Ces girls next door ne passent pas inaperçues !

Ces girls next door qui ne passent pas inaperçues

En ce 4e jour de la Semaine du Shôjo 2022, gros plan sur ces héroïnes qui n’ont rien en commun avec l’archétype de la fille de shôjo !

Avant d’entrer dans le vif du sujet, une petite mise au point s’impose. Qui sont les « girls next door » ? Bonnes copines (ou pas), elles n’ont, à priori, rien pour être des héroïnes parfaites. Chez elles, point de beauté exacerbée, de perfection mignonne, de mièvrerie et autres artefacts de l’héroïne classique de shôjo manga. De ces « filles d’à côté », l’on voit surtout les défauts, les excentricités, les caractères sortant de l’ordinaire… Et si c’était justement ça qui faisait leur popularité ?

Le gang des asociales

Les salutations intempestives et autres embrassades ne sont pas pour elles. La vraie vie est dans leur appart. Le monde parallèle est dehors : à la supérette (il faut bien se ravitailler pour enchaîner du binge watching otaku), au travail (vive le télétravail !), dans les bruits de quartier (les voisins, quoi)… On les appelle « asociales », « pas sympa », « filles bizarres »… Ces girls next door semblent faire pâle figure devant les héroïnes pétillantes. Mais leurs prétendus défauts ne sont-ils pas aussi des qualités ?

Makio, la trentaine tranquille au fond de son fauteuil personnel, a cessé de se poser la question. L’héroïne d’Entre les lignes est une asociale assumée. Les « êtres vivants » sont un mystère effrayant. Makio ne cherche ni à plaire ni à paraître. La présence humaine pompe son énergie. Malgré cela, on l’apprécie ! Même affection pour nos amies les Amars (Princess Jellyfish), qui, pourtant, fuient tout contact humain. Sauf pour se fournir en goodies otaku. Banba est sans doute la plus téméraire : sa passion des trains la conduit à braver les bipèdes pour profiter de l’ambiance ferroviaire.

Pourquoi on les aime ?

Pour leur franchise déconcertante. Loin de l’hypocrisie qui gangrène les relations humaines, ces girls next door asociales parlent de leur incompréhension du monde en toute honnêteté. On se sent plus en phase avec elles. Pas besoin de fioritures. On peut rester comme on est.

Makio, en pleine confrontation avec un être vivant… [extrait du tome 1 d’Entre les lignes © Tomoko Yamashita/Shodensha]

Le combo des binoclardes

Les personnages à lunettes sont un grand classique du manga. Et chez les girls next door, nos binoclardes ont une place de choix. On les dit bucheuses, effacées, sans style, pas drôles, pas jolies… Et alors ? Faut-il être la reine de la blague pour avoir une crédibilité ? Qui a dit que les lunettes n’étaient pas stylées ? Qu’est-ce que la beauté, d’abord ? Tamako (First job, new life) et Haruhi (Host Club), sont deux héroïnes bien dans leurs lunettes. OK, la seconde porte des lentilles, mais reste une binoclarde dans l’âme. Elle reporte d’ailleurs sa grosse monture de temps en temps, pour un total look « je m’en fiche ».

Haruhi a même une longueur d’avance sur Tamako. Pour notre binoclarde entrant dans le monde du travail, difficile de se faire remarquer. « Pourquoi te faire remarquer ? » lui demanderait Haruhi. « Ta présence sur Terre est déjà une marque bien assez étouffante » rétorquerait Makio. Ces deux héroïnes pourraient faire alliance dans la guilde des « filles blasées ».

Pourquoi on les aime ?

Pour leurs lunettes ! (je plaisante… quoique !) Dans ce monde où de plus en plus de gens portent des lunettes, il est toujours plaisant de voir des héroïnes binoclardes qui assurent. Loin de la prétendue « fille moche à lunettes » qui deviendrait belle en les enlevant, on aime ces filles qui rayonnent avec leurs gros carreaux. Pour briller, il faut avant tout être soi-même.

Quand Tamako essaie de faire mouche, ça fait « prout » (humour de flemmarde, j’assume !) [extrait du tome 1 de First job, new life ! © Nemu Yoko/ Shodensha]

Les reines de la flemme

C’est un autre visage de la girl next door. La flemmarde, ou celle qui rechigne à la moindre tâche qu’elle juge difficile, qui reste dans sa bulle (option chips et mangas à volonté). À première vue, rien de bien ne se dégage des flemmardes. Les plus fainéantes sont même fatiguées de parler (crois-moi, cet exercice m’est parfois bien pénible…) ! On leur reproche leur vie négligée, jusque (parfois) dans l’apparence. On les juge paresseuses, peu motivées, peu motivantes… Ces reines de la procrastination sont pourtant bien attachantes.

Dans cette catégorie, Akiko Hayashi (Trait pour trait) ferait office de reine des reines… en compétition avec la crème des Amars, Mayaya et Banba ! Si Akiko Hayashi fait quelques efforts en grandissant, Mayaya et Banba continuent de travailler leur paresse professionnelle. Pour elles, la vie se résume à faire ce qu’elles veulent quand elles veulent. Et si une difficulté se présente : next. Pourquoi combattre quand on peut fuir ?

