également sa part de responsabilité. Car elle compte elle aussi. Ma petite déception dans cet arc narratif ? J’aurais tellement aimé voir la scène entre Yuna et son père lorsque celui-ci lui relate sa discussion avec Rio… Qu’il aurait été doux de voir une Yuna s’énerver et remettre son père à sa place ! Cela aurait parfaitement parachevé Furi Fura.

De la même manière, il n’est pas étonnant de voir les personnages d’Io Sakisaka évoluer dès leur entrée en classe de première. Après avoir lu Strobe Edge, je me suis rendue compte de quelque chose qui ne m’avait pas marquée jusqu’à alors : tous ses personnages commencent le récit en seconde. Bon nombre d’aventures leur arrivent et ils deviennent plus matures au fil de leur année, ce n’est qu’à partir de la première que les histoires d’amour se concrétisent et qu’ils affirment autant leur choix que leur personnalité. Coïncidence ? Ou symbolique du passage à l’âge de raison ?

Furi Fura est une belle œuvre. Rétrospectivement, et avec du recul, ce qui marque n’est pas tant les histoires d’amour… mais plutôt les apprentissages de la vie dont sont confrontés Rio, Yuna, Akari et Kazu tout au fil de leur première année de lycée. Ils grandissent au contact des uns et des autres, s’apportent mutuellement, changent grâce à leur personnalité différentes et à leur perspective personnelle de la vie. D’enfants, ils se sont affirmés pour devenir les adultes qu’ils souhaitent être. Ils font leur propre choix.

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