Tokyo Tarareba Girls, le drama

Affiche du drama Tokyo Tarareba Girls

À l’occasion de la Semaine du Shôjo, le Club revient sur l’adaptation drama de Tokyo Tarareba Girls, la série à succès d’Akiko Higashimura, et te pose cette question : es-tu, toi aussi, du genre à vivre ta vie au conditionnel ?

Avant le drama Tokyo Tarareba Girls, il y a Tokyo Tarareba Musume, le manga d’Akiko Higashimura (Princess Jellyfish, Gourmet détective, Ne m’oublie jamais…). Le josei manga sort en 2014 au Japon, dans le magazine de prépublication Kiss (Kôdansha). La série, terminée en 9 tomes, a finalement continué dans Tokyo Tarareba Return, en 2018 (one-shot). En France, le Lézard noir publie Tokyo Tarareba Musume en 2020 et Tokyo Tarareba Return en 2023. Une suite du manga, Tokyo Tarareba Musume saison 2, sort en 2019 au Japon et en 2023 en France, chez les éditeurs précités. Cette suite met en lumière une nouvelle héroïne, Reina, 30 ans, mais fait aussi intervenir les trois personnages principaux de la première saison.

Le drama Tokyo Tarareba Girls (10 épisodes) sort au printemps 2017. Un « saison 2 » sort en octobre 2020 : il s’agit en fait d’un long épisode spécial qui nous plonge dans les nouvelles galères des héroïnes, désormais âgées de 33 ans. En France, le drama sort d’abord gratuitement sur Viki, avant d’atterrir dans le catalogue Netflix en octobre 2025. Hélas, la série n’est plus disponible sur Viki France.

De gauche à droite : Kaori, Rinko et Koyuki, 3 trentenaires qui galèrent (mais qui gardent le sourire)

Grande fan de Sex and the City (série au succès planétaire que je ne verrai certainement jamais…!) Akiko Higashimura a voulu insuffler un peu de cette « ambiance de célibataires dans le vent » dans son josei manga. N’ayant jamais vu Sex and the City, je me suis contentée des quelques informations glanées sur Internet pour écrire la phrase ci-dessus. Je pense néanmoins, sans crainte de me tromper, que Tokyo Tarareba Girls reste (heureusement pour moi) loin du côté « débridé » de Sex and the City.

Le drama Tokyo Tarareba Girls est porté par « Tokyo Girl ». La chanson du célèbre groupe Perfume fait office de générique de fin. Les chanteuses du groupe apparaissent d’ailleurs dans le drama…

Tokyo Tarareba Girls : l’histoire

L’histoire du drama suit globalement celle du manga. Rinko a 30 ans et voudrait vivre sa meilleure vie tokyoïte avec ses meilleures amies Kaori et Koyuki, elles aussi trentenaires. Mais rien ne va, sous le soleil d’Omotesando, leur quartier général. Voyez plutôt : Rinko est une scénariste de série TV mais n’a pas encore percé. Kaori s’épuise dans son salon de nail art. Koyuki aide son père au Nonbe, le restaurant familial, mais se demande comment évoluer professionnellement.

Pour s’encourager, elles ont toujours la même solution : se retrouver au Nonbe pour se moquer des gens qui réussissent, et refaire le monde en s’inondant d’alcool. Elles rejettent systématiquement la faute sur les autres ou sur les circonstances : « si ça s’était passé comme ça, je serais mariée et heureuse »… Leur vie ne tourne qu’autour de « si ceci » « si cela » « y’a qu’à ceci » « y’a qu’à cela ». Les habitués du resto se sont accommodés de leurs bruyants bavardages nocturnes. Mais un soir, un nouveau client, Key, jeune mannequin branché, se moque ouvertement des trois tokyoïtes. Comment peut-on, a un âge « si avancé », raisonner au conditionnel ? Comment peut-on ne rien faire et passer son temps à se lamenter ? Key les surnomme les « tarareba onna » (les femmes « et si et si »).

Rencontre houleuse avec le mannequin Key et ses leçons de vie (à la noix) (je me permets)

Tara et Reba

En japonais, « -tara » et « -ba » sont des suffixes qui expriment le conditionnel. La forme en « -ba » est similaire au « si » français. « -tara » est un peu plus souple : il peut signifier « si » mais aussi indiquer une conséquence, une suite d’évènements ; dans ce cas, il s’approche du « quand » français. Pour plus de renseignements, je te conseille le très sympathique site NHK world Japan : Le japonais en douceur.

La traduction française a opté pour le « y’a qu’à / faut qu’on ». Effectivement, cette traduction colle avec l’idée des trentenaires. Elles se font des plans sur la comète et simplifient tout avec leurs « si… ». Dans la traduction française, Key surnomme les « yakafoconnes ». Le terme familier et moqueur « yakafocon » existe vraiment : il fait référence aux personnes qui proposent des solutions simplistes (et souvent irréalistes) à tous leurs problèmes. Key transforme la critique en insulte ouverte… Cette rencontre entre les trentenaires et le mannequin sera la première d’une longue série d’altercations pour ou moins animées… Entre ces accrochages, on suit les périples des 3 héroïnes dans leur vie professionnelle, et surtout amoureuse.

La guerre des générations et des clichés

Comme je le disais, le drama suit globalement la trame du manga. Key et les trentenaires se déclarent ouvertement la guerre. Les héroïnes font remarquer à Key son impolitesse. Ce dernier balaie leurs arguments à coups de clichés du genre : « à 20 ans, une femme peut demander à un homme de l’aider à se relever. À 30 ans, elle doit se relever seule ». Je t’avoue que la plupart de ses réflexions à l’emporte-pièce m’ont fait doucement rire… C’est comme si la vie des femmes (et seulement des femmes !) se terminait à 30 ans.

Le grand problème des héroïnes, c’est qu’elles semblent associer réussite dans la vie et réussite amoureuse. Tout devrait donc passer par l’amour, et donc par ces hommes qu’il faudrait charmer… Ici, c’est surtout Kaori et Rinko qui s’inquiètent du temps qui passe, et s’acharnent à se lancer dans des relations amoureuses, sans se poser les véritables questions.

À certains moments, les scènes changent dans le drama, tout en restant conformes à l’intrigue générale. J’ai d’ailleurs trouvé le drama un peu plus doux que le manga, notamment concernant Key. Malgré ses préjugés insupportables, il est moins sec, cynique et condescendant que dans le manga. Ça ne l’empêche bien sûr pas de tacler sévèrement les trentenaires…

Entre Rinko et Key, le courant passe (très) difficilement.

Ces injonctions faites aux femmes

À mon humble avis, le succès de Tokyo Tarareba Girls tient grâce à  :

  • Des trentenaires branchées, dans l’air du temps.
  • Des jeunes femmes fières de leurs « conversations de filles »
  • Des héroïnes qui abordent des problèmes de société.

Effectivement, derrière les rires et les « joshikai » (conversations de filles), Tokyo Tarareba Girls nous fait réfléchir sur les injonctions faites aux femmes : se marier avant 30 ans, avoir vite des enfants, réussir socialement (et donc, être mariée avec des enfants…) etc. Ces injonctions faites aux femmes sont une réalité, qu’il faut combattre. Le problème des Tarareba Girls, c’est qu’elles posent les bonnes questions, mais n’ont pas le bon raisonnement… Pire : elles laissent un jeune homme leur faire la leçon sans rien trouver à lui redire.

Le verre de trop

J’ignore où caser ce point donc je le mets là : je suis personnellement contre cette banalisation de l’alcool (vue dans nombre de séries, hélas). Dans le drama comme dans le manga, l’alcool coule à flot. Il est effectivement une institution au Japon, comme en France ou ailleurs. Pourtant, on peut passer une bonne soirée sans s’enfiler des litres de bière (ou de tout autre alcool). Cette image d’alcool festif est malheureusement répandue dans le monde, avec tous les dégâts qu’on connaît.

Il ne faut pas les appeler deux fois pour se rincer le gosier…

Le problème du « Monsieur je sais tout » 

J’ai reconnais avoir été vite indisposée par le Key du manga : trop condescendent, trop « monsieur je sais tout » alors qu’il ne sait rien… À chacune de ses apparitions, le jeune homme nous fait un cours de mansplaining : le mot (man + explaining) désigne une pathologie de l’homme qui ne peut s’empêcher d’« expliquer la vie » aux femmes, car il sait forcément tout, et elles ne savent forcément rien. Comme dit plus haut, le Key du drama est plus doux. Il se montrera même très respectueux envers un autre héros du manga : Tetsuro Hayasaka, réalisateur qui travaille avec Rinko. Deux personnages masculins feront leur apparition : Yoshio et Ryô…

Je trouve dommage que « les (fausses) leçons de vie » sortent de la bouche d’un seul personnage masculin. On ne trouve pas de voix féminine pour répondre à Key. Il faudra attendre la fin de l’histoire pour voir la situation se renverser légèrement. J’ai trouvé le même problème de « monsieur je sais tout » dans Tokyo Tarareba Girls saison 2. Là encore, on se retrouve face à un homme qui va « éduquer » l’héroïne, du moins, lui révéler tout son savoir… sur l’amour. N’ayant lu que le premier tome de cette suite, je ne sais pas comment ce personnage évolue…

De gauche à droite : Yoshio, Key, le génial Tetsuro et Ryo. A noter que le véritable nom de l’acteur jouant Tetsuro est tout aussi génial. Je parle bien sûr de l’incroyable Ryôhei Suzuki (voilà, c’est dit).

Dans le même sens, les interventions de Tara et Reba (je te laisse découvrir de qui il s’agit) sont souvent culpabilisantes. Ils mettent toutes les femmes dans le même sac : à 30 ans, on est comme ceci, on ne doit pas faire cela… Comme Key, Tara et Reba sont là pour produire un « électrochoc » aux héroïnes. Mais leurs propos entretiennent les clichés. Cette limite de l’âge est très stressante (au Japon comme ailleurs), d’autant plus qu’elle fait de moins en moins sens. C’était vrai en 2017 (date de sortie du drama). C’est encore plus vrai aujourd’hui.

Hélas, même si elles les contestent, Rinko, Koyuki et Kaori semblent bien souvent accepter ces propos. Certes, elles ont tort lorsqu’elles s’enferment dans leurs « et si… », mais ce n’est pas une raison pour valider les clichés.

Le chic type

Un héros masculin sort du lot : le gentil et prévenant Tetsuro Hayasaka. D’ailleurs, le drama l’a rendu vraiment classe, là où le manga le montrait toujours un peu « en dessous », complexé par rapport au jeune et arrogant Key. Le rééquilibrage du drama met Tetsuro en valeur. Contrairement à Key ou à d’autres, il ne balance pas de clichés sur les femmes. Au contraire : il reste humble et bienveillant. Il reconnaît volontiers ses fragilités. Il fait de son mieux pour avancer et sait soutenir les autres. C’est vraiment un chic type.

L’amour tout de suite, l’amour trop vite ?

Les Tarareba Girls (surtout Rinko) vivent plusieurs histoires d’amour plus ou moins longues. Le problème, essentiellement avec Rinko, c’est que cet amour est trop vite consommé. Rinko veut tout, tout de suite. Certainement influencée par tous les clichés sur les femmes (surtout concernant le temps qui passe) elle ne laisse pas le temps à la relation de s’installer, et saute aux conclusions. Or, l’amour se sème. Ce n’est pas le TGV… L’héroïne apprendra à ses dépens qu’il vaut mieux parfois attendre, pour ne pas blesser l’autre, et ne pas se blesser. C’est, ici, une bonne leçon à méditer…

Leçon de sororité

Comme Rinko, Koyuki et Kaoru auront aussi leurs épreuves, notamment amoureuses. À travers leurs rires, leurs maladresses et leurs espoirs, on ressent de l’empathie envers ces femmes. Au fond, chacune s’oppose à ce que la société veut faire d’elles. On ressent leur désarroi, leurs angoisses. Comment aller de l’avant quand rien ne va au travail et que « les petites jeunes » prennent les meilleurs postes ? C’est dur, de se projeter. Leur amitié est bien mise en valeur ; c’est une belle leçon de vie.

Amies pour la vie

Sur ce point, Tokyo Tarareba Girls est un drama bienveillant et rafraichissant. L’épisode spécial du drama montrera l’évolution des personnages, avec de très belles surprises, et des choix plus discutables, pour ne pas dire assez déroutants. Key devient presque aussi cassant que dans le manga, et on se demande comment il avance… La suite semble également aborder le point de la « femme qui attend » sous un angle qui laisse, là aussi, perplexe…

Il y aurait encore beaucoup à dire sur Tokyo Tarareba Girls ! Ma réflexion m’a emportée un peu partout. Je n’ai par exemple pas frontalement abordé les amours des héroïnes, la question de l’âge dans le couple, ou encore, la question des compatibilités amoureuses : sera-t-on forcément heureux avec quelqu’un qui partage ses passions ? Comment composer avec les passions de l’autre ? Je suis assez partagée sur cette série, qui présente des points positifs, et des points plus discutables… Elle a au moins le mérite de nous interroger sur les préjugés que l’on diffuse sur les femmes. As-tu regardé/lu Tokyo Tarareba Girls ? N’hésite pas à le partager dans les commentaires…

Affiche du drama Tokyo Tarareba Girls
Tokyo Tarareba Girls, le drama
En bref
Les légendaires Tokyo Tarareba Girls ont fait leur grand retour sur Netflix ! Au programme : sororité, amour, travail et rêves pour demain...
Scénario
6
Personnages
6.3
OST
6.6
Ta note0 Note
0
Point(s) positif(s)
La sororité : c'est rafraichissant de voir ces jeunes femmes aussi soudées !
La douceur de Key dans le drama.
La belle relation entre Koyuki et son père.
La bienveillance de Tetsuro Hayasaka (c'est lui qui joue le dernier City Hunter ! Info inutile, mais j'avais envie de l'écrire !)
Point(s) négatif(s)
Le côté un peu gamin des héroïnes, à certains moments : être amies ne veut pas toujours dire "tout se dire" et "être toujours du même avis"
Le côté "monsieur je sais tout" de Key
Le côté super girouette de Rinko
Certains clichés véhiculés sur les femmes
L'alcool !
6.3
Note globale

Asa

Chroniqueuse manga, anime, Japon, à la sauce okonomikki. Vive les senbei è_é !!

Articles recommandés

Laisser un commentaire