Pourquoi on les aime

Parce qu’elles nous renvoient à nos propres comportements. Elles montrent ce qu’on tente peut-être de cacher. Oui, procrastiner, c’est mal. Oui, beaucoup ont ce problème. Mais malgré leur passion pour la vie facile, nos héroïnes mettent (parfois) les mains dans le cambouis. On peut être flemmarde et passer à l’action. (De temps en temps, faut pas trop pousser non plus).

Voici une paresseuse en pleine action (de fourberie). Quand on vous dit qu’il ne faut pas pousser la flemme hors de son canapé… [Extrait du tome 1 de Trait pour trait © Akiko Higashimura / Shûeisha]

Les impératrices des économies

On les traite de radines, et pourtant. Être économe, c’est chic. Les crises que le monde traverse actuellement interdisent tout gaspillage. Alors oui, son Altesse Yoshimune taille dans les caisses. Celle qui règne sur le Japon et Le Pavillon des Hommes n’a que faire des fanfreluches. Déjà à l’époque, les temps sont durs. Yoshimune fait sa révolution dans le palais, et interdit les fioritures. On raille sa méconnaissance de la mode. On y voit un lien avec son apparence jugée quelconque. Elle s’en fiche. À quoi sert le maquillage si personne n’est en vie pour le porter ?

Quelques siècles plus tard, notre Makio nationale excelle dans la confection des menus de la semaine. Avec beaucoup de restes, car il ne faut rien jeter ! La vie est chère, surtout avec une bouche en plus à nourrir. Parler d’argent n’est pas sexy, dit-on. Pour ces économes dans l’âme, mieux vaut avoir une assiette bien pleine qu’un frigo high-tech vide.

Pourquoi on les aime

Pour leur clairvoyance. On traite souvent les économes de pingres. Mais les pingres ne partagent pas, ne veulent pas dépenser pour autrui. Les économes, au contraire, raisonnent pour le bien de tous, comme Yoshimune et Makio. Voilà des héroïnes avec la tête sur les épaules, et ça fait du bien.

On vous avait bien dit que la mode, c’est pas son truc, à Yoshimune. [Extrait du tome 1 du Pavillon des hommes. © Fumi Yoshinaga / Hakusensha

Girl next door VS girl next door

Pour finir, montons sur le ring. À notre gauche, Tsumugi, de Telle que tu es!. À notre droite, Mito, d’Ugly Princess. Tsumugi a longtemps été moquée à cause de son embonpoint. Mito est raillée pour sa mocheté. Pourquoi s’affrontent-elles !?

Tsumugi décoche le premier coup ! Contrairement à Mito, elle a assez digéré ses complexes pour afficher un franc sourire. Et elle a un mec beau gosse, l’item massue de la it-girl ! Mito est à terre. Victoire de Tsumugi par KO ?

Mito se relève ! Moche, et alors ? Elle combat les diktats de la mode et ne se laisse pas marcher sur les pieds. Être amoureuse, oui, mais d’abord s’aimer, se respecter, et se faire respecter. Les filles next door ont aussi leur mot à dire.

Tsumugi recule sous les attaques de Mito ! Elle accepte que son gars la malaxe, sert de chauffage pour ses amies, porte des trucs lourds « parce qu’elle est lourde », est robuste « parce qu’elle est lourde », transpire car « je suis grosse, t’as vu »… Non, Tsumugi, ressaisis-toi ! Hélas, la voici propulsée dans le désert des filles clichées ! Fin du duel. Victoire de Mito !

Surtout que t’as gagné, championne ! Ça serait dommage de ne pas voir ta récompense… [Extrait du tome 1 d’Ugly Princess © Natsumi Aida / Shûeisha]

Au fond, les girls next door sont plus proches de nous que les héroïnes de shôjo ultra parfaites. Ces « filles d’à côté » sont les bonnes copines qui nous feront toujours sourire. Celles avec qui on passe de bons moments, même si c’est une fois tous les 5 ans. Ces filles sans prise de tête rassurent et motivent (même les plus flemmardes, oui !). Te reconnais-tu dans ces profils d’héroïnes ? As-tu d’autres modèles de girls next door ?

Miknass

Chroniqueuse manga, anime, Japon, à la sauce okonomikki. Vive les senbei è_é !!

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1 commentaire

  1. Très bel article sur ces personnages très appréciables parce qu’ils sont extrêmement humains. Alors bien sûr certaines héroïnes sont moins parfaites, mais les girls next door nous rapprochent souvent du récit. Entre la fan de mangas, la timide ou la blasée, y a tout un spectre de nos personnalités qui est balayé.

    Je me reconnais beaucoup dans les flemmardes. xD Elles sont trop marrantes mais aussi, ça me fait penser à mon côté : moins j’en fais, mieux je me porte.

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