Miyo Saimori : de la soumission à l’affirmation de soi

Screenshot de Miyo prenant le train

Nous voici déjà au 5è jour de la Semaine du Shôjo ! Aujourd’hui, je souhaiterais évoquer un personnage qui me tient particulièrement à cœur : Miyo Saimori de la série My Happy Marriage.

Très souvent critiquée à cause de son comportement passif au début de l’histoire, son regard toujours baissé, Miyo est pourtant un personnage réaliste, développé avec beaucoup de finesse. Cette héroïne part de très loin tant ses traumatismes sont anciens et profonds. Mais nous allons découvrir comment elle passe de son statut de fille soumise à sa famille à davantage d’émancipation, autant que son époque le lui permet.

Depuis le temps que je suis sur les réseaux sociaux et autres communautés (forums notamment), il y a un type de personnage – plus particulièrement féminin – qui subit fréquemment de nombreuses critiques : la fille timide qui a du mal à s’exprimer et s’excuse tout le temps. Bizarrement (non), leur pendant masculin ne se fait pas autant lyncher.

On les accuse de ne pas réagir assez vite, de jouer les bonnes poires. Pire, il faudrait qu’elles donnent des pains aux gens. Voyons, Poltronne, pourquoi est-ce que tu ne gifles pas cette peste qui t’a manqué de respect ? À croire que chaque individu dans la réalité est semblable aux autres, à croire qu’on ne peut pas réagir différemment parce qu’on n’a pas le même vécu.

Bien entendu, on ne peut pas être sensible aux mêmes situations et certains traits de caractères peuvent nous énerver car ils nous rappellent à une part plus sombre de nous-mêmes ou une période qu’on souhaiterait enterrer pour de bon. Je ne parle pas de cela ici mais plutôt de la haine gratuite pour des héroïnes comme Miyo de My Happy Marriage.

Alors évidemment, ce n’est même pas un véritable être humain, il s’agit d’un personnage de fiction. Donc pourquoi m’émeus-je autant ? Simplement, parce que sa personnalité s’inspire nécessairement de vrais gens. D’une certaine façon, critiquer de façon véhémente sa nature, c’est un peu comme cracher à la figure des personnes qui lui ressemblent de près ou de loin.

Ce léger coup de gueule étant passé, je souhaite à présent te parler Miyo Saimori dans un portrait permettant de comprendre l’origine de ses traumatismes et sa marge de progression. Il s’agit d’une réflexion basée sur mon visionnage de l’adaptation en anime (les deux saisons) ainsi que le manga (les 5 tomes disponibles actuellement en français). Je n’ai pas encore commencé le light novel qui est à l’origine de l’histoire : il y a peut-être d’autres éléments que je n’ai pas encore à ma connaissance au stade où j’écris ces lignes.

En préambule, le contexte historique

Avant de débuter le cœur du sujet, revenons en quelques lignes sur le contexte de la série.

My Happy Marriage se déroule durant une version alternative de la période Taishô (1912 – 1926). Les tenues des personnages ainsi que certains éléments de décor (voitures par exemple) nous montrent un Japon aux alentours des années 1920.

screenshot illustrant la demeure de Kiyoka Kudô en pleine forêt
La demeure de Kiyoka Kudô

On est clairement dans une époque où le destin des femmes ne dépend pas entièrement d’elles-mêmes. Leur fenêtre d’action reste limité. Sans parler du respect à avoir pour ses aîné·es, les familiarités entre époux sont plutôt rares du fait d’alliances où l’amour ne prime pas. Le temps permet d’installer une certaine complicité et affection dans le meilleur de cas, mais pas de là à se donner des surnoms tels que mon poussin ou Prénomchou.

De ce fait, lorsque Miyo s’adresse à Kiyoka avec déférence ou parle de son fiancé, c’est tout à fait cohérent avec l’époque et son personnage. Il n’y a rien de bizarre là-dedans à mon sens. Elle ne va quand même pas l’appeler Kiyochou au bout d’à peine quelques mois.

Un cadre familial toxique

Miyo n’est clairement pas une demoiselle badass qui casse des bouches ou répond du tac-au-tac dès qu’on lui reproche quelque chose. Elle a du mal à aligner deux mots, baisse tout le temps la tête et cache son regard derrière sa longue frange.

Screenshot montrant Miyo le regard terrifié et baissé
Miyo, une jeune femme aux nombreux traumatismes.

On comprend les raisons de son attitude soumise assez rapidement en découvrant dès le début son environnement familial toxique. Les Saimori sont d’illustres manieurs de pouvoir depuis des générations. Miyo est a priori la seule qui n’en possède pas, contrairement à Kaya, sa petite sœur, qui a réussi le test avec brio.

Cela lui vaut d’être littéralement maltraitée aussi bien psychologiquement que physiquement. Elle passe sa journée à faire les corvées, dans le seul kimono qu’elle possède. S’il est troué, elle n’a qu’à le raccommoder. Sa belle-mère et sa demi-sœur la traitent comme une servante. Son père, le seul membre avec qui elle est liée par le sang, choisit de ne pas intervenir et l’ignore royalement. Il sait pourtant très bien ce qui se trame. En un sens, il est complice de cette maltraitance.

