(Re)découvrir la bienveillance avec Vies d’ensemble – au-delà des mots –

Image parue dans le tome 1 du manga Vies d'ensemble - au delà des mots

Voilà un très beau josei manga qui viendra réchauffer nos petits cœurs. Il ne faut parfois pas grand-chose pour nouer une relation. C’est ce que nous apprennent Takeda et Arita. Ils nous invitent justement à découvrir leur « chez eux »…

Vies d’ensemble, un manga bienveillant et empathique

Le josei manga est une tranche de vie toute simple. C’est justement cette simplicité qui fait sa force. L’histoire tient en quelques mots. Takeda et Arita sont deux anciens camarades de lycée, qui se retrouvent, par hasard, grâce à un chat. Takeda est devenu professeur de japonais. Arita est fleuriste. Mus par un désir commun de venir en aide au gentil chat, Takeda et Arita commencent à renouer contact. Et s’il n’y avait pas le chat ? Les deux jeunes hommes réalisent qu’ils aiment simplement passer du temps ensemble. Et pourquoi ne pas vivre à deux ? L’idée peut paraître curieuse. Qui sont-ils, pour vivre ensemble ? Faut-il une raison particulière pour aménager ensemble ?

Toutes ces questions, les héros se les posent. Leur entourage aussi. Fumiya Hayashi, l’autrice du manga, n’entend pas répondre à toutes ces questions, mais nous invite plutôt à la réflexion. Vies d’ensemble – au-delà des mots est édité chez NaBan. Il est aussi disponible au format numérique, sur Mangas IO (c’est justement là que je le lis ; oui, j’ai investi dans un abonnement !). Toujours en cours, le manga compte actuellement 4 tomes.

Une histoire de relations humaines

Pourquoi caser les gens dans des étiquettes ? Dans le manga, cette question revient comme un fil rouge. Takeda et Arita ne sont pas des membres d’une même famille. Ils n’étaient pas amis au lycée. Ils se sont juste revus, et s’apprécient mutuellement. Sont-ils amoureux ? Non. Ils ne souhaitent pas mettre un mot sur leur relation. Pourquoi faudrait-il la définir ?

Cette question de « définitions » est en partie due aux dérives de nos sociétés. On aime mettre les gens dans des cases (parfois inappropriées). On aime tout définir, tout compartimenter, même si ça ne correspond pas à la réalité. Prenons le cas de la classification des mangas « shôjo/josei » « shônen/seinen ». On voit bien les limites de ces classifications et les biais qu’elles induisent. Avec douceur, le manga nous invite à prendre le temps d’observer, sans chercher à tirer des conclusions hâtives. Cela nous permet de mieux apprécier l’instant présent.

Les étiquettes de la vie

Les classifications/les étiquettes sont-elles toujours une mauvaise chose ? Comment en est-on arrivé à refuser de définir certaines relations ?

Je pense que l’exemple des shôjo/shônen est assez parlant. À force de coincer les filles dans des « histoires de filles » et les garçons dans des « histoires de garçons », on écœure tout le monde. C’est parfois ce qu’il se passe derrière les concepts d’amitié, de famille, ou de couple. Certain.e.s ont une définition bien arrêtée de chaque concept. Il y a aussi la définition que telle ou telle société peut avoir. On se retrouve coincé.e entre ce que le voisinage dit de nous, ce que la famille veut que nous fassions, ce que les collègues pensent de nous, ce que le/la conjoint.e veut que nous soyons… et nous-mêmes, comment nous voyons-nous ? Tous ces regards posés sur une simple relation peuvent irriter. Pour les éviter, pourquoi ne pas rayer tous les concepts de famille, d’amitié ou d’amour ? Pourquoi ne pas simplement vivre ensemble, et passer de bons moments ?

Sur la planche de droite : Takeda, en pleine interrogation ; sur la planche de gauche, Arita, qui entend la « définition » de Takeda

Ces appréhensions sont tout à fait compréhensibles. Le regard de l’autre peut être très lourd à porter. Le regard de la société a tendance à complexifier des choses simples. Néanmoins, je pense qu’il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse. Car refuser toute « étiquette » fait aussi tomber dans un travers malheureux. Quand on ne veut plus rien définir, difficile de vivre au quotidien.

Par exemple, si je décide de m’opposer au concept de « famille » ou « d’ami », comment vais-je parler des personnes que je côtoie ? Il faut bien un minimum de définitions… qui se limitent à leur sens le plus simple « voici un.e ami.e » « voici ma sœur/mon frère… » qu’importe si vous vous entendez bien ou pas, si vous vous voyez tous les jours ou tous les dix ans. Il s’agit juste de la définition la plus basique de votre relation. Il ne s’agit donc pas de plaquer un modèle sur la planète entière, mais de développer sa conception de telle ou telle relation.

Une amitié, des amitiés

Dans le manga, on voit combien Arita et Takeda peinent à définir leur relation. Ou plutôt : ils ne veulent pas le faire et voudraient être acceptés comme ils sont. Mais pour la paix sociale, ils disent qu’ils sont amis… sans pour autant être à l’aise avec « le concept ». J’y ai trouvé une belle source de réflexion. N’est-on pas en train de glisser, peut-être, dans des complications évitables ? Car ici, c’est comme s’il n’y avait qu’un seul modèle d’amitié, comme si des amis devaient obligatoirement répondre à certains critères, faire certaines choses.

Je pense plutôt qu’il existe autant de formes d’amitiés que d’ami.e.s. Certain.e.s ne se voient que quelques fois dans l’année, d’autres se fréquentent au quotidien… Certain.e.s ne se parlent quasiment jamais, mais aiment être ensemble…

Une ode à la bienveillance

Vie d’ensemble – au-delà des mots est surtout une ode à la bienveillance. On le verra à travers plusieurs situations, qui sont autant d’invitations à de nouvelles observations. Par exemple : qu’est-ce qu’être gentil ? Devrait-on être gentil uniquement avec les personnes gentilles avec nous ? A priori, on voudrait répondre « oui ». Qui va s’amuser à être gentil avec des ingrats ? Mais n’y a-t-il pas plus de joie à donner qu’à recevoir ? Avec pudeur et délicatesse, le manga nous parle de nous-mêmes, de notre rapport à l’autre, et de notre manière de naviguer dans ce monde pas si compliqué, quand on prend la peine de faire un pas vers l’autre… en espérant que l’autre le fasse aussi… ce serait quand même mieux !

Vies d’ensemble – au-delà des mots est un très joli josei manga, tout en douceur et en bienveillance. Sa galerie de personnages est très attachante ; on aime suivre leurs pensées et leurs interrogations, qui nous invitent, nous aussi, à plonger en nous-mêmes. Un peu plus de bienveillance : voilà de quoi le monde a besoin.

Image parue dans le tome 1 du manga Vies d'ensemble - au delà des mots
(Re)découvrir la bienveillance avec Vies d’ensemble – au-delà des mots –
En bref
Vies d'ensemble - au-delà des mots, un joli josei manga bienveillant et empathique, qui nous interroge sur nous et les autres.
Scénario
10
Personnages
10
Dessins
8
Ta note1 Note
9.9
Point(s) positif(s)
De très belles réflexions qui nous poussent à réflechir.
Le duo Takeda/Arita, et les personnages gravitant autour d'eux.
Le traitement mature et bienveillant des potentielles difficultés.
La douceur qui se dégage du manga.
Point(s) négatif(s)
Pourquoi compliquer le simple ? (ma phrase est étrange)
9.3
Note globale

Asa

Chroniqueuse manga, anime, Japon, à la sauce okonomikki. Vive les senbei è_é !!

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