Même si les Saimori n’ont pas l’air d’être des maîtres bienveillants, leurs serviteurs sont au moins payés pour leurs besognes. Ce n’est pas le cas de Miyo, qui doit en plus effacer sa présence de la vue de sa famille. Tu comprends, ces pimbêches ne veulent pas souiller leurs précieux yeux… Quelque part, la jeune fille leur rappelle leur souillure, cette partie qu’elles préfèrent oublier.

Miyo, la servante des Saimori. Sa belle-mère et Kaya discutent dans le fond comme si de rien n'était
Miyo, la servante des Saimori. Sa belle-mère et Kaya discutent dans le fond comme si de rien n’était.

Forcément, on le ressent dans sa construction. Miyo a appris à rester discrète voire invisible. Elle s’empêche de dire un mot de trop pour éviter d’empirer sa situation déjà peu enviable. Ne pas gêner et s’excuser d’exister, c’est sa manière d’interagir avec autrui. C’est comme ça qu’elle n’aura pas de problèmes. Et encore, toutes les occasions sont bonnes pour la rabaisser.

Je dirais même plus, le fait qu’elle soit vivante dérange. En la fiançant à Kiyoka, ses parents montrent bien leur volonté de se débarrasser d’elle, comme on jetterait un vulgaire déchet. Le jeune homme n’a en effet pas très bonne réputation. Kaya, de son côté, pourra perpétuer la lignée des Saimori. Et la gêne que représente Miyo aura disparu. Cette machination est parfaite pour le patriarche, qui pense quand même tirer profit de cette union future… Il ne perd pas le nord, lui !

Kaya chuchotant à l'oreille de Miyo sûrement pour la rabaisser
Kaya, qui ne peut s’empêcher de rabaisser Miyo dès qu’elle la voit.

Ceux qui auraient dû être là pour elle après le décès de sa mère ont failli. La petite fille n’a pas pu bénéficier d’un tant soit peu de tendresse de la part de quiconque, à part une servante qui s’est fait congédier… La nouvelle Mme Saimori a littéralement créé les conditions de son isolement tout en lui faisant comprendre qu’elle ne mérite pas d’être aimée. Comment prendre confiance en soi et s’estimer dans ce cadre-là ?

Le chemin vers l’affirmation de soi

Abandonnée par les siens, Miyo va paradoxalement pouvoir s’extirper de l’emprise qu’elle a subie toutes ces années chez les Saimori. Le fait d’aller vivre chez son fiancé lui offre une échappatoire, notamment parce que la demeure de Kiyoka habitée seulement par lui et Yurie, sa vieille servante, se révèle plus chaleureuse que celle de sa famille d’origine.

Screenshot montrant Miyo et Yurie
Miyo et Yurie, la gentille servante de Kiyoka.

Grâce à eux et la sœur de Kiyoka, Hazuki, notre demoiselle va découvrir un autre type de famille où la bienveillance est de mise. Forcément, tout ne va pas évoluer pour le mieux en quelques jours. On n’efface pas des années de violences psychologiques en aussi peu de temps. Le contraire serait même étonnant et un peu trop irréaliste à mes yeux.

Malgré tout, au fur et à mesure des épisodes (et des chapitres pour le manga), Miyo parvient à s’affirmer un peu plus. Au début, ses progrès restent timorés mais elle retrouve un petit peu de confiance en elle et d’estime de soi. Son regard autrefois éteint commence à reprendre vie et s’illuminer. Elle bute moins sur ses mots, finit par ne plus s’excuser à tout bout de champ.

Je trouve ça très satisfaisant de la voir progresser à chaque fois un peu plus. La technique des petits pas est assurément celle qui donne les meilleurs résultats. Certes, elle n’est pas toujours assurée et doute parfois. C’est tout à fait normal, ça prend du temps. Les fondations restent fragiles : un rien peut les ébranler.

Miyo, pensive mais qui esquisse un petit sourire ! You go girl !

Tout l’intérêt du récit est alors d’observer son changement intérieur. Il existe différentes formes de courage, et elles ne sont pas toutes de l’ordre de l’action ou de la répartie. Ça ne les rend pas moins dignes d’intérêt. De la même manière qu’elle découvre une force en elle qu’elle ne soupçonnait pas, Miyo essaie à sa façon de faire bouger les lignes.

Qui plus est, s’affirmer ce n’est pas manquer de respect à autrui. C’est tout d’abord se respecter avec ses envies et ses émotions, sans piétiner les autres. C’est être en accord entre la personne que l’on est et celle qu’on projette. C’est ne pas faire passer les désirs extérieurs au-dessus des siens, si ça nous nuit. C’est être un peu égoïste sans non plus devenir auto-centré·e.

Miyo est une héroïne qui montre un cheminement cohérent avec son caractère. Introvertie et habituée à rester en retrait, elle continuera de faire preuve de retenue – même si son sourire se fait plus franc. Il lui reste bien évidemment d’autres défis à relever qu’il me tarde de découvrir.

Audrey

Véritable cœur d'artichaut, je suis friande de romances poignantes. Plus une série me fait pleurer, plus je l'aime !

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1 commentaire